Abidjan, 29 jan 2026 (AIP)- L’écrivain ivoirien d’origine libanaise Nabil Ajami a présenté, mercredi 29 janvier 2026, son ouvrage intitulé “Les Libanais en Côte d’Ivoire, entre fantasmes et réalités”, à l’occasion d’un café littéraire organisé à l’Institut français d’Abidjan (IFA), à Abidjan-Plateau.
Publié en 2025 aux Éditions Bomo, cet essai de 114 pages propose une analyse approfondie de la présence et du rôle de la communauté libanaise en Côte d’Ivoire, l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest. À travers une approche à la fois historique, sociologique et humaine, l’auteur s’attache à déconstruire les idées reçues entourant cette communauté, souvent perçue à travers le prisme de sa supposée toute-puissance économique.
Selon Nabil Ajami, la méconnaissance de l’histoire des migrations nourrit incompréhensions et tensions. « Quand on connaît l’Histoire, on ne fait pas d’histoires, parce qu’on sait qu’on vient de quelque part », a-t-il affirmé, invitant à une lecture lucide et apaisée des trajectoires migratoires.
Il a également établi un parallèle avec les réalités vécues par de nombreux Africains aujourd’hui installés en Europe ou en Amérique du Nord pour les études, susceptibles de faire face, à leur tour, à des formes de stigmatisation dans les sociétés d’accueil.
L’ouvrage met en lumière le poids économique souvent attribué à la communauté libanaise, parfois estimé entre 40 % et 70 % de l’économie nationale, tout en soulignant le caractère largement fantasmé de ces chiffres. L’auteur rappelle que cette présence économique repose, dans une large mesure, sur un tissu de petites et moyennes entreprises familiales, bien loin de l’image homogène et dominante souvent véhiculée.
Au-delà de l’économie, Les Libanais en Côte d’Ivoire, entre fantasmes et réalités aborde la question de l’intégration et du vivre-ensemble. Installée depuis plus d’un siècle, cette communauté, majoritairement concentrée à Abidjan et à Bouaké, compte de nombreux membres nés en Côte d’Ivoire et se revendiquant pleinement ivoiriens.
Toutefois, l’auteur n’élude pas les controverses, notamment celles apparues lors des crises politico-militaires, ni les débats relatifs à la participation politique des Ivoiriens d’origine libanaise.
Prenant la parole au nom des Éditions Bomo, Mme Agnès Kraidy a salué la parution de cet ouvrage qu’elle a qualifié d’appel à l’humanisme et au dialogue. Elle a, par ailleurs, déploré des attitudes telles que le rejet de l’autre, l’ignorance et le racisme, soulignant que « l’ignorance est la pire des maladies ». Pour elle, le livre de Nabil Ajami rappelle la nécessité, pour les différentes communautés, de se parler afin de construire une cohésion sociale durable.
Ivoirien, Nabil Ajami inscrit sa réflexion dans une histoire familiale marquée par la migration. Descendants d’arrière-grands-parents partis du Liban à la fin du XIXᵉ siècle, ayant transité par l’Égypte puis le Sénégal, avant de s’installer en Côte d’Ivoire dans les années 1930, les siens incarnent, selon l’auteur, la complexité des identités issues de parcours migratoires multiples.
À travers cet essai, Nabil Ajami plaide pour une meilleure connaissance mutuelle des communautés vivant en Côte d’Ivoire, estimant que seul le dialogue permet de dépasser les préjugés et de consolider le vivre-ensemble dans ce pays historiquement façonné par l’hospitalité et la diversité.
(AIP)
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