Abidjan, 06 jan 2026 (AIP)-Le kidnapping du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse, à la suite d’une attaque armée menée dans la nuit du 3 janvier à Caracas, constitue un choc politique majeur et un test décisif pour la crédibilité du droit international, estime l’analyste politique français Bernard Cornut.
Selon le spécialiste du Moyen-Orient et des questions énergétiques, cet événement impose avant tout un sursaut des Européens, désormais placés devant l’obligation de dénoncer explicitement une violation grave de la souveraineté d’un État, a rapporté mardi 6 janvier 2026, l’Agence de presse iranienne (IRNA).
Si cette opération risque d’accentuer l’instabilité politique à Caracas, elle pourrait également renforcer la cohésion nationale, comme cela a été observé dans d’autres pays confrontés à des interventions extérieures.
Conformément à la Constitution vénézuélienne, la vice-présidente Delcy Rodríguez a été chargée d’assurer l’intérim pour une durée de trois mois, évitant ainsi un effondrement institutionnel. Elle a réaffirmé la disponibilité de son gouvernement à un dialogue international, dans un contexte de pressions persistantes de Washington.
Bernard Cornut souligne que l’attitude de nombreux dirigeants européens qui ont salué la chute forcée d’un pouvoir qualifié d’illégitime, contraste avec leur silence sur les causes structurelles de la crise vénézuélienne. Les sanctions économiques imposées par les États-Unis, l’Union européenne et leurs alliés ont contribué à la dégradation des services publics, à l’effondrement de la production pétrolière et à l’appauvrissement massif de la population.
Un rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU publié en septembre 2021 a pourtant documenté précisément ces effets, appelant à la levée de ces mesures coercitives.
Dans ce contexte, l’analyste estime qu’un sursaut politique et juridique de l’Europe est indispensable. Celui-ci devrait se traduire par une condamnation explicite de cette opération au regard de la Charte des Nations unies, mais aussi par un soutien actif à toute autorité vénézuélienne légitime — qu’il s’agisse du gouvernement intérimaire ou d’un exécutif issu d’élections futures — afin de saisir la Cour internationale de justice, d’obtenir la levée des sanctions et de réclamer des réparations.
Faute de réaction européenne claire, l’impunité risque de s’installer durablement et d’affaiblir la portée du droit international. Une telle évolution renforcerait les dynamiques multipolaires déjà à l’œuvre, notamment au sein des BRICS et des pays non alignés, tout en réduisant la capacité de l’Europe à défendre ses propres positions sur d’autres dossiers majeurs, de l’Ukraine à Taïwan.
Pour Bernard Cornut, l’enjeu dépasse donc largement le Venezuela. Il concerne l’avenir même de l’ordre juridique international et la place de l’Europe dans sa défense.
(AIP)
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