Guiglo, 15 août 2025 (AIP) – La ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, Myss Belmonde Dogo, a appelé, jeudi 14 août 2025, à Guiglo, les populations de l’Ouest à graver dans leur mémoire les crises socio-militaro politiques successives que leur région, et par ricochet la Côte d’Ivoire a traversées, afin que cela ne se reproduise plus.
La ministre a lancé cet appel à l’occasion d’un panel, « Justice transitionnelle et mémoire collective tournée vers la paix », animé par un enseignant d’université, dans le cadre du Forum du Grand Ouest pour la paix.
« Je retiens que nous en Côte d’Ivoire, nous avons peur de notre mémoire collective. Nous avons peur de nous souvenir de ce que nous avons tous vécu. Il est grand temps que nous regardions en face notre passé, peut-être qu’il nous fait honte, ce qui fait que nous avons peur de nous souvenir. Mais, il faut bien que ce passé reste gravé dans notre mémoire collective », a affirmé Mme Belmonde Dogo.
Elle a précisé que l’objectif n’était pas de raviver les blessures ni d’attiser la haine, mais de rappeler que ces événements avaient existé, afin que chacun comprenne qu’il n’était plus permis de reproduire de tels actes.
La ministre Myss Belmonde Dogo a affirmé que la grandeur d’un peuple ou d’une nation ne réside pas dans l’invulnérabilité, mais dans la capacité à relever chaque défi avec dignité. Elle a estimé qu’à ce titre, les Ivoiriens devraient modifier le narratif autour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Au-delà de ce scrutin, elle a insisté sur la nécessité de renouer avec les liens de cohésion qui prévalaient dans le pays avant 1990.
Poursuivant, elle a rappelé que les plus anciens, notamment les personnes du troisième âge, peuvent témoigner qu’avant cette période, les ethnies existaient certes, mais elles ne prévalaient pas sur l’identité ivoirienne. Selon elle, la situation actuelle tend à faire primer l’appartenance ethnique — Bété, Baoulé ou autre — sur la nationalité, ce qu’elle a jugé inapproprié.
Elle a estimé qu’il convenait de se reconnaître d’abord comme Ivoirien, avant toute considération ethnique. Elle a expliqué que tel était l’objectif de ce Forum, précisant que cette démarche devait partir de Guiglo. Enfin, elle a exhorté les populations à rechercher une véritable cohésion, en plaçant en priorité l’identité ivoirienne, suivie de l’ethnie, de la religion et, en dernier lieu, de la politique.
« Depuis 1990, la Côte d’Ivoire a changé, mais pas sur la bonne trajectoire. Nous avons même oublié les alliances inter ethniques qui ont été le socle de cette Côte d’Ivoire. Nous oublions nos traditions, nous vivons sans nos traditions, alors que celles-ci ont formé le socle de la Côte d’Ivoire », a regretté la ministre.
Elle s’est réjouie de l’organisation de ce forum qui ramène à la source, invitant les chefs de village, les chefs cantons, les guides religieux et chefs de communautés à tout mettre en œuvre, ensemble, pour parler de la paix, parce que le gouvernement ne pourra pas le faire seul.
Myss Belmonde Dogo a fait savoir que les Ivoiriens ont, certes, des droits, mais ont surtout un devoir, vis-à-vis de la nation. Le premier étant de respecter les institutions de la République, mais aussi aimer ses frères et ses sœurs.
Elle a invité les uns et les autres à oublier pour une fois leurs ethnies, pour parler de la Côte d’Ivoire, de la nation. Toute chose qui doit commencer par le Grand Ouest. Tous les fils et filles de cette contrée du pays devant apprendre à se retrouver sous une seule bannière la Côte d’Ivoire.
Le forum du Grand Ouest pour la paix s’achèvera samedi. Il sera meublé, jeudi et vendredi, par des prières dites par toutes les confessions religieuses, d’une journée scientifique, sportive. Et l’apothéose, samedi, où les populations locales et leurs invités vont annoncer à la Côte d’Ivoire, entière, leurs engagements et lancer des appels à la paix.
L’ouverture des travaux a été précédée d’une marche blanche pour la paix, à laquelle ont participé toutes les couches sociales et socio-professionnelles, venues de tout le district des Montagnes, de la région du Haut-Sassandra, ainsi que d’Abidjan, entre autres.
(AIP)
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