(Par Jean-Cyrille Ouattara/Benjamin Bassolé)
Abidjan, 18 jan 2026 (AIP) – Au marché de Cocovico, dans la commune abidjanaise de Cocody, le commerce des maillots de football, restés en stock après l’élimination des Éléphants de Côte d’Ivoire face aux Pharaons d’Égypte, connaît un regain spectaculaire à quelques heures de la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2025). Les maillots des Lions de la Teranga du Sénégal et des Lions de l’Atlas du Maroc s’arrachent désormais comme de petits pains, portés par l’engouement suscité par l’affiche finale.
Des supporters ivoiriens partagés mais très présents
Désabusés par la sortie prématurée de la sélection ivoirienne en quarts de finale, de nombreux supporters ivoiriens ont reporté leur ferveur sur les deux finalistes, par solidarité, affinité ou reconnaissance.
Zeinab N’Diaye, Ivoiro-Sénégalaise, n’hésite pas un instant devant l’étal bien garni d’un commerçant. Son choix est assumé. « On ne peut pas trahir le pays de ses origines, sa source. C’est pourquoi je soutiens le Sénégal », confie-t-elle, le sourire aux lèvres, tout juste avant de passer un appel téléphonique.
À quelques pas de là, Jean-David Kouamé affiche sa préférence pour le Maroc. Ce coiffeur au style artistique revendique un choix guidé par la gratitude. « J’ai acheté le maillot du Maroc parce que les Marocains nous ont beaucoup soutenus lors de la dernière CAN. Il y a une meilleure entente avec eux », explique-t-il, après avoir déboursé 10 000 FCFA, espérant célébrer un sacre du Royaume chérifien.
La finale, une bouffée d’oxygène pour les commerçants
Pour les vendeurs de maillots, cette finale constitue une véritable renaissance après une semaine de vaches maigres consécutive à l’élimination des Éléphants.
Ibrahim Koné, commerçant au marché de Cocovico, observe avec soulagement le retour progressif des clients. « Depuis la défaite de la Côte d’Ivoire, la vente de maillots avait chuté à près de 95 % », confie-t-il, adossé à sa boutique envahie de maillots empilés à l’intérieur comme à l’extérieur.
Aujourd’hui, la tendance s’est inversée.
« Les maillots les plus demandés sont ceux du Maroc et du Sénégal. Ceux de la Côte d’Ivoire ne se vendent presque plus », regrette-t-il, tout en scrutant les passants.
Avant l’élimination des Éléphants, il écoulait entre 50 et 60 maillots par jour, vendus entre 7 000 et 10 000 FCFA l’unité. Un rythme désormais difficile à retrouver, malgré l’embellie liée à la finale.
Un investissement risqué pour les petits commerçants
Tous les vendeurs ne peuvent cependant pas se permettre d’investir dans les maillots des équipes finalistes.
Le coût d’approvisionnement demeure un obstacle pour les plus modestes. Dramane Coulibaly, isolé dans un étroit couloir du marché, l’admet avec franchise.
« Je ne vends pas les maillots des autres équipes parce que je n’ai pas assez d’argent pour investir », reconnaît-il, visiblement embarrassé.
Il se contente désormais d’écouler les maillots des Éléphants, dont les prix ont chuté entre 7 000 et 8 000 FCFA, contre 12 000 à 13 000 FCFA lors des prestations de l’équipe nationale.
Pour survivre, il mise surtout sur les maillots de clubs européens, très prisés par les jeunes, qui garnissent l’essentiel de sa boutique désertée.
Les vendeurs ambulants aussi à la fête
La fièvre de la finale profite également aux vendeurs ambulants, omniprésents aux abords du marché.
Adamo, sac au dos chargé de marchandises, confirme la bonne dynamique. « Les maillots sénégalais et marocains se vendent actuellement entre 3 000 et 8 000 FCFA », assure-t-il.
Ce détaillant explique s’approvisionner auprès de grossistes, dont Sahiba, installé sur une natte, avant de parcourir plusieurs marchés d’Abidjan pour écouler ses articles sportifs.
Une embellie relative dans les autres marchés
Selon plusieurs commerçants, cette flambée ne se limite pas à Cocovico.
« Les ventes marchent bien dans d’autres marchés, surtout à Adjamé », indique Oumarou, commerçant nigérien, qui souligne toutefois une baisse généralisée des prix depuis l’élimination ivoirienne.
Un avis nuancé par Adamo, qui fréquente quotidiennement ces marchés. « Ça ne marche plus comme avant », concède-t-il, tout en précisant que les prix oscillent désormais entre 3 000 et 5 000 FCFA, contre 9 000 FCFA au début de la compétition.
Écouler les stocks, un défi avant le Mondial
Pour nombre de vendeurs, la gestion des stocks reste une épreuve éprouvante. Les plus solides peuvent conserver leurs marchandises jusqu’aux prochaines échéances sportives, contrairement aux petits détaillants.
« Moi, je ne peux pas garder tous ces maillots jusqu’à la Coupe du monde. Seuls les magasins peuvent se le permettre », explique Adamo, rappelant qu’il ne dispose que d’un sac à dos comme espace de stockage.
Déterminé à « liquider » rapidement ses articles, il se projette déjà vers le prochain Mondial. De son côté, Dramane Coulibaly espère qu’un « nouveau design » relancera l’intérêt des clients.
Aux abords du marché, Franck, simple observateur, se montre confiant.
« Je ne connais pas encore les prix, mais je sais où aller les acheter », glisse-t-il, tandis que des groupes se forment pour suivre la petite finale entre le Nigeria et l’Égypte.
(AIP)
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