Cet article a été publié le: 28/02/22 9:51 GMT

AIP/ La Côte d’Ivoire, un modèle dans la lutte contre le travail des enfants (CNS)

Abidjan, 28 fév 2022 (AIP)- D’énormes efforts ont été effectués dans la lutte contre le travail des enfants, soutient le consultant national en charge de la question au cabinet de la Première dame, Amani Konan, point focal national des actions de surveillance du Comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants (CNS).

Satisfait des actions entreprises par la Première dame de Côte d’Ivoire, il préconise une surveillance permanente et accrue des frontières pour atteindre les objectifs de la lutte contre travail des enfants.

AIP : Quelles sont les actions menées par le CNS pour retirer les enfants des plantations et de certaines activités pénibles ?

Amani Konan : Il faut noter que nos stratégies ont été définies au travers du Plan national de lutte contre le travail des enfants. Que vous soyez du CNS, du ministère technique, une ONG ou un agent des systèmes des Nations Unis en Côte d’Ivoire, nous nous sommes tous réunis pour adresser efficacement la problématique du travail des enfants dont nous avons relevé cinq axes stratégiques d’intervention.

Le premier axe est la prévention, le deuxième axe porte sur la protection et le troisième axe concerne la poursuite et la répression des trafiquants (la Côte d’Ivoire a adopté une loi qui punit le travail des enfants) et le quatrième axe concerne la coordination et le suivi-évaluation.

Au niveau de la prévention du phénomène, les actions menées le CNS sont d’abord la sensibilisation des populations. Les informer sur le danger que représente le travail des enfants, surtout les travaux dangereux et les pires formes de travail des enfants.

A cet effet, la Première dame a initié, depuis 2012, une vaste campagne de sensibilisation, de communication et d’informations à travers le pays. Ce n’est pas seulement dans la production du cacao, mais ce sont tous les secteurs d’activités économiques comme les mines d’or, l’artisanale, le transport, le domestique urbain. Tous ces champs sont notre domaine d’action.

Cette vaste campagne a été menée par le biais de la presse, les panneaux, les affiches installées un peu partout dans les villes et certaines régions du pays. Il y a eu également des insertions dans la presse et une vaste campagne de communication a été menée par les services de la Première dame en partenariat avec la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) et d’autres structures de communication.

Même les artistes ont été sensibilisés, formés et mis en mission par la Première dame. Nous avons également formé tous les préfets pour qu’ils sensibilisent les populations au niveau de leurs différentes localités.

De plus, le CNS organise régulièrement des campagnes de sensibilisation de proximité. Nous faisons aussi des tournées de sensibilisation sur le terrain, pour rencontrer les populations surtout, parce que tout le monde n’a pas accès aux médias. Dans des hameaux de deux, trois cases, des enfants et des familles entières vivent sans réseau de communication à plus forte raison une télé. Donc nous partons dans ces campements pour toucher du doigt la réalité de ces populations et leur passer le message d’interdiction du travail des enfants et de la scolarisation obligatoire des enfants.

L’année dernière, nous avons effectué une tournée de sensibilisation à Soubré, Méagui, Adzopé avec l’appui du corps préfectoral et ce sont des actions majeures que mène le CNS. Il y a également le renforcement des capacités des techniques des acteurs nationaux de la lutte c’est-à-dire les travailleurs sociaux.

Le point focal, national, Amani Konan présentant un livret sur les travaux légers autorisés dans la cacao culture

AIP : Comment procédez-vous pour la protection des enfants ?

Amani Konan : La protection des enfants a consisté d’abord à renforcer toutes les structures qui font la recherche des enfants. Les autres structures, les ONG, les centres sociaux, le ministère de la Femme, tous ceux qui ont en charge la protection des enfants, ont vu leurs capacités renforcées et nous avons mis en place des lignes vertes, 116 et 1308 pour que les populations puissent signaler et dénoncer les cas d’abus faits aux enfants, que ce soit en milieux urbains ou ruraux.

