Abidjan, 06 jan 2026 (AIP)-Le kidnapping du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse, à la suite d’une attaque armée survenue dans la nuit du 3 janvier à Caracas, ne peut être compris sans une analyse approfondie des causes structurelles de la crise que traverse le pays depuis plus d’une décennie, selon l’analyste politique français Bernard Cornut.
Pour le spécialiste du Moyen-Orient et des questions énergétiques, cet événement spectaculaire risque d’occulter les responsabilités économiques, financières et géopolitiques profondes qui ont conduit à l’affaiblissement de l’État vénézuélien, a rapporté mardi 6 janvier 2026, l’Agence de presse iranienne (IRNA).
La crise actuelle trouve ses racines dans une combinaison de facteurs internes et externes. D’un côté, une dépendance historique quasi exclusive aux revenus pétroliers, une gestion bureaucratique et centralisée de la compagnie nationale PDVSA, ainsi qu’un manque d’investissements technologiques ont progressivement réduit les capacités de production.
De l’autre, les sanctions économiques imposées par les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs pays alliés ont fortement aggravé ces fragilités, en limitant l’accès aux marchés financiers, aux technologies énergétiques et aux circuits commerciaux internationaux.
Ces mesures coercitives ont eu des effets directs sur la population : dégradation des infrastructures de production et de distribution, effondrement des services publics, pénuries, appauvrissement massif et émigration de millions de Vénézuéliens.
Un rapport du Conseil des droits de l’homme des Nations unies publié en septembre 2021 a explicitement souligné le caractère délétère de ces sanctions sur les droits économiques et sociaux, appelant à leur levée. Dès février 2020, le gouvernement vénézuélien avait saisi la Cour pénale internationale, estimant que ces sanctions pouvaient constituer un crime contre l’humanité.
Dans ce contexte de fragilisation structurelle, l’attaque menée contre Caracas et l’enlèvement du chef de l’État risquent moins de provoquer un effondrement institutionnel que de renforcer, paradoxalement, une conscience nationale forgée par l’histoire des interventions étrangères.
Conformément à la Constitution, la vice-présidente Delcy Rodríguez a été désignée pour assurer l’intérim du pouvoir, garantissant une continuité institutionnelle tout en réaffirmant la volonté de dialogue international.
Bernard Cornut insiste sur la responsabilité particulière des Européens qui ont largement dénoncé la légitimité du pouvoir vénézuélien sans reconnaître leur propre rôle dans l’aggravation de la crise.
Pour l’analyste, un sursaut européen est nécessaire afin de replacer le droit international au cœur de l’action diplomatique, de reconnaître l’impact structurel des sanctions et d’aider tout gouvernement vénézuélien légitime à engager des recours devant la Cour internationale de justice.
À défaut d’une telle prise de conscience, prévient-il, la répétition de mesures coercitives unilatérales et d’actions de force continuera d’affaiblir les États visés, tout en accélérant le basculement de nombreux pays vers des alliances alternatives, telles que les BRICS ou le Mouvement des non-alignés.
L’enjeu dépasse ainsi le seul Venezuela. Il concerne la capacité de la communauté internationale, et de l’Europe en particulier, à traiter les crises politiques sans ignorer leurs causes économiques et structurelles profondes.
(AIP)
sdaf/cmas

