Abidjan, 15 avr 2026 (AIP) – Au détour des allées du Palais de la Culture, des éclats de rires attirent l’attention, ici, les voix sont plus légères, les regards plus curieux, les gestes encore hésitants, mais déjà créatifs. Bienvenue au MASA Fitini, cet espace entièrement dédié aux enfants, véritable bulle enchantée au cœur de la 14ᵉ édition du Marché des arts du spectacle africain d’Abidjan (MASA). Dans ce lieu pensé comme un parcours initiatique, chaque enfant devient acteur de sa propre découverte culturelle, entre ateliers, jeux éducatifs et expériences artistiques.
Un passeport pour explorer la culture
À l’entrée, les tout-petits reçoivent un “passeport” à leur nom. Ce document symbolique, précieusement tenu entre leurs mains, leur ouvre les portes des différents ateliers. Comme de jeunes aventuriers, ils circulent d’un stand à un autre, accumulant expériences et souvenirs. Ce dispositif ludique renforce leur implication. Chaque activité devient une étape, chaque découverte une victoire. Très vite, l’espace se transforme en un véritable village d’apprentissage où la curiosité est reine.

Des perles et des couleurs pour éveiller la créativité
Sous un stand animé, les enfants s’installent autour de tables recouvertes de petites perles multicolores. Concentrés, ils enfilent, assemblent, créent. L’atelier de confection de perles est l’un des plus prisés.
Encadrés par Miss Esther, étudiante en design aux Beaux-Arts, ils apprennent à associer les couleurs et à réaliser des bracelets. « L’objectif, c’est de développer leur créativité, de leur apprendre à agencer les couleurs, mais aussi de leur montrer qu’ils peuvent apprendre un métier en s’amusant », explique-t-elle.

Parmi eux, Mariam Sissoko, 4 ans, vêtue d’un tee-shirt blanc et le visage décoré de dessins, observe attentivement avant de se lancer. Elle enfile les perles avec application, puis esquisse un sourire discret. « J’aime apprendre », confie-t-elle, déjà séduite par cette activité qu’elle rêve de reproduire.
Les mains dans la terre : à la découverte de la céramique
À quelques mètres, un autre univers s’ouvre : celui de la terre. Les enfants y découvrent la céramique, entre modelage, tournage et colombinage. Les doigts plongés dans la matière, ils façonnent leurs premières œuvres.

Les encadreurs insistent sur la richesse de cet art souvent méconnu. « Beaucoup pensent que la céramique se limite à la poterie, mais c’est bien plus que cela. Ici, nous leur montrons les différentes techniques et les encourageons à découvrir », explique un formateur.
Au fil des gestes, les enfants prennent confiance. Ils expérimentent, corrigent, recommencent. Une première rencontre avec un art qui pourrait, pour certains, devenir une passion durable.
Le textile, entre tradition et émerveillement
Dans l’atelier textile, les tissus racontent une autre histoire. Encadrés par des étudiants de l’Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle (INSAC), les enfants découvrent la technique du batik.
Pour des raisons de sécurité, la méthode utilisée est celle de l’attache. Les tissus sont noués, puis plongés dans la teinture, révélant progressivement des motifs inattendus. À chaque étape, les enfants observent, questionnent, s’émerveillent.
« Ils découvrent qu’avant d’arriver au marché, le tissu passe par plusieurs étapes. Cela les fascine », explique un encadreur. Cette immersion leur permet de comprendre la valeur du travail artisanal et l’histoire cachée derrière chaque étoffe.
L’UNESCO à hauteur d’enfant
Au stand animé par l’UNESCO, place à la découverte du patrimoine culturel. À travers des explications simplifiées, des coloriages et des échanges interactifs, les enfants explorent les richesses culturelles de la Côte d’Ivoire et du monde.

Sites classés, traditions, danses, savoir-faire… tout est présenté dans un langage accessible. Très vite, les ambitions naissent. Certains enfants expriment le désir de travailler à l’UNESCO, d’autres rêvent de devenir ministres ou experts culturels.
« Nous voulons leur montrer que ces métiers existent et qu’ils peuvent y accéder par l’école et le travail », souligne un animateur.
Les arts visuels, une fenêtre sur l’imaginaire
Plus loin, les pinceaux glissent sur les feuilles, les couleurs s’entrelacent, les idées prennent forme. Dans l’espace des arts visuels, les enfants s’initient au dessin et à la peinture.
Encadrés par l’artiste peintre Gré Thierry, ils découvrent la chromatique, l’étude des couleurs, et apprennent à exprimer leurs émotions à travers l’art. « Nous leur permettons de s’exprimer et de comprendre que la culture est essentielle à leur développement », explique-t-il.
Parmi les jeunes participants, Christ Lael Yao se distingue. Passionné de dessin, il s’applique avec sérieux. Son regard concentré trahit une ambition déjà affirmée : devenir artiste peintre.
Au-delà du caractère ludique, le MASA Fitini s’impose comme un véritable espace d’éveil et de transmission. Chaque atelier est une porte ouverte sur un métier, une passion, un univers.
Les enfants ne se contentent pas de jouer. Ils apprennent, expérimentent, rêvent. Ils découvrent que la culture peut être un terrain d’expression, mais aussi une voie d’avenir.

Un pari réussi pour le MASA 2026
En intégrant cet espace dédié aux plus jeunes, le MASA confirme sa volonté d’inclusion et de transmission intergénérationnelle. Le Palais de la Culture, transformé en paradis pour enfants, vibre au rythme de cette effervescence créative.
Dans les allées, les rires résonnent encore, les mains restent colorées, les regards brillent. Et lorsque vient l’heure de partir, les “passeports” remplis témoignent d’un voyage unique.
Au MASA Fitini, la culture ne se regarde pas, elle se vit. Et dans chaque sourire d’enfant se dessine déjà l’avenir artistique de la Côte d’Ivoire.
(AIP)
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