Dans votre quartier, si vous constatez un cas d’exploitation abusive d’enfant, vous appelez le numéro ou vous appelez le CNS. Nous vous mettons en contact avec les centres sociaux de votre proximité pour retirer l’enfant et assurer sa sécurité.

Selon certaines ONG, lorsque les enfants sont retirés des mains des trafiquants, il n’existe pas de structures adéquates pour les accueillir. Or, ces enfants sont en général dans une situation d’extrême vulnérabilité et traumatisés. Généralement, ils ne parlent même pas le français. Il faut donc des structures adaptées pour leur prise en charge et prévoir leur retour dans leur pays d’origine ou dans leurs familles.

La Première dame ayant pris conscience de ce dispositif d’accueil a organisé un gala et les bonnes volontés y ont contribué. Elle a construit trois centres d’accueil. Le premier centre est opérationnel depuis 2018 à Soubré, le deuxième est à Bouaké depuis 2019, et le troisième a été inauguré 2021 à Ferkessédougou.

AIP :Quelles sont les activités qui se pratiquent dans ces centres d’accueil ?

Amani Konan : Tous les enfants sont retirés soit par la police, soit par la gendarmerie, soit par la justice (les cas d’enfants mineurs avec des vulnérabilités sont référés au juge de tutelle). On note également les organisations de la société civile, même de citoyens lambda. Il y aussi des médecins, psychologues, des enseignants et des travailleurs sociaux. Quand l’enfant arrive dans le centre, il est immédiatement pris en charge aux niveaux médical, psychologique, nutritionnel, vestimentaire et sanitaire. Ce sont des centres d’accueil, mais, ce qu’il faut préciser, ce sont des centres de transit, c’est-à-dire que les enfants ne sont pas là de façon permanente. Ce sont des institutions de transit qui sont différents des institutions de remplacement comme les orphelinats, où ils sont admis de manière permanente. Les enfants, lorsqu’ils arrivent, sont stabilisés, le temps de faire la recherche de leurs parents, et organiser leur retour et leur intégration dans leur famille, ou le retour dans son pays d’origine. Donc le séjour de l’enfant varie entre deux jours à six mois, le temps qu’on trouve des parents.

Cependant, le tout n’est pas de retrouver les parents. Il faut sensibiliser les parents pour que l’enfant ne se retrouve plus dans sa situation initiale. Et même, lorsque l’enfant intègre sa famille, le centre d’accueil continue le suivi à la maison à travers les visites à domicile, pour voir si tout se passe bien. J’ai, moi-même, participé à des visites et j’ai constaté que les parents ont pris conscience et j’étais convaincu que l’enfant n’allait plus se retrouver dans la situation de travail des enfants dans lequel il était auparavant.

AIP :On parle aussi de rescolarisation des enfants. Qu’en est-il ? Combien d’enfants avez-vous scolarisé à nouveau ?

Amani Konan : La rescolarisation est l’une des missions prioritaires du CNS, avant que les enfants retrouvent leurs familles. Ceux-ci bénéficient d’une éducation scolaire puisqu’à l’intérieur des centres il y a des écoles, des enseignants, il y a même de la formation professionnelle et on peut appeler cela la préformation parce que nous ne délivrons pas de diplômes, mais, les enfants apprennent notamment la couture, l’élevage, entre autres. La Première dame a pensé à tout de sorte que quand l’enfant sort du centre, il a déjà le goût de l’école, de l’apprentissage et sort du centre avec des rudiments et ne se retrouve pas oisifs.

D’un autre côté, les ONG réalisent de petits projets pour accompagner ces enfants.

AIP : Quelles sont les zones les plus impactées par le travail des enfants en Côte d’Ivoire ?

