Bouaké, 26 mars 2026 (AIP)- Le Laboratoire d’études politiques africaines et comparées (LEPAC) de l’Université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké a procédé, mercredi 25 mars 2026, au lancement officiel d’un projet de recherche sur la lutte contre la criminalité financière en Côte d’Ivoire.
Ce projet s’inscrit dans le cadre du projet de soutien aux actions d’intégrité financière en Côte d’Ivoire (SAIF-CI), mis en œuvre par Expertise France avec l’appui financier de l’Union européenne, à hauteur de 3,2 milliards de francs CFA pour la période allant de juillet 2024 à juillet 2027.
Intervenant en qualité de coordonnateur du projet, le directeur du LEPAC, Pr Ousmane Zina, a présenté le contexte et les objectifs de cette initiative de recherche. Il a indiqué que la Côte d’Ivoire a été inscrite en 2024 sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), une situation qui appelle à un renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Selon lui, le projet vise à analyser les mécanismes existants en Côte d’Ivoire en matière de lutte contre ces phénomènes, à identifier leurs forces et leurs faiblesses, et à proposer des pistes d’amélioration en vue de favoriser le retrait du pays de cette liste.
Le Pr Zina a expliqué que l’étude se déroulera sur une période de trois ans et donnera lieu à plusieurs productions scientifiques et opérationnelles, notamment, des articles académiques, des notes de politiques publiques destinées aux décideurs, des colloques, des ateliers méthodologiques avec les étudiants ainsi que des activités de sensibilisation sur les enjeux liés au blanchiment des capitaux et au financement du terrorisme.
Il a, par ailleurs, précisé que la criminalité financière recouvre un ensemble de pratiques liées à l’introduction de fonds d’origine illicite dans les circuits économiques légaux, leur dissimulation et leur réinvestissement. Ces opérations concernent, notamment, les placements financiers, les investissements immobiliers, les acquisitions d’entreprises, les transactions sur les marchés boursiers, ainsi que les activités liées aux réseaux bancaires clandestins, aux paradis fiscaux, aux jeux d’argent, aux paris sportifs et aux trafics illicites.

Le directeur du LEPAC a relevé que ces pratiques contribuent à l’émergence d’une économie criminelle, favorisent l’insécurité, soutiennent les trafics et peuvent alimenter les activités de groupes criminels organisés et de réseaux terroristes.
Prenant la parole, le chef du projet de soutien aux actions d’intégrité financière en Côte d’Ivoire (projet SAIF-CI), Quentin Sagot, a indiqué que le rôle d’Expertise France consiste à accompagner les autorités ivoiriennes et les acteurs académiques dans le renforcement de la lutte contre les flux financiers illicites, qui s’inscrivent dans des dynamiques internationales liées à l’ouverture des marchés.
Il a souligné que le projet SAIF-CI poursuit un double objectif. Le premier est d’accroître la mobilisation des ressources intérieures de l’État à travers un renforcement de l’intégrité du système financier. Le second est de réduire les risques sécuritaires liés à la circulation des capitaux illicites, susceptibles de financer des activités criminelles, notamment le trafic de stupéfiants et les actions de groupes extrémistes violents.
M. Sagot a rappelé que les flux financiers illicites représentent des pertes importantes pour les économies africaines, estimées à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, ce qui affecte la capacité des États à financer les infrastructures et les services publics.
Présidant la cérémonie, le président de l’UAO, Kouakou Koffi, a relevé que la criminalité financière constitue une menace pour l’économie ivoirienne, en dépit de la croissance enregistrée ces dernières années et de la position du pays dans l’espace UEMOA.
Il a indiqué que l’inscription de la Côte d’Ivoire sur la liste grise du GAFI impose un renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Le Pr Kouakou Koffi a, en outre, insisté sur le rôle de la recherche universitaire dans l’analyse des problématiques contemporaines et la formulation de recommandations à l’attention des pouvoirs publics, tout en saluant l’appui technique et financier de l’Union européenne et d’Expertise France à ce projet de recherche.
(AIP)
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