Abidjan, 22 fév 2026 (AIP)- La Côte d’Ivoire vient participer à la 35e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football organisée au Maroc où elle a été éliminée au stade des quarts de finale. A quelques mois de la Coupe 2026, où elle sera encore au rendez-vous pour la 4è fois de son histoire, l’AIP est allée à la rencontre du journaliste sportif, Magloire Diop pour évoquer le parcours des Eléphants à la précédente CAN et du Mondial de juin.
La Côte d’Ivoire a participé à la phase finale de la 35e édition de la CAN où elle a été sortie au stade des quarts de finale par l’Egypte. En tant que champion sortant, quel regard jetez-vous sur le parcours des Eléphants ?
Personnellement, je ne considère pas le parcours des Éléphants à la CAN 2025 comme un échec. Depuis 2010, la Côte d’Ivoire est le tenant du titre qui soit arrivé aussi loin dans la compétition. J’ai vu une équipe en pleine progression, bien équilibrée, séduisante dans le jeu, avec des joueurs talentueux comme Amad Diallo, Yan Diomandé, Christ Inao Oulaï, Evan Ndicka et Guela Doué.
J’ai vu une équipe résolument offensive des Éléphants. Elle n’a pas refusé le jeu. Elle a marqué à chacune de ses sorties et inscrit au total 10 buts en cinq matches m. Malheureusement, elle a croisé sur son chemin son chat noir, c’est-à-dire l’Egypte, et l’aventure s’est arrêtée. Ça aurait été un autre adversaire, je reste persuadé que les Éléphants auraient joué la finale.
Après la 2e journée de la phase de groupe, vous étiez l’une des personnalités qui étaient content du fait que quel que soit le rang de la Côte d’Ivoire, il ne croiserait pas l’Egypte. Pourquoi ?
Quand j’ai regardé l’arborescence du tournoi, je me suis rendu compte que la probabilité que la Côte d’Ivoire rencontre l’Egypte dans la phase à élimination directe était très grande. Je me suis donc réjoui que l’échéance ait été reportée jusqu’aux quarts de finale pour la simple raison qu’historiquement à la CAN, les Pharaons ne réussissent pas aux Éléphants. Depuis 1970, en dix confrontations à la CAN, ils l’avaient emporté neuf fois. Ils ont toujours éliminé les Ivoiriens.
C’est à croire que vous êtes de ceux qui ont toujours pensé que l’Egypte reste et demeure la bête noire de la Côte d’Ivoire ?
Au-delà de ma fibre patriotique, je suis un analyste du sport. Sur ces données historiques, les chances des Éléphants étaient minces. Malgré tout, j’ai compté sur la glorieuse incertitude du football et la forme du moment, et espéré un sursaut d’orgueil des Ivoiriens. Malheureusement, le mythe égyptien n’a pas été brisé. Le miracle ne s’est pas produit. Le blocage psychologique côté ivoirien s’est traduit par des pertes de balle fatales et des errements défensifs. La prochaine fois sera peut-être la bonne pour les Éléphants. Je prie simplement que ce soit de mon vivant.
Certains ont évoqué une préparation approximative avec un manque de matchs amicaux avec des pays de grand calibre ?
C’est la meilleure préparation possible que l’équipe nationale pouvait faire parce qu’elle est composée quasiment de joueurs évoluant en Europe. Avec ce modèle, elle reste soumise au calendrier proposé par la FIFA. Celle-ci ayant raccourci la période de libération des internationaux, à la dernière minute, suite à une saisine des clubs européens, cela a modifié le plan de préparation de la grande majorité des sélections qualifiées pour la CAN dont les Éléphants. Ainsi, les matches amicaux prévus contre la Zambie et la RD Congo ont dus être annulés. Il a donc fallu tenir le stage de Marbella, en Espagne, sans matches amicaux. Ce désagrément ayant été imposé à la plupart des sélections présentes au Maroc, de mon point de vue, il ne saurait être valablement avancé comme la raison de l’élimination des Éléphants par les Pharaons.
En juin, un autre grand rendez-vous planétaire attend la Côte d’Ivoire. Il s’agit de la Coupe du monde sur le continent américain. Que pensez-vous que du groupe des Eléphants ?
Pour moi, la Côte d’Ivoire est tombée dans une poule très difficile et le calendrier n’est pas fait pour lui faciliter la tâche. Elle débutera la phase de poules face à l’Equateur, enchaînera avec l’Allemagne et terminera devant le Curaçao. Ce sont des adversaires de qualité, notamment les deux premiers qui ont l’habitude de la compétition.
Croyez-vous la Côte d’Ivoire capable de passer l’étape du groupe et se qualifier pour le prochain tour ?
Je pense que l’équation sera de prendre au moins un point contre l’Equateur et l’Allemagne, avant de se présenter devant le Curaçao. Le format de la Coupe du monde FIFA 2026 permettant aux huit meilleurs troisièmes de se qualifier pour les seizième de finale, les Éléphants auront un coup à jouer pour passer la phase de poules pour la première fois de leur histoire. Car, quatre points suffiraient pour atteindre cet objectif. A partir de là, tout resterait possible dans la phase à élimination directe.
En ce moment surgit le débat sur les joueurs sélectionnés par Emerse Faé. Selon vous, un remaniement de son groupe est-il nécessaire avec l’intégration de nouveaux joueurs jamais appelés mais qui crèvent l’écran dans les championnats étrangers dont Bonny et Kroupi ?
Sur ce point, je vais être honnête avec vous. Je pense que la sélection ivoirienne est composée de joueurs de qualité ayant le niveau international. Ma position est qu’il faut aller à une compétition comme la CAN ou la Coupe du monde FIFA avec les joueurs qui se sont battus pour obtenir la qualification. On peut incorporer deux ou trois renforts susceptibles d’apporter une plus-value. Il semble que la FIFA autoriserait des listes de trente joueurs au maximum.
Cela permettrait au sélectionneur Emerse Faé de faire appel à de nouveaux joueurs sans pour autant déséquilibrer l’équipe. Les deux joueurs que vous évoquez font actuellement partie des sélections de jeunes françaises. S’ils décident d’opter pour les Éléphants, ce serait de bonnes recrues puisque ils évoluent au poste d’avant-centre où la sélection nationale a des besoins. Dans le cas contraire, il faut faire avec ceux qui sont prêts à défendre crânement les couleurs ivoiriennes.
Quel message à l’endroit de la FIF pour permettre à la Côte d’Ivoire de revenir de l’expédition américaine avec les honneurs ?
Je souhaite que la FIF renforce le staff technique des Éléphants en incorporant d’autres analystes vidéos et de vrais préparateurs mentaux ayant connu le haut niveau. La FIF doit également œuvrer à fédérer toutes les composantes de la nation afin de faire bloc autour des Éléphants pour la Coupe du monde FIFA, en juin prochain. Car, l’union fait la force.
(AIP)
fmo
Interview réalisée par Franck Michel Oguéhi