Amani Konan : Une enquête réalisée en 2013, par l’Institut national de la statistique (INS) en Côte d’Ivoire, sur le travail des enfants dans tous les secteurs, a souligné que le secteur du cacao n’est pas le plus touché par le travail des enfants. Il y a d’autres secteurs d’activités comme la mendicité des enfants dans le Nord du pays qui fait partie de l’exploitation des enfants. En Côte d’ivoire, le taux national se situe à environ 31%. L’enquête a effectué également la cartographie du phénomène dans toutes les régions et toutes les régions sont concernées mais chaque région a sa spécificité et sa réalité. Quand vous prenez la région du Nawa, une zone cacaoyère, c’est le cacao qui est concerné. Quand vous prenez la région frontalière du Ghana, Aboisso, c’est l’exploitation sexuelle des jeunes filles de nationalité nigériane et d’autres nationalités.

Le CNS, en collaboration avec l’unité de lutte contre le crime, ont mené des opérations dans ces zones.  Les jeunes filles sont dans de petites maisons et elles doivent payer ces maisons et monnayer leur service par des rapports sexuels et, en plus, elles doivent payer les personnes qui les ont installées dans ces maisons.

Nous avons retiré plusieurs enfants avec l’aide de l’unité de lutte contre le crime transfrontalier en 2020, à Aboisso et elles ont été conduites au centre d’accueil de Soubré, puisqu’il n’y avait pas de dispositif pour les accueillir. Les filles ont passé quatre semaines au centre et après, avec l’aide de leur consulat, elles sont retournées dans leur pays.

Tous les secteurs d’activité sont concernés, mais nous mettons l’accent sur le cacao en raison des menaces d’embargo sur le cacao.

Le cacao fait vivre au moins sept millions de personnes en Côte d’Ivoire de façon direct et son poids dans notre PIB est au-delà de 15%, donc vu le poids économique du cacao, vu l’importance du fait que nous sommes les premiers producteurs de cacao, les pays consommateurs de cacao sont de plus en plus regardants sur le droit de l’homme dans la chaine d’approvisionnement du cacao.

Quand une matière première dans sa production implique le travail des enfants, cette matière première est sur la liste noire. Les Etats Unis ont une liste de produits qu’on appelle liste noire et notre cacao y figurait, mais grâce à l’action de la Première dame, depuis 2012, notre cacao ne fait plus partie de cette liste. Mais c’est une lutte permanente parce que si nous baissons les bras, le cacao risque de se retrouver à nouveau sur cette liste noire.

AIP : Mais aujourd’hui qu’en est-il de la situation du cacao ivoirien ? La situation est-elle définitivement réglée ?

Amani Konan : La situation est réglée, mais, il faut être dans une veille permanente. Comme je vous l’ai expliqué, il y a l’immigration clandestine des enfants qui viennent, les gens vu la situation sécuritaire au niveau des pays qui nous entourent et le fait que les gens viennent en Côte d’Ivoire, même si la Côte d’Ivoire est hors de danger, il ne faut pas baisser les bras, il faut une surveillance permanente.

AIP : En matière de répression, qu’est ce qui a été fait et combien de personnes ont été jugées et condamnées ?

Amani Konan : Au niveau de la répression, nous avons trois lois que nous n’avions pas avant pour ce genre d’infraction qui était condamné par le code pénal. Mais maintenant nous avons trois lois spécifiques.

La première date de 2010. Elle était difficilement applicable parce qu’il n’y avait pas de décret d’application. Quand le président Alassane Ouattara est arrivé au pouvoir, il a pris, en 2013, le décret d’application de la loi de 2010. Cette loi peut condamner tout auteur de traite ou d’exploitation des enfants à des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 20 ans d’emprisonnement. Et il y a eu des cas récemment, dont l’année dernière quand des trafiquants ont été condamnés à 20 ans d’emprisonnement à Soubré. Il y a aussi une loi, en 2016, qui punit et interdit la traite des personnes, que ce soient des enfants ou adultes que des gens font venir de certains pays pour les exploiter. Cette traite est organisée par des réseaux de trafiquants. Et la loi de 2018 qui concerne le trafic illicite des migrants. Donc, ces trois lois donnent les outils juridiques et légaux aux magistrats et aux responsables chargés de l’application des lois notamment la police et la gendarmerie d’agir.

