Bouaké, 8 mars 2026 (AIP)- Les femmes issues des 16 villages couverts par le centre social d’Assengou-Pri ont été sensibilisées samedi 7 mars 2026 à Kahankro, dans la commune de Bouaké, sur leur droit de déclarer elles-mêmes la naissance de leurs enfants lorsque le père ne procède pas à cette formalité.
La séance de sensibilisation s’est tenue au foyer du village de Kahankro à l’initiative du centre social d’Assengou-Pri, dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des droits de la femme (JIF 2026). Elle a été animée par la directrice de la clinique juridique de Bouaké, Reine Kouamé.
Au cours de son intervention, Mme Kouamé a indiqué que les femmes disposent du droit de déclarer la naissance de leurs enfants à l’état civil lorsque le père ne le fait pas.
Elle a précisé que la rencontre s’inscrivait dans le cadre du thème retenu pour la JIF 2026, « Justice pour toutes : agir pour les femmes et les filles en Côte d’Ivoire », qui a permis d’aborder des questions liées aux violences basées sur le genre et au défaut de déclaration des naissances.
Selon elle, l’absence de déclaration de naissance constitue une atteinte aux droits des femmes et des enfants, car l’acte de naissance représente un préalable pour l’accès à la justice et à plusieurs services sociaux.
« Les déclarations de naissance constituent un mécanisme pour accéder à la justice. Lorsqu’une personne ne dispose pas d’identité juridique, elle ne peut pas saisir la justice. Elle ne peut donc pas faire valoir ses droits », a expliqué la directrice de la clinique juridique de Bouaké.
Elle a également présenté la loi spéciale adoptée en 2018 qui permet aux personnes n’ayant pas été déclarées à la naissance de régulariser leur situation administrative.
Mme Kouamé a, par ailleurs, informé les participantes des missions de la clinique juridique de Bouaké qui accompagne les populations dans l’accès à la justice à travers l’orientation, l’assistance et le conseil juridiques gratuits.
Elle a cité plusieurs structures intervenant dans l’accompagnement des populations, notamment, les centres sociaux, la clinique juridique et le Conseil national des droits de l’homme (CNDH).
La conférencière a aussi évoqué les cas de violences sexuelles et d’agressions dont sont victimes les femmes et les filles, ainsi que les situations de déni de ressources et d’opportunités de services qui affectent les populations.
De son côté, la directrice du centre social d’Assengou-Pri, Saran Kaba Konaté, a indiqué que la Journée internationale des droits de la femme constitue un moment de réflexion sur les actions menées en faveur des femmes et celles à entreprendre.
Elle a relevé que plusieurs difficultés ont été constatées dans la zone d’intervention du centre social, notamment, le défaut de déclaration des naissances, les grossesses en milieu scolaire et d’autres situations affectant les droits des femmes et des enfants.
Mme Konaté a expliqué que les activités de communication pour le changement de comportement menées par le centre social ont permis de constater que de nombreuses femmes ignorent qu’elles peuvent déclarer la naissance de leurs enfants lorsque cette formalité n’a pas été accomplie au moment de la naissance.
Elle a également fait savoir que certains enfants rencontrent des difficultés dans leur parcours scolaire faute d’extrait de naissance.
« Lorsqu’ils arrivent en classe de CM2, ils ne peuvent pas composer à l’examen parce qu’ils ne disposent pas d’extrait de naissance », a-t-elle indiqué.
La directrice du centre social a aussi évoqué la situation des enfants issus de grossesses sans reconnaissance de paternité, dont certains ne sont pas déclarés à l’état civil.
« Les mères, en raison de la honte, gardent leurs enfants sans les déclarer, alors que ces enfants peuvent être déclarés même en l’absence du père », a-t-elle ajouté.
Selon Mme Konaté, le centre social d’Assengou-Pri couvre 16 villages ainsi que le quartier Belleville de la ville de Bouaké.
Depuis son ouverture en mai 2024, la structure a recensé 167 cas d’enfants mineurs ne disposant pas d’extrait de naissance faute de déclaration à l’état civil depuis leur naissance. Plus de 200 adultes ne disposent également pas d’extrait de naissance pour la même raison.
La rencontre a enregistré la participation de nombreuses femmes venues des villages de la zone d’intervention du centre social afin de s’informer sur leurs droits et sur les démarches à entreprendre pour la déclaration des naissances.
(AIP)
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