Dakhla (Maroc), 28 nov 2025 (AIP) – Le professeur Jean-Jacques Muyembé, figure mondiale de la lutte contre les maladies infectieuses a alerté sur la montée des épidémies émergentes en Afrique, lors de l’ouverture officielle du premier Sommet africain sur les systèmes de santé et la souveraineté sanitaire, vendredi 28 novembre 2025 à Dakhla au Maroc.
Pr Muyembé est intervenu sur le thème lié à la cartographie des maladies infectieuses émergentes et endémiques en Afrique.
L’éminent chercheur a souligné que les épidémies d’origine hydrique sont en nette recrudescence sur le continent, où l’accès à l’eau potable demeure insuffisant. Selon lui, des maladies telles que le choléra et la fièvre typhoïde constituent aujourd’hui encore « d’importants problèmes de santé publique ».
Le Pr Muyembé a également mis en garde contre la fréquence croissante des épidémies de maladie à virus Ebola et de Mpox, caractérisées par « une transmission zoonotique initiale suivie d’une transmission interhumaine soutenue avec une forte létalité ».
Longtemps considérée comme négligée, la maladie Mpox « tend désormais à s’étendre dans les régions non endémiques d’Afrique et même d’Europe », a-t-il averti.
Le scientifique a par ailleurs relevé que le changement climatique, associé à la mondialisation, favorise l’émergence et l’expansion des maladies à transmission vectorielle et hydrique, dans un contexte où de nombreux pays africains disposent encore de systèmes de santé fragiles.
Dans une interview accordée aux journalistes en marge du sommet, le Pr Muyembé a expliqué que certaines maladies anciennes, telles que la poliomyélite ou encore la rougeole, n’ont pas disparu et continuent de circuler. Il a également cité la diphtérie, réapparue de manière préoccupante, notamment au Mali.
Il a alerté sur l’expansion actuelle de la fièvre de la vallée du Rift, désormais observée au Sénégal et en Mauritanie. Face à ces dynamiques épidémiologiques, il a estimé qu’« aucune maladie ne peut se limiter à un seul pays », appelant les États africains à renforcer leur préparation face à ces menaces grandissantes.
Interrogé sur la situation du Mpox en République démocratique du Congo (RDC), le spécialiste a reconnu que le pays n’a pas totalement réussi à contenir cette maladie devenue « presque endémique ». Il a évoqué des difficultés liées à la disponibilité limitée des vaccins et à un retard dans les campagnes de vaccination. « Le Mpox va devenir une maladie endémique, aussi bien en RDC que dans plusieurs pays africains », a-t-il déploré.
Le Pr Muyembé a salué l’initiative de la Fondation Mohammed VI de la Santé, organisatrice du sommet, qui vise à renforcer la collaboration entre chercheurs africains. « C’est une initiative qu’il faut louer, car elle permet de mettre ensemble des chercheurs de très haut niveau venant de différents pays du continent », s’est-il réjoui, citant notamment les experts de Côte d’Ivoire et du Cameroun.
Pour lui, cette mise en réseau des compétences africaines constitue une stratégie essentielle pour renforcer la capacité du continent à anticiper, surveiller et répondre efficacement aux crises sanitaires.
Pr Muyembé est un virologue congolais reconnu pour son rôle majeur dans la gestion des urgences de santé publique liées aux maladies infectieuses émergentes et réémergentes en République démocratique du Congo (RDC).
(AIP)
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