AIP : Quelles sont les résultats de ces actions de repression ?

Amani Konan : Selon le rapport de la sous-direction de la lutte contre le trafic d’enfants et de la délinquance juvénile (SDLTEDJ) du 1er au 31 décembre 2021, dans l’exercice de leur mission, 929 personnes dont 56 femmes et 873 hommes ont été interpellées et mises à la disposition des tribunaux.

On enregistre 1853 enfants mineurs dont 680 filles et 1173 garçons, victimes de toutes formes de violences qui ont été secourues.

Concernant le cas de traite, exploitation et travail des enfants, 464 individus ont été déférés devant les tribunaux et 1284 victimes ont été secourues.

AIP : Que fait le CNS dans la lutte ?

Amani Konan : Le CNS renforce les capacités techniques et opérationnelles des différentes unités. Il équipe les forces de défense et de sécurité en leur donnant les moyens de faire leur travail avec du matériel notamment des véhicules, des motos. Par ailleurs le CNS s’est rendu compte que l’unité de police qui était en charge de cette question était seulement basée à Abidjan et n’avait pas les moyens de couvrir tout le territoire national, alors que le phénomène est national et pour remédier à cela, la Première dame a fait un plaidoyer auprès du gouvernement, spécifiquement auprès du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, pour que cette unité soit déployée dans les régions et elle a obtenu la création d’antennes régionales à Man, Soubré, Bondoukou, Bouaké, Korhogo, San-Pedro et ces six unités de police couvrent toutes ces zones.

Elle a également offert du matériel informatique.  Chaque année le CNS apporte son appui en matière de carburant et contribue de façon financière pour le fonctionnement de ces unités.

Ces structures de lutte sensibilisent et dissuadent les éventuels contrevenants et arrêtent les récalcitrants qui emploient les enfants.

La sous-direction de la police criminelle chargée de la lutte contre le trafic d’enfant et de la délinquance juvénile est basée à Abidjan, mais nous avons créé six unités à l’intérieur du pays qui font des patrouilles sur le terrain et des opérations de police qui sont financées généralement par le CNS.

AIP : En quoi consiste le travail de cette direction ?

Amani Konan : C’est un ensemble de forces de la gendarmerie, de la police et des eaux et forêts en lien avec Interpol. Nous choisissons une zone qu’on estime à risque. Avant de faire l’opération on voit quelles sont les zones à risque, le taux de prévalence du travail des enfants et nous organisons l’opération de police, sans bruit, pour éviter que les trafiquants ne soient informés. Nous avons deux quartiers généraux, celui des trafiquant et des travailleurs sociaux qui accueillent les enfants et font la prise en charge des enfants. On a déjà mené trois opérations de police qui ont permis d’arrêter les trafiquants et de secourir les enfants victimes.

La Côte d’Ivoire a un objectif à atteindre. Cet objectif est de réduire de façon significatif le travail des enfants et le gouvernement n’est pas seul dans ce combat. Nous avons des partenaires, des industriels du cacao et du chocolat, des ONG, des agents du système des nations unies.

AIP : Et comment se fait cette coordination avec les partenaires et le CNS ?

Amani Konan : Le CNS est responsable de la coordination de toutes les initiatives en Côte d’ivoire.  La première activité consiste à mener des réunions périodiques de coordination et de suivi-évaluation. Et la Première dame, elle-même, préside la réunion avec les ministres en charges de l’emploi et de la protection sociale, le président du comité interministériel de lutte contre le travail des enfants, la ministre de la femme, de la famille et de l’enfant qui est la vice- présidente, le directeur général du conseil café-cacao et les premiers responsables de tous ces ONG nationales et internationales. Ce sont des réunions qui permettent à tout le monde d’être au même niveau d’information.

Pendant ces réunions, il s’agit de savoir « qui fait quoi » dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’action national, de savoir que telle structure intervient dans telle région et telle autre dans telle région. Ce sont des réunions qui permettent de savoir à quel niveau on en est.

