Cet article a été publié le: 27/08/21 12:05 GMT

AIP/ « L’apprentissage de la langue chinoise est une opportunité éducative et d’enjeu universitaire pour les élèves ivoiriens », selon Yoro Loua (Interview)

Songon, 27 août 2021 (AIP)- Dans une interview qu’il a accordée mardi 24 août 2021 à l’AIP, le président du Réseau des enseignants ivoiriens amis de la Chine (REIAC), Christ Aimé Yoro Loua, expose les projets de l’organisation, en présentant l’intérêt de l’apprentissage de la culture et de la langue chinoise pour les élèves ivoiriens.

AIP: Pourquoi avez-vous décidé de créer un Réseau des enseignants ivoiriens amis de la Chine (REIAC) ?

Yoro Loua: En 2014, un groupe de cadres du Ministère de l’Éducation nationale a eu l’opportunité de bénéficier d’un séjour de formation en Chine. Fort des expériences que nous avons eues en Chine, nous nous sommes dits qu’il fallait créer un cadre d’échanges pour pérenniser cet échange d’abord entre nous, cadres de l’Education nationale qui avons eu la chance de bénéficier des différents séjours et voir dans quelle mesure faire profiter cette opportunité aux élèves ivoiriens qui sont notre domaine d’action. C’est pour cela que suite à notre séjour en Chine, rentrés en Côte d’Ivoire, nous avons mis en place un réseau qui est un creuset de rencontre et de partage d’expérience et d’acquis dans la coopération avec la Chine.

AIP: En quoi est-ce que l’apprentissage de la langue peut aider au renforcement de la coopération entre les deux pays ?

YL: La communication est un maillon important de la coopération. La langue véhicule la culture, facilite le rapprochement et brise les barrières. En apprenant une langue, on consolide la fraternisation. La Chine constitue un immense marché d’affaires et d’études supérieures.

AIP: Comment votre structure a-t-elle contribué à la coopération entre la Chine et la Côte d’Ivoire ?

YL: Notre structure a choisi un secteur innovant et qui n’était pas exploité. C’est l’introduction du Mandarin chinois dans le système éducatif ivoirien à travers le côté organisation de Clubs des élèves amis de la Chine. Un club d’initiation à la culture et à l’apprentissage de la langue chinoise dans nos écoles.

AIP: Parlez-nous un peu de votre projet qui veut étendre l’apprentissage de la langue chinoise dans les écoles de notre pays.

YL: C’est un projet novateur car la coopération entre la Chine et la Côte d’Ivoire était une coopération infrastructurelle. C’était seulement au niveau des grandes réalisations notamment les exemples de la construction du stade d’Ebimpé, le Lycée d’excellence Alassane Ouattara de Grand-Bassam ou encore le barrage hydroélectrique de Soubré. Mais nous, au niveau du REIAC, l’option que nous avons choisie, c’est de faire entrer cette coopération dans le partage culturel, dans l’apprentissage de la langue et de la culture chinoise. Et donc, nous avons commencé depuis 2017 avec des clubs créés dans les lycées et collèges de Côte d’Ivoire. À l’époque, nous étions à trois clubs. Aujourd’hui, nous avons une vingtaine de Clubs des élèves amis de la Chine installés. Et cette vingtaine correspondant au nombre d’établissements secondaires ivoiriens qui partagent le projet avec nous.

AIP:  M. Yoro, aujourd’hui, on veut faire la promotion de nos langues locales dans nos écoles et vous voulez faire de l’apprentissage de la culture et de la langue chinoise en Côte d’Ivoire ? Est-ce qu’il n’y a pas de contraste dans ce que vous voulez faire ?

YL: Non, nous pensons qu’il n’y a pas de contraste, c’est des orientations qui sont liées à nos projets et objectifs liés à la vision du projet du président de la République. Une vision orientée vers “l’Ivoirien nouveau” qui a beaucoup de capacités en lui-même. Donc, nous pensons qu’à travers ce projet, il faut ouvrir un nouvel horizon à l’élève ivoirien. La Chine devient une nouvelle opportunité d’apprentissage et de formation, d’opportunité éducative et d’enjeu universitaire et de formation pour nos élèves. Et donc nous pensons qu’à travers l’apprentissage de la langue chinoise, nous offrons cette nouvelle opportunité à nos enfants.

