Béoumi, 14 mars 2026 (AIP)- Le médecin-chef du Service de santé scolaire et universitaire-santé des adolescents et des jeunes (SSSU-SAJ) de Béoumi, Dr Doudou Téty Patrice, a révélé vendredi 13 mars 2026 que 43 cas de grossesses en cours de scolarité ont été enregistrés dans les établissements secondaires de la localité au terme des deux premiers trimestres de l’année scolaire 2025-2026.
Selon Dr Doudou Téty Patrice, 20 cas ont été recensés au premier trimestre et 23 cas au deuxième trimestre, soit un total de 43 cas pour les deux premiers trimestres. Au cours de l’année scolaire précédente, 62 cas avaient été enregistrés pour l’ensemble des trois trimestres.
Le responsable du SSSU-SAJ a indiqué qu’aucun cas de grossesse n’a été enregistré dans les écoles primaires à ce stade de l’année scolaire 2025-2026, alors que deux cas avaient été signalés au cours de la même période l’année précédente.
Dr Doudou Téty Patrice a expliqué que la plupart des grossesses sont contractées pendant les vacances et les congés scolaires.
« La plupart des grossesses sont contractées pendant les vacances scolaires et les congés scolaires. Nous allons nous rendre dans les établissements à la veille des congés de Pâques pour sensibiliser les élèves sur les effets des grossesses en cours de scolarité », a-t-il déclaré.
Il a précisé que les congés constituent des périodes au cours desquelles les élèves se retrouvent sans encadrement scolaire.
« Les congés constituent un moment de détente et certaines filles peuvent se laisser aller. Nous venons leur dire de faire attention », a-t-il ajouté.
Le médecin-chef du SSSU-SAJ a fait savoir que les élèves et leurs parents se présentent au service pour l’obtention de certificats de grossesse destinés à signaler l’état de grossesse ou à permettre le report de la scolarité.
Il a aussi indiqué que certains cas ne sont pas signalés aux services compétents et que les 43 cas recensés correspondent aux situations déclarées.
Selon lui, les responsables des grossesses sont, dans l’ordre décroissant, des élèves et étudiants, des jeunes planteurs, des hommes exerçant de petits métiers, des conducteurs de moto-taxi et d’autres acteurs de la société.
Il a précisé que la majorité des grossesses enregistrées sont à un stade d’environ six mois et que l’âge des élèves concernées varie entre 15 et 19 ans. Le nombre le plus élevé de cas est observé au premier cycle, notamment dans les classes de quatrième et de troisième.
Dr Doudou Téty Patrice a évoqué plusieurs facteurs à l’origine de ces grossesses, notamment la promiscuité, la pauvreté, l’absence de tuteur et les tentations liées à l’environnement social.
Il a également évoqué les conséquences sociales et sanitaires de ces situations.
« Les conséquences sociales sont l’arrêt des cours, l’augmentation du nombre de filles-mères, le rejet social et le mariage compromis », a-t-il expliqué.
Sur le plan sanitaire, il a indiqué que certaines élèves tentent de pratiquer des avortements clandestins, avec des risques de décès, de séquelles physiques, de stérilité et d’infections sexuellement transmissibles.
Pour faire face à cette situation, le SSSU-SAJ prévoit de poursuivre les actions de sensibilisation dans les établissements scolaires et d’organiser des audiences et des consultations foraines.
Dr Doudou Téty Patrice a aussi annoncé la poursuite des activités de planification familiale et la mise à disposition de méthodes contraceptives gratuites pour les élèves qui en font la demande.
Il a indiqué que de nombreux élèves, en particulier ceux admis récemment au secondaire, ignorent l’existence des services de santé scolaire et universitaire.
Le médecin-chef du SSSU-SAJ a précisé que des agents de santé sont présents à l’infirmerie du lycée moderne de Béoumi et mènent des actions de sensibilisation auprès des élèves.
Il a lancé un appel aux autorités étatiques, aux cadres et aux opérateurs économiques pour la construction d’internats destinés aux jeunes filles, afin de réduire les situations de promiscuité.
Il a également souhaité l’implication des autorités locales dans la prise en charge des cas sociaux et dans les actions visant à améliorer la santé des adolescents et des jeunes.
De son côté, l’inspecteur d’éducation du lycée moderne de Béoumi, Sié Kambou, a indiqué que son établissement compte 19 cas de grossesses en cours de scolarité, dont cinq enregistrés au premier trimestre et 14 au deuxième trimestre.
« Le taux de grossesse augmente et la situation suscite des inquiétudes. Le deuxième trimestre enregistre plus du triple des cas du premier trimestre », a-t-il déclaré.
Il a précisé que la majorité des grossesses sont signalées après les vacances ou les congés scolaires et que les documents reçus par l’établissement proviennent du médecin-chef du SSSU.
Selon lui, ces documents sont des certificats de grossesse destinés à signaler l’état de grossesse des élèves ou à permettre le report de leur scolarité.
L’inspecteur d’éducation a attribué ces situations à plusieurs facteurs, notamment la promiscuité dans les habitations où filles et garçons vivent dans les mêmes maisons louées, ainsi que le phénomène des élèves-tuteurs.
« Certaines filles sont leurs propres tuteurs et ne bénéficient pas de suivi parental », a-t-il expliqué.
Il a également évoqué le mimétisme, certaines élèves souhaitant imiter leurs sœurs aînées qui ont déjà des enfants.
Selon lui, les conséquences de ces grossesses sont la déscolarisation, le retour des élèves dans leur village ou dans leur famille et, dans certains cas, la fuite du responsable de la grossesse.
« L’auteur de la grossesse peut fuir ses responsabilités, laissant la jeune mère seule face à la situation », a-t-il indiqué.
Pour faire face à ce phénomène, l’administration scolaire mène des actions de sensibilisation auprès des élèves et des parents.
« Nous conseillons l’abstinence aux plus jeunes et, pour les autres, nous évoquons les méthodes contraceptives lorsque l’abstinence n’est pas respectée », a-t-il précisé.
Il a ajouté que les enseignants abordent ces questions au cours des enseignements et encouragent les élèves à se concentrer sur leurs études.
L’inspecteur d’éducation a aussi évoqué certaines difficultés rencontrées dans la gestion de ces situations.
« Lorsque les filles sont enceintes, les parents convoqués se présentent rarement. Les pesanteurs culturelles constituent aussi un obstacle, certains parents demandant à leurs filles d’avoir des enfants alors qu’elles sont encore scolarisées », a-t-il déclaré.
Il a indiqué que ces attitudes compliquent les actions menées par les établissements scolaires pour lutter contre les grossesses en milieu scolaire.
(AIP)
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