Ensuite il y a autre réunion un peu plus technique qui concerne la mise en œuvre technique des projets. Celle-ci est présidée par la vice-présidente du CNS, secrétaire exécutif du CNS et cette réunion réunit ces mêmes entités avec les experts et techniciens qui discutent et lèvent les blocages éventuels, touten planifiant les activités conjointes.

Les premières actions sont des réunions périodiques de coordination et de suivi et évaluation.

AIP : A quel niveau intervient le Bureau international du Travail ?

Amani Konan : Le BIT fait partie des acteurs clefs ainsi que l’Unicef, l’OIM et ces structures font partie du CNS. A chaque réunion, le CNS convoque tous ses partenaires.

Ensuite, il y a des visites de terrain. Nous effectuons des visites de terrain pour nous assurer que les projets financés sont effectivement mis en œuvre sur le terrain et qu’ils sont en cohérence avec les axes stratégiques du CNS et les priorités définies par le CNS. Nous échangeons avec les acteurs locaux, les préfets, les sous-préfets pour voir comment tel projet impacte les communautés.

Une autre stratégie est de participer aux conférences au niveau national comme international sur les efforts de la Côte d’Ivoire.

La Première dame de Côte d’Ivoire est engagée, tant au niveau national, qu’international, et elle fait des plaidoyers auprès du gouvernement américain, auprès du Sénat, auprès de l’Union européenne et auprès de toutes les instances.

Elle s’est même rendue au siège du BIT, à Genève, pour parler de la question du travail des enfants et pour dire qu’en Côte d’Ivoire, lorsque les parents sont paysans, qui ont une plantation de cacao, même si les enfants sont scolarisés, il peut arriver que l’enfant accompagne de temps en temps ces parents aux champs pour apprendre un peu le métier que les parents exercent, le métier d’agriculteur, qui est un métier noble. Elle a demandé d’éviter les amalgames entre les enfants qui vont régulièrement à l’école et les enfants qui pendant les vacances scolaires accompagnent leurs parents aux champs pour apprendre le métier de la terre. Il y a des travaux légers que l’enfant peut faire dans le champ de cacao. Il ne faut confondre les enfants des planteurs avec les enfants migrants qui viennent et qui sont dans les plantations clandestines.

Le Bureau international du travail nous a envoyé deux experts pour nous aider à élaborer notre liste de travaux légers surtout que la Première dame a expliqué qu’il existe des travaux légers, que les enfants peuvent faire en Côte d’Ivoire. Ce que les enfants ne peuvent pas faire, ce sont les travaux dangereux qui mettent en danger leur santé, leur scolarité, leur développement et leur épanouissement. Et c’est contre cela que nous luttons.

Au niveau de la coordination, il y a aussi des visites sur le terrain et la participation du CNS à ces conférences, pour informer l’opinion public nationale et internationale sur les efforts de la Côte d’Ivoire. Lorsque le CNS participe aux conférences internationales, nous prenons le soin de collecter toutes les actions qui ont été faites par les différents ministères.

AIP : Est-ce que les actions du gouvernement sont différentes de celles du CNS ?

Amani Konan : Quand on dit gouvernement, ce sont les actions des ministères. C’est vrai que le plan d’action a été élaboré sous la haute autorité de Dominique Ouattara, mais et nous assurons la coordination, le suivi-évaluation et la mise en œuvre. Le CNS a ses activités, le ministère de l’intérieur a les siennes. Chaque structure a son mandat. Nous n’avons pas le mandat de faire la répression, mais nous pouvons appuyer certaines structures à faire leur travail. L’UNICEF par exemple a mandat pour protéger les enfants. Donc chaque structure en fonction de son mandat a une activité bien précise. Et c’est la mise en commun de toutes ces activités qui permet de lutter contre le travail des enfants.

Au niveau de la protection, il y a la lutte contre la pauvreté à travers des activités génératrices de revus au profit des ménages vulnérables.

