samedi, avril 18

Par Norbert Séhi AIP Bouaflé

Bouaflé, 18 sept 2025 (AIP) – Chaque soir, lorsque l’horloge sonne 18 h, les couloirs de l’école primaire publique Agbanou de Bouaflé s’animent d’une activité inhabituelle. Ce ne sont pas des enfants qui prennent place dans les salles, mais des adultes, cahiers et stylos à la main. Mères de famille, ouvriers, artisans ou serviteurs de Dieu, tous ont un objectif commun : apprendre à lire, écrire et compter.

Derrière cette aventure humaine, une initiative portée par Bié Jean Eric, président de l’ONG Action, Environnement et Vie (AEV) et directeur du centre « La Grâce ». Confronté au constat que de nombreux fidèles de son église, l’Assemblée de Dieu de Bouaflé, ne pouvaient lire la Bible, il décide, en 2015, de créer un espace d’apprentissage. « C’était un besoin pressant. Avec ma formation en alphabétisation acquise à Abidjan, j’ai sollicité l’autorisation d’ouvrir ce centre », explique-t-il.

Le directeur du centre d’alphabétisation la Grâce de Bouaflé, Bié Jean Eric.

Une fréquentation en pleine croissance

De dix apprenants au départ, le centre en compte aujourd’hui plus d’une centaine, répartis sur trois niveaux. Les profils sont variés : des adolescents de 13 ans aux adultes de 45 ans. Les cours se tiennent en soirée, du lundi au vendredi, pour un droit d’inscription symbolique de 2 000 FCFA. Trois animateurs, recrutés au niveau BEPC, assurent l’encadrement.

Des obstacles persistants

L’aventure n’est pas sans défis. Manque de matériel, rémunérations irrégulières pour les animateurs et partage des salles avec des cours de renforcement compliquent l’organisation. Pourtant, le centre affiche un taux de réussite de 100 % au CEPE depuis sa création, et certains apprenants poursuivent leur scolarité au secondaire.

Un apprenant du centre d’alphabétisation la Grâce de Bouaflé, N’Da Nemi

Enseigner autrement

Pour répondre aux besoins spécifiques des adultes, les animateurs adaptent leurs méthodes. « Avec les personnes âgées, il faut de la patience et utiliser des supports du quotidien », confie Mme Lopoua, animatrice des niveaux 1 et 2. Pilons, calebasses ou grains de maïs deviennent ainsi des outils pédagogiques.

Une apprenante du centre d’alphabétisation de Bouaflé, Tia Alphonsine, actuelle en 6ème au cours du soir

Des trajectoires bouleversées

Les résultats se lisent surtout dans les parcours des apprenants. Konan Alexis, serviteur de Dieu, peut désormais lire la Bible sans aide. N’Da Kouadio Nemi, carreleur, écrit ses devis seul et vise un BEPC technique. Amani Aya Claudia, mère de famille, poursuit jusqu’en 4ᵉ avec l’ambition de devenir chirurgienne. Quant à Tia Alphonsine, admise en 6ᵉ, elle nourrit le rêve de devenir sage-femme.

Le DRENA de Bouaflé, Cina Ouattara, photo d’archive

Une initiative saluée

Le directeur régional de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation (DRENA) de Bouaflé, Cina Ouattara, voit dans « La Grâce » un modèle de centre d’alphabétisation. « Ce centre est une référence. L’alphabétisation est un levier essentiel pour remettre nos populations sur le chemin du savoir ».

En attendant un appui plus conséquent, Bié Jean Eric poursuit son combat avec détermination. Son message reste clair : « Rien n’est jamais trop tard. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’apprendre peuvent toujours rattraper le temps perdu ».

(AIP)
ns/kp

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