Abidjan, 24 mai 2026 (AIP) – Le limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye marque la fin de l’unité au sommet de l’État et projette le Sénégal dans une nouvelle ère de reconfiguration partisane.
Ce schisme au sein du camp de la « rupture » redéfinit les alliances à l’approche des scrutins locaux de 2027 et de la présidentielle de 2029. Selon plusieurs sources au sein de la coalition « Diomaye Président », la fin du binôme Diomaye-Sonko ne constitue pas seulement un remaniement technique, mais le signal d’un basculement structurel. Le divorce acte l’existence de deux lignes idéologiques désormais concurrentes au sein de l’ex-mouvance présidentielle, rendant la gouvernance commune impossible.
Le paysage politique, autrefois polarisé entre le camp de la rupture et l’ancienne opposition, se fragmente désormais en son cœur. Membre de la coalition, Ameth Dieng souligne que cette redéfinition était inévitable. « Le jeu politique va être totalement redéfini. Nous avons épuisé les marges de manœuvre d’une collaboration qui était sous tension permanente. Désormais, chaque pôle va devoir clarifier sa position vis-à-vis de la vision du chef de l’État », affirme-t-il.
Cette recomposition se traduit déjà par un mouvement de reflux au sein des hautes sphères de l’État. La démission de figures clés, telles que les directeurs du Musée des civilisations noires et de la Sonacos, illustre la fin de l’hégémonie du Pastef au sein de l’appareil administratif pro-Diomaye.
Le congrès du Pastef, prévu le 6 juin 2026, s’annonce comme le premier acte de cette nouvelle structuration. En se positionnant comme seul candidat à la présidence de sa formation, l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko prépare le parti à une transition rapide vers un rôle de contre-pouvoir, voire d’opposition frontale.
L’inconnue majeure de cette recomposition réside dans la posture de l’Assemblée nationale. Toujours dominée par les partisans de Sonko, l’institution législative devient le nouveau centre de gravité de la crise. Le rapport de force entre la légitimité électorale du président de la République et la puissance parlementaire du Pastef pourrait contraindre le pays à une forme de cohabitation inédite.
Le porte-parole du Pastef, Me Abdoulaye Tall, a d’ailleurs précisé que l’Assemblée compte « assumer pleinement son rôle de contrôle », confirmant que le Parlement sera le principal théâtre de cette recomposition politique en marche.
(AIP)
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