Abidjan, 28 mai 2025 (AIP)- A l’occasion du 50e anniversaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) commémorée le 28 mai 2025, les regards se tournent vers cette organisation qui porte encore l’espoir d’une intégration régionale solide, inclusive et durable. Député ivoirienne et 2ème vice-présidente du Parlement de la CEDEAO, Adjaratou Traoré Coulibaly, milite pour une CEDEAO des peuples. Pour elle, dans un contexte régional marqué par des tensions, des repositionnements politiques et des défis sécuritaires, l’engagement du président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, pour une Afrique de l’Ouest unie, reste constant. Elle prône donc le pari d’une intégration durable porté par la Côte d’Ivoire. Interview
Madame la vice-présidente, que représente pour vous le cinquantenaire de la CEDEAO ?
C’est un moment solennel de bilan, mais surtout de projection vers l’avenir. Ce jubilé d’or témoigne d’une volonté collective de construire une communauté solidaire, intégrée et forte. Il nous oblige à évaluer les acquis, à corriger les failles et à consolider l’esprit d’unité. C’est dans ce cadre essentiel d’unité que la CEDEAO pourra efficacement faire face aux puissances extérieures.
Quels sont, selon vous, les fondements les plus solides de la CEDEAO ?
L’intégration économique, la libre circulation des personnes et des biens, la paix et la solidarité entre les peuples. Ce sont ces piliers que nous devons préserver à tout prix.
Quelles avancées concrètes la Côte d’Ivoire a-t-elle apportées à la CEDEAO depuis 50 ans ?
La Côte d’Ivoire a pris part activement aux initiatives de stabilisation et à la consolidation des institutions régionales. Mieux, sur le plan économique, la Côte d’Ivoire est l’un des pays moteurs qui a mis en œuvre les principes fondamentaux de la communauté, tel que l’établissement et l’épanouissement des citoyens des pays membres de la CEDEAO.
La voix des peuples est de plus en plus audible : comment le Parlement de la CEDEAO s’adapte-t-il à cette dynamique ?
Je voudrais saisir cette occasion au nom de la délégation des parlementaires ivoiriens membres du Parlement de la CEDEAO pour exprimer notre profonde reconnaissance au président de la République Alassane Ouattara car sous son impulsion, la Côte d’Ivoire participe pour la première fois aux assises du Parlement de la CEDEAO. En effet depuis la mise en place du Parlement de la CEDEAO en 2000, ce n’est qu’en 2013 que les parlementaires y ont fait leur entrée. Pour jouer notre rôle de représentant du peuple, nous avons des réunions délocalisées pour nous imprégner des réalités de la libre circulation des citoyens et des biens.
Quels sont vos souhaits pour les 50 prochaines années de la CEDEAO ?
Une communauté plus intégrée, ancrée dans une gouvernance inclusive et respectueuse des peuples. L’avenir exige que nous renforcions notre solidarité face aux défis transfrontaliers et aussi face aux influences de puissances extérieures à notre communauté. Il faut aussi veiller à la souveraineté collective dans un monde en mutation.
Que pensez-vous du retrait annoncé du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO ?
C’est une situation préoccupante, mais pas insurmontable. Je garde l’espoir que nos chefs d’Etat à travers la diplomatie régionale pourront à terme sauver la cohésion communautaire. Le retrait de ces pays crée un vide que nous ressentons tous, tant sur le plan économique que sécuritaire. Mais j’ai foi en la sagesse des dirigeants pour régler cette discorde.
Quel regard portez-vous sur la création de l’AES (Alliance des États du Sahel) ?
Cette alliance est née d’un contexte particulier et d’une volonté d’affirmation souveraine. Toutefois, la multiplication des blocs pourrait affaiblir les synergies régionales. Il est crucial de veiller à ce que les intérêts des peuples ne soient pas sacrifiés au profit de postures conjoncturelles. Une CEDEAO inclusive reste préférable à une dispersion des forces.
Ne craignez-vous pas une désintégration du projet CEDEAO tel que conçu en 1975 ?
Il faut distinguer une crise conjoncturelle, d’une crise de structurelle. Les valeurs fondatrices demeurent intactes, et la majorité des États membres y restent profondément attachés. L’institution a traversé d’autres turbulences, mais a toujours su rebondir. La stabilité de la CEDEAO repose sur la volonté politique des chefs d’État, et celle-ci reste majoritairement intacte.
Que propose le Parlement pour favoriser le retour de ces Etats dans la communauté ?
Nous privilégions la médiation et la diplomatie parlementaire. Des initiatives de rapprochement sont en cours, en lien avec la Commission de la CEDEAO. Il nous faut reconstruire la confiance sans complaisance, mais sans humiliation non plus.
Comment la Côte d’Ivoire compte-t-elle renforcer sa sécurité face aux défis actuels du Sahel ?
En tant que parlementaire sous-régional je pourrai dire que les pays membres travaillent en synergie avec les institutions régionales pour sécuriser leur corridor respectif.
Elle développe une approche mêlant coopération militaire, renseignement, résilience communautaire et développement des zones frontalières. Le pays travaille aussi en synergie avec les institutions régionales pour sécuriser ses corridors économiques. Le renforcement de la coordination avec les pays voisins est une priorité. Face aux menaces transfrontalières, seule l’union fait la force.
La Côte d’Ivoire a également investi dans la professionnalisation de ses forces de défense et de sécurité. Elle soutient les efforts régionaux de lutte contre le terrorisme tout en privilégiant la prévention au travers de la sécurisation de ses frontières.
Voyez-vous une menace dans les discours anti-CEDEAO qui émergent dans certains pays ?
C’est bien dommage mais il faut revenir à un esprit plus constructif. Le dialogue reste l’arme la plus efficace contre la désunion.
Nous devons comprendre que la défiance actuelle est aussi le fruit d’un déficit de compréhension. Il faut donc prendre en considération les aspirations des populations non par la force, mais par l’écoute active.
Quel message souhaitez-vous adresser aux peuples de la CEDEAO ?
Que les populations de la CEDEAO sachent que nos destins sont liés, et c’est ensemble que nous relèverons les défis. Ne laissons pas les divisions compromettre plus d’un demi-siècle de vivre ensemble.
La Côte d’Ivoire avec à sa tête le Président de la République SEM Alassane Ouattara, œuvre inlassablement pour préserver les acquis communautaires et faire entendre la voix de la raison.
(Interview réalisée par Georges Konan)
(AIP)
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