Le CNS intervient également dans le domaine de la construction des écoles pour améliorer l’accès des enfants à l’éducation, et toutes les actions qui contribuent à éliminer les facteurs de vulnérabilité, de risque qui peuvent exposer les enfants à la traite et à des travaux dangereux. Nous nous attaquons aux causes profondes du travail des enfants et à l’immigration clandestine.

Et la première dame a signé des accords avec les pays voisins, le Mali, le Burkina Faso et le Ghana pour qu’il y ait une synergie d’action pour pouvoir lutter efficacement contre la traite transfrontalière des enfants. Donc ce sont toutes ces actions qui sont menées par le CNS.

AIP : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez sur le terrain ?

Le consultant national, Amani Konan et son assistante stagiaire lors de l’interview avec la journaliste de l’AIP

Amani Konan : Il faut reconnaître que les difficultés que nous rencontrons sont liées au fondement du phénomène du travail des enfants. Ce ne sont pas toutes les populations qui comprennent le bien fondé de nos actions, la notion d’enfant (de o a 18 ans). Il faut leur faire comprendre, parce que vous savez en milieu rural la plupart de nos populations sont analphabètes, il faut donc user de patience. Donc la difficulté que nous avons, c’est le temps que nous mettons à faire changer les mentalités. Ce sont des pratiques qui sont ancrées dans les pratiques culturelles. Même dans les pays frontaliers, il y a des gens qui font venir des enfants. Cette pratique existe depuis longtemps, avant l’indépendance de la Côte d’Ivoire.  A cette période il y avait la forêt dans le pays et les gens venaient pour travailler. C’est une tradition de migration. La Côte d’Ivoire est un pays d’accueil et de migration. Elle a subi une forte pression migratoire. Au niveau de la cartographie, quand vous prenez la cartographie des mouvements migratoires, la Côte d’Ivoire subit une forte pression migratoire et ce n’est pas aujourd’hui que ça va s’arrêter.

Il y a également le mode d’éducation de nos enfants. Le travail est un mode d’éducation de nos enfants, dans nos cultures. On apprend l’enfant à devenir un homme à travers le travail, la jeune fille dans la cuisine avec sa maman, les activités ménagères. Mais, par ignorance il y a eu des abus où les parents ont fait faire des travaux dangereux à leur enfant donc, il faut démêler ce qui est dangereux de ce qui ne l’est pas. De ce qui est positif pour l’enfant. L’une des difficultés c’est le changement de mentalités. C’est une lutte de longue haleine parce que nous ici, dans les bureaux on ne peut pas changer, il faut aller sur le terrain. Il faut parler aux populations pour leur faire comprendre afin qu’elles adhèrent à la lutte.

Une autre difficulté se situe au niveau de la traite frontalière. En dépit des accords signés, il n’y a pas d’engagement véritable des pays amis frontaliers de la Côte d’Ivoire d’où sont originaires la plupart de ces enfants.

Autre difficulté, nous avons des structures sociales de base qui sont sous-équipées. Il y a souvent trois agents dans un centre social, qui doivent couvrir toute une région. Ils n’ont même pas de matériel et vivent dans des conditions de travail difficiles. Les zones qui sont concernées par le travail des enfants à l’intérieur du pays sont souvent difficiles d’accès et même les véhicules 4×4 ont du mal à y accéder. Il faut des motos et des véhicules communément appelé Kia. Et les jeunes gens affectés dans ces centres n’ont pas de moyens pour faire le suivi.

Nous sommes en train de travailler à cela avec nos partenaires pour que ces structures de proximité de secours, d’assistance, de protection des enfants puissent avoir des capacités opérationnelles renforcées. Nous sommes en train de faire la même chose avec les inspecteurs de travail qui avaient l’habitude de faire les contrôles dans les entreprises formelles.

Nous leur avons signifié que le travail des enfants ne concerne pas les entreprises formelles légalement constitués, mais c’est dans le secteurs informels, dans les plantations de cacao.

En partenariat avec le BIT nous avons élaboré, avec eux, des procédures d’intervention et ils ont été équipés.

