Abidjan, 25 jan 2026 (AIP) – Les économies dites des « marchés frontières » enregistrent depuis 2010 des performances inférieures à leur potentiel, avec une progression des investissements par habitant divisée par deux par rapport aux années 2010, selon une nouvelle étude publiée par la Banque mondiale le 20 janvier 2026.
Ces économies, composées majoritairement de pays à revenu intermédiaire considérés comme des terrains d’essai des futurs champions économiques, n’ont pas su transformer leurs atouts — population instruite, ressources naturelles, institutions relativement solides — en gains économiques significatifs, a indiqué l’institution de Bretton Woods.
« À l’exception d’une poignée d’économies, les marchés frontières pourraient bien constituer la plus grande déconvenue en matière de développement économique », a estimé l’économiste en chef de la Banque mondiale, Indermit Gill, soulignant que ces pays disposent pourtant de bases favorables à une croissance rapide.
Les marchés frontières regroupent actuellement 56 économies, représentant 1,8 milliard d’habitants, soit près d’un cinquième de la population mondiale. Plus d’un tiers d’entre elles se situent en Afrique subsaharienne. Elles concentrent d’importantes ressources minières stratégiques et devraient accueillir près de 800 millions d’habitants supplémentaires dans les 25 prochaines années.
Cependant, leur part dans les flux mondiaux de capitaux reste faible, à 3,1 %, et elles ne représentent que moins de 5 % de la production économique mondiale. Le rythme de croissance des investissements par habitant est tombé à 2 % dans les années 2020, contre un niveau plus élevé au cours des décennies précédentes.
La Banque mondiale souligne également une fragilité budgétaire croissante, marquée par une hausse des dépenses publiques, une stagnation des recettes et un alourdissement de la dette. Près de 40 % des marchés frontières ont connu au moins un défaut de paiement entre 2000 et 2024, et depuis la pandémie de Covid-19, ces économies concentrent plus de défauts que tous les autres pays réunis.
Malgré ce tableau globalement préoccupant, certaines économies ont réussi à se démarquer. Le Viet Nam figure parmi les pays les plus dynamiques des 25 dernières années, tandis que le Rwanda s’est imposé comme un modèle de réussite en Afrique subsaharienne. Par ailleurs, la Bulgarie, le Costa Rica, le Panama et la Roumanie ont accédé au statut d’économies à revenu élevé depuis 2012.
Pour l’économiste en chef adjoint de la Banque mondiale, Ayhan Kose, ces pays joueront un rôle clé dans le défi mondial de l’emploi, puisqu’ils abriteront près d’un cinquième des jeunes atteignant l’âge de travailler dans la prochaine décennie. Il appelle à des politiques favorables à la croissance, des infrastructures solides, une meilleure gestion des finances publiques et un cadre institutionnel attractif pour l’investissement privé.
La Banque mondiale recommande ainsi aux marchés frontières de ne pas se limiter à l’ouverture de leurs marchés, mais de renforcer leur développement financier et leurs mécanismes de gouvernance afin de mieux exploiter leur potentiel économique.
(AIP)
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