Abidjan, 2 avr 2026 (AIP) – L’ONG Human Rights Watch a dénoncé une « spirale d’atrocités » au Burkina Faso marquée par des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par toutes les parties au conflit, tout en appelant à une action urgente de la communauté internationale pour mettre fin à l’impunité.
Dans un rapport de 316 pages intitulé « Personne ne peut fuir » et publié mercredi 1er avril 2026, l’organisation indique que plus de 1 800 civils ont été tués et des dizaines de milliers de personnes déplacées depuis 2023, dans des violences impliquant l’armée burkinabè, ses supplétifs civils et le groupe armé islamiste Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimin (JNIM).
Selon les conclusions de l’enquête, les forces gouvernementales et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) sont notamment accusés d’avoir mené des opérations ciblant des civils, en particulier au sein des communautés peules, assimilées à des soutiens présumés des groupes jihadistes. Ces actions, qualifiées de « nettoyage ethnique » par l’ONG, pourraient engager la responsabilité de hauts responsables militaires.
Le rapport met également en cause le JNIM, affilié à Al-Qaïda, pour des massacres de civils, des sièges prolongés de localités et des destructions d’infrastructures vitales. L’organisation souligne que les violences contre les populations civiles sont devenues une stratégie centrale pour les différents acteurs du conflit.
Human Rights Watch pointe en outre une absence quasi totale de poursuites judiciaires, dénonçant une « impunité généralisée » dans le pays. Les autorités burkinabè sont accusées de ne pas enquêter de manière crédible sur les abus, tout en restreignant l’accès à l’information et en réprimant les voix critiques.
L’ONG estime que plusieurs hauts responsables militaires burkinabè, ainsi que des dirigeants du JNIM, dont Iyad Ag Ghaly, pourraient être poursuivis sur la base de la responsabilité de commandement pour les crimes commis par leurs troupes.
Face à cette situation, Human Rights Watch exhorte les partenaires internationaux, notamment les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne et les États-Unis, à accroître la pression sur les autorités burkinabè afin de garantir des enquêtes indépendantes et des poursuites judiciaires.
L’organisation appelle également le Bureau du procureur de la Cour pénale internationale à ouvrir un examen préliminaire sur les crimes présumés commis par toutes les parties depuis la prise de pouvoir de la junte.
« Le monde doit reconnaître l’ampleur des atrocités qui se déroulent au Burkina Faso pour y mettre fin », a insisté l’ONG, plaidant pour des sanctions ciblées contre les responsables et un engagement renforcé en faveur de la protection des civils.
Dans un contexte de conflit armé qui perdure depuis 2016 dans la région du Sahel, Human Rights Watch alerte sur une aggravation continue de la crise humanitaire et sécuritaire, aggravée par le silence et l’inaction de la communauté internationale.
(AIP)
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