Séguéla, 13 jan 2025 (AIP) – Dans le quartier Bakayoko 2, comme dans bien d’autres à Séguéla, les boutiques sont partout. Modestes, parfois à peine plus grandes qu’un kiosque, elles sont pourtant bien plus qu’un décor. Elles sont le souffle discret de la vie quotidienne, le relais indispensable qui fait battre le rythme des familles. Derrière un comptoir en bois ou une étagère chargée de produits, se joue chaque jour une scène simple mais essentielle : celle de la proximité, de l’entraide et de la confiance.
Un accès immédiat aux produits essentiels
Au carrefour CIE, à quelques pas des maisons, ces échoppes offrent tout ce qu’il faut pour tenir la journée : riz, huile, sucre, lait, savon, cahiers, stylos, condiments. Pour les mères de familles, cette proximité est une bénédiction.
« Quand il manque quelque chose à la maison, je viens juste ici. C’est rapide et ça nous arrange beaucoup », confie Sanogo Awa, la quarantaine, venant de la boutique, un sachet de lait en poudre à la main. Dans une ville où chaque déplacement rapide peut souvent coûter cher et prendre du temps, ces petites boutiques deviennent des alliées précieuses, presque vitales.
Une flexibilité qui sauve les fins de mois
Leur force, c’est aussi leur souplesse. Ici, pas besoin d’acheter en gros : on peut demander 100 francs de sucre, 200 francs d’huile, ou même un seul cube d’assaisonnement. Et quand la fin du mois devient difficile, le crédit est là, comme une bouée de sauvetage.
« Les gens du quartier, on se connaît. Quand quelqu’un n’a pas tout l’argent, on note, et il rembourse plus tard », explique N’diaye Youssouf, boutiquier depuis des années. Son cahier de crédit, soigneusement rangé derrière le comptoir, est le symbole d’une solidarité qui fait tenir les familles.
Moussa Bakayoko, un habitué, en témoigne : « Une fois j’étais fauché, j’avais besoin de riz et de savon. Je suis venu voir N’diaye. Il m’a donné ce dont j’avais besoin et dès que j’ai eu les moyens, je suis venu rembourser. »
Un lieu de vie, un espace de lien social

Ces boutiques ne sont pas seulement des lieux d’achat. Elles sont des carrefours de vie. On y échange des nouvelles, on y rit, on y parle de la pluie et du beau temps. Chaque matin, dès l’ouverture, les habitants viennent discuter, acheter une cigarette ou partager un moment avec les vendeuses de galettes et de pains fourrés. La devanture est toujours animée, pleine de monde. Pour les jeunes, c’est même un repère.
« Le boutiquier, c’est comme un père pour nous », lance Ibrahim Bakayoko, 18 ans, qui vient y chercher du pain ou du jus après l’école. Ces instants simples tissent un réseau invisible de confiance et de convivialité, cimentant la cohésion des quartiers.
Des défis quotidiens pour les boutiquiers
Derrière cette simplicité se cachent de lourds défis. L’approvisionnement est une bataille permanente. Il faut parfois aller jusqu’à Daloa, Bouaké ou Abidjan pour se ravitailler, avec des coûts de transport qui ne cessent de grimper. À cela, s’ajoutent les fluctuations imprévisibles des prix.
« Parfois, les prix changent vite. Il faut suivre, sinon on perd les clients », soupire N’diaye en réorganisant ses étagères.
Et si la concurrence des mini‑supermarchés reste encore limitée, elle grandit peu à peu, menaçant l’équilibre fragile de ces petites structures. Mais le boutiquier garde confiance.
« Ici, je vends des choses à 25 francs ou 50 francs. Ce que les supermarchés ne feront jamais », dit-il, assis derrière son comptoir, serein.
Un service indispensable, une âme pour la cité
Malgré les obstacles, les boutiques de proximité tiennent bon. Elles demeurent un maillon essentiel de l’économie locale, mais surtout un pilier humain. À Séguéla, elles ne sont pas seulement des lieux où l’on achète : elles sont des espaces de solidarité, de confiance et de chaleur humaine. Et tant que les besoins quotidiens des habitants resteront pressants, ces échoppes continueront d’être, discrètement mais sûrement, au cœur de la vie de la cité.
(AIP)
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