Zuénoula, 17 avr 2026 (AIP) – Entre mémoire collective et urgence de développement, le débat sur le bitumage de l’ancienne route Zuénoula–Bouaflé, long d’environ 45 kilomètres, refait surface à travers un plaidoyer du juriste et cadre de la Marahoué, maître Mathurin Bi Zou. Dans un texte dense mêlant histoire, mémoire collective et argumentaire de développement, l’auteur remet en lumière cet axe stratégique reliant plusieurs localités aujourd’hui encore enclavées.
Une route héritée de l’histoire coloniale
Selon le plaidoyer, la voie remonte à la seconde moitié des années 1920, sous l’administration coloniale française. Construite sous la direction du capitaine Godauro du génie militaire, elle aurait été réalisée avec la mobilisation forcée des populations locales, notamment celles de la tribu Wadjê.
L’axe traverse plusieurs zones dont Yassoua-Nord, Danagoro, Yassoua-Sud et Krikangbo, desservant un vaste territoire couvrant les départements de Zuénoula (97 villages) et de Gohitafla (42 villages). Aujourd’hui encore, il demeure l’un des itinéraires les plus empruntés de la région.
« Cette route est sans doute le tronçon le plus dense en trafic dans toute la zone », souligne Mathurin Bi Zou, qui en fait un argument central pour justifier sa modernisation.
Une mémoire marquée par la résistance du peuple Gouro
Au-delà de l’infrastructure, le plaidoyer s’inscrit dans une lecture historique marquée par la résistance des peuples Gouro face à la pénétration coloniale entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.
Sous l’autorité du gouverneur Gabriel Angoulvant, la « pacification » de la Côte d’Ivoire (1908-1915) s’est traduite par de nombreux affrontements dans la région de Zuénoula. Le chef guerrier Srinwrè Bi Banhoun est présenté comme l’une des figures de cette résistance.
Après sa disparition, la lutte aurait été poursuivie dans la forêt du Wadjê sous le commandement du chef Zoho Boué Bi Boli, décrit comme un stratège ayant infligé de lourdes pertes aux troupes coloniales avant d’être neutralisé à la suite d’une trahison. Les hostilités prennent fin entre 1916 et 1917 avec la médiation du patriarche Goin Touhoui Bi Tra.
Une route au cœur du regroupement des villages
Le texte souligne également le rôle structurant de cet axe dans l’organisation des communautés Wadjê. Sous l’impulsion du chef Boli Yaha Gouali Bi Tra, plusieurs villages quittent progressivement la forêt pour s’installer le long de la route, facilitant leur accès aux services administratifs et économiques.
Son successeur, Boli Yaha Gouali Bi Béné, est cité pour avoir contribué à l’implantation de la première école primaire publique de la tribu à Binzra en 1957, renforçant ainsi la centralité de cet axe dans la vie sociale locale.
Un enjeu économique et environnemental actuel
Aujourd’hui, l’ancienne voie Zuénoula–Bouaflé traverse une zone à fort potentiel agricole et longe en partie le Parc national de la Marahoué, ce qui en fait un corridor stratégique pour les échanges économiques et le développement local.
Cependant, son état de dégradation et son caractère non bitumé compliquent fortement la circulation, notamment en saison des pluies.
Pour Me Mathurin Bi Zou, le bitumage de cet axe dépasse la simple question d’infrastructure. Il s’agirait d’un impératif de développement équitable et de reconnaissance historique pour les populations de la zone.
Un appel aux autorités
Dans son plaidoyer, l’auteur interpelle les autorités nationales, notamment le ministère des Infrastructures et de l’Entretien routier, la Primature et la Présidence de la République.
Son initiative se veut également un hommage aux figures historiques et aux sacrifices des populations locales ayant contribué à l’ouverture de cette voie.
« Certaines routes ne relient pas seulement des villes, elles relient aussi les générations », rappelle Me Mathurin Bi Zou pour conclure.
(Reportage réalisé par Amani Kouakou Robert/ AIP Zuénoula)
(AIP)
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