AIP: Quels sont les établissements dans lesquels on apprend la langue chinoise et quels ont été les critères sur lesquels vous êtes basés pour choisir ces écoles du secondaire ?

YL: Aujourd’hui, nous sommes à une vingtaine d’établissements publics comme privés à Abidjan comme à l’intérieur du pays (Yamoussoukro, Bouaflé et Bouaké). Les plus anciens sont le Lycée Sainte Marie et le Lycée jeunes filles de Yopougon. Le seul et véritable critère est d’accepter de la part des chefs d’établissement d’ouvrir leur structure à la Chine.

AIP: Quels sont les acquis de l’installation des clubs dans ces établissements ?

YL: La Chine, à travers son ambassade, nous a démontré son adhésion à notre projet par de multiples actions aussi bien au niveau des établissements, au niveau des élèves qu’au niveau de certains chefs d’établissement. Il s’agit, entre autres, de l’aménagement par la Chine de deux salles d’amitié Chine-Côte d’Ivoire équipées en matériels informatiques, mobiliers et bibliothèque (Lycée Sainte Marie et le Lycée des Jeunes Filles de Yopougon); des voyages offerts à trois chefs d’établissement abritant les clubs en Chine; d’un don d’ordinateurs à deux établissements de Yamoussoukro (Lycée Mixte 2 de Yamoussoukro et Collège KL Djedri de Yamoussoukro); de dons de vidéoprojecteurs pour assurer la projection des cours en ligne (huit vidéoprojecteurs pour huit clubs dont six à Abidjan et deux à l’intérieur); d’un don par l’Ambassade de Chine d’un véhicule pour la coordination des activités des clubs; de l’octroi par l’Ambassade de Chine de bourses d’appui à la scolarisation aux élèves aux conditions sociales défavorables issus des Clubs des élèves amis de la Chine dénommées « Bourses de l’Ambassadeur » (30 élèves en 2019-2020 et 110 élèves en 2020-2021 pour un montant cumulé de 34 millions de francs CFA); d’une remise de kits sanitaires COVID-19 à 14 établissements, soit neuf à Abidjan et cinq à l’intérieur du pays; d’une remise de 200 kits scolaires offert par Huawei à 16 établissements; de la signature d’un accord pour le jumelage entre quatre lycées ivoiriens abritant les clubs et l’école des Langues Étrangères de TIANJIN en Chine.

AIP: Pouvez-vous nous dévoiler le montant de l’enveloppe de l’aide à la scolarisation des élèves offerts par l’Ambassade de la Chine, pour aider les élèves membres des Clubs des élèves amis de la Chine pour cette prochaine année scolaire 2021-2022 ? Quels sont les critères de sélection des bénéficiaires de cette prise en charge ?

YL: Pour l’année scolaire 2021-2022, l’Ambassade compte dégager une enveloppe de 25 millions de francs CFA. Cette enveloppe est en hausse comparativement à l’année passée. Ce qui va nous permettre d’augmenter le nombre d’établissements dont les élèves seront bénéficiaires. Cette bourse de l’Ambassadeur qui est une aide à la scolarisation, vise à encourager les élèves dans l’apprentissage de la langue chinoise. Les critères restent les mêmes. Il faut être membre d’un Club des élèves amis de la Chine, être issu d’une famille à conditions sociales difficiles et être parmi les meilleurs élèves de sa classe au compte de l’année antérieure

AIP: Quelles sont les perspectives du REIAC ?

YL: D’abord, nous sommes en train de préparer un atelier de réflexion sur les stratégies de promotion et de pérennisation de l’apprentissage de la langue chinoise dans nos écoles parce que nous pensons qu’à un moment donné, nous devons faire un bilan et dégager une nouvelle vision de nos procédures, de nos actions. Nous pensons qu’il est véritablement temps qu’on essaie de réfléchir sur tout ce qui peut être possibilité en terme institutionnel, organisationnel et pratique. Tout ce qui peut être utile à partager de façon dynamique dans cette coopération. Et nous pensons que cet atelier qui est prévu les 9 et 10 septembre 2021, à Abidjan, sera une opportunité qui s’inscrira dans cette dynamique de Madame la ministre de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation qui vient de lancer les chantiers des états généraux de l’école, un cadre de réflexion profonde sur le système pour voir quelle peut être l’opportunité d’intégrer la langue chinoise dans notre dispositif éducatif.

Interview réalisée par Tanguy Gahié

(AIP)

tg/cmas