Bientôt le CNS en partenariat avec le Conseil du café-cacao va procéder au recrutement d’un certain nombre de jeunes gens appelés « les vérificateurs du travail des enfants » et ils auront pour rôle de vérifier, contrôler les plantations de cacao, voir si le travail des enfants est pratiqué. S’ils découvrent un cas, ces jeunes vont sensibiliser et si ça persiste, ils vont appeler la police. J’ai le dossier en main actuellement, ils seront payés et équipés de motos, ils auront des tablettes pour collecter des données sur le terrain pour nous rendre compte pour que nous puissions avoir en temps réel une base de données qui nous permet de savoir quelle est la situation sur le terrain. Ils seront en appui aux inspecteurs du travail et aux policiers qui font les patrouilles régulières sur le terrain. Cela est un projet important pour le CNS et cette année si Dieu le permet cela sera mis en place.

AIP : Quelles sont vos perspectives et les objectifs que vous visez en 2030 ?

Amani Konan :  Notre perspective d’abord. Si on se base sur les priorités, notamment le poids du cacao dans notre économie, vous savez que l’Union européenne est actuellement en train de prendre des mesures législatives contraignantes pour interdire toutes les matières premières qui ne respectent pas le droit des enfants.

Le gouvernement a mis en place un groupe d’experts qui travaille à l’élaboration d’une stratégie pour sortir de cette situation. Donc tous les pays de l’Union européenne vont adopter la question environnementale, la déforestation, la question des droits, la question du revenu des producteurs. Et si la Côte d’Ivoire ne mène pas des actions vigoureuses, notre cacao sera menacé, parce qu’ils disent que nous détruisons la forêt et que les producteurs sons sous-payés.

Pour cela, nous travaillons de manière conjointe avec le cabinet du Premier ministre sur cette question.

Au niveau du CNS, nous intensifions nos efforts et associons la question environnementale à la lutte. Nous allons intensifier nos efforts.

La deuxième chose c’est de parvenir à mettre en place un système de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement cacao. Cela veut dire que de la plantation du cacao jusqu’au port et à l’exportation, du champ de cacao, il faut qu’on sache à qui appartient le cacao, la situation géographique, pour savoir si le producteur appartient à une coopérative certifiée de sorte que le pays qui achète le sac de cacao puisse avoir, à partir d’un code barre, toutes les informations sur l’itinéraire technique de ce cacao. Et la Côte d’Ivoire a commencé à mettre ce système en place à partir du recensement des planteurs. Donc pour savoir d’où vient le cacao, il faut qu’on sache qui produit le cacao.  Le Conseil café-cacao a mis des références pour géolocaliser chaque parcelle et ils ont fait la présentation de cet outil à la Première dame.

Il s’agit donc de pouvoir mettre en place un système de traçabilité et de certification. Quand le code barre sera sur le sac de cacao, lorsqu’on le flashe, cela donnera toutes les informations et l’on saura si ce cacao a été produit avec la main d’œuvre des enfants ou non. Cela est projet important et après le cacao nous allons l’appliquer aux autres produits. Il faut une transparence de la chaîne d’approvisionnement du cacao.

Nos perspectives sont bonnes. Vous savez que la Côte d’Ivoire a été identifiée comme un pays pionnier de l’alliance 8.7 des ODD et cela signifie que la Côte d’Ivoire a été jugée par les Nation unies comme un pays modèle, un pays de référence en matière de lutte contre le travail des enfants. Et d’autres pays viennent prendre exemple sur la Côte d’Ivoire.

Je salue l’engagement politique de la Première dame de Côte d’Ivoire

Nos perspectives sont donc de redoubler d’effort et d’intensifier nos actions et d’ici 2030, on pourra réussir à établir le travail de façon conventionnelle dans la filière cacao.

Vous savez que la cible 8.7 a indiqué que les pays qui ont signé doivent éliminer le travail des enfants d’ici 2025. Et comme la Côte d’Ivoire est membre des Nations unies et qu’elle a signé également les ODD, nous aussi, nous nous donnons cet objectif de 2025.

(AIP)

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