Abidjan, 13 fév 2026 (AIP) – La date du vendredi 13 comme ce vendredi 13 février 2026, apparaît comme un mythe enraciné dans des faits historiques, des symboles religieux autant que dans des événements contemporains, et est nourri par une multitude de croyances, de récits et de rituels.
Judas pointé du doigt
Selon certaines croyances chrétiennes, le vendredi 13 a un visage indigne, empreint de traîtrise. Il renvoie à la Cène, autrement appelée Sainte Cène, marquant l’ultime repas de Jésus avant sa crucifixion, entouré de ses 13 apôtres, dont Judas, considéré comme un traître pour avoir, selon ces convictions, livré Jésus aux Romains.
Pour beaucoup, il s’agit donc d’un moment religieusement chargé, à la résonance dépréciative, comme l’explique un passionné de philosophie surnommé Jamy l’épicurieux. « Le vendredi 13 serait donc un jour de grand malheur », rapportait-il lors d’une intervention en date du 13 janvier 2023.
Cet amoureux des sciences ne s’arrête pas là. La crucifixion aurait jeté l’anathème sur le vendredi 13. « Pour certains, c’est un jour maudit », ajoutait-il, exposant davantage l’opprobre jetée sur ce jour qui, selon lui, « fait tellement peur ».
L’arrestation des Templiers : une date blâmée
Ce blâme dont fait l’objet cette date ne repose pas uniquement sur une dimension religieuse. Le désamour voué au vendredi 13 puise également ses racines dans l’histoire politique. En France, sous le règne du roi , c’est un vendredi 13 octobre 1307 que le destin des Templiers a basculé.
Sur instruction royale, des agents et des soldats envahirent les commanderies templières. Aucun Templier de France n’échappa à cet assaut coordonné depuis le sommet de l’État. Dans les esprits, la malchance associée à cette date s’est durablement installée.
Les accusations portées contre l’ordre étaient lourdes : « hérésie, idolâtrie, reniement du Christ, pratiques contre nature et usure ». À l’inverse, des voix se sont élevées pour dénoncer ces poursuites. Les spéculations ont prospéré.
« À mesure que les faits s’éloignent, une autre histoire naît : celle d’un trésor disparu, supposément caché avant les arrestations », laissait entendre, le 24 septembre 2025, le journaliste français Jérôme Prod’homme.
Selon lui, cette arrestation, qui a renforcé l’association du vendredi 13 à la malédiction et à la poisse, s’inscrit dans un mélange de réalité historique, de zones d’ombre et de récits reconstruits. « Entre réalité historique, zones d’ombre et récits construits après coup, l’arrestation des Templiers marque autant la chute d’un ordre que la naissance d’un mythe durable, entretenu par des lieux, des témoignages tardifs et l’imaginaire collectif. »
Quand le mythe survit au temps
Ces deux épisodes n’ont pas essoufflé le mythe. Au contraire, d’autres événements l’ont renforcé. Drames et tragédies semblent coller à la peau de cette date.
Fait symbolique : les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Ce soir-là, le sang coule en France. Le , la salle de spectacle du , des terrasses de cafés et des restaurants sont frappés par le terrorisme.
Plus de 130 morts et 350 blessés illustrent l’ampleur du drame. Les réactions internationales affluent. « Un attentat non seulement contre Paris et le peuple de France, mais une attaque contre toute l’humanité », déclarait , ancien président des États-Unis.
« Je suis profondément choquée par les nouvelles et les images qui nous parviennent. Mes pensées vont aux victimes de ces attaques », affirmait l’ancienne chancelière allemande .
Ce sang versé semble lui aussi avoir renforcé l’opprobre attachée au vendredi 13. Pourtant, ce jour « est synonyme de chance pour un Français sur cinq », révélait le média Doctissimo, citant une étude. L’anthropologue Dominique Desjeux, enseignant à Paris, relativise toutefois ces chiffres : « Le vendredi 13 est un jour de malheur dans les pays à tradition chrétienne. »
Une évolution malgré la superstition : le vendredi 13, jour de chance ?
Dans cette cohorte de superstitions émergent également des contestations. Avec le temps, des idées contraires gagnent du terrain. Ce jour dit « maudit », beaucoup refusent désormais de le percevoir ainsi.
« On va se calmer. C’est faux. Absolument faux, parce que c’est de la superstition », martèle Omega, créateur de contenu axé sur la foi et la culture chrétienne, lors d’une intervention le 1er mai 2024. « On va laisser cela aux charlatans », ajoutait-il.
Pour cet analyste religieux, cette date peut même être perçue comme un triomphe : « C’est un jour tragique mais qui, pour les chrétiens, même s’il est triste, marque la victoire définitive et totale du Christ sur le péché et sur la mort. »
Ce phénomène est même devenu prolifique. Pour certains, notamment des numérologues, cette date constitue un moment propice aux consultations liées au tarot et à la voyance. « Je considère ce jour comme favorable aux rentrées d’argent », confie Evelyne Lehnoff, spécialisée dans la symbolique des chiffres. Elle note « une hausse des consultations » de clients qu’elle juge « plus ouverts aux annonces ».
En somme, son analyse estime que, sur le plan numérologique, cette date – et plus particulièrement le nombre 13 – n’est « ni positive ni négative », mais plutôt « un symbole de transformation et de situation nouvelle ».
Le vendredi 13 révèle la puissance des symboles dans les sociétés humaines. Jour maudit pour les uns, jour de chance pour les autres, il continue d’alimenter débats, rituels et spéculations. Preuve que les mythes, même à l’ère de la rationalité et de l’information instantanée, conservent une étonnante capacité de survie et d’adaptation.
(AIP)
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