Cet article a été publié le: 5/09/21 7:54 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/ Brigitte Zaïbo, présidente de la Société Coopérative ‘Le grenier de la brave femme’: En pays Bété Gagnoa, l’on cède difficilement la terre aux femmes (Interview)

Gagnoa, 05 sept 2021 (AIP)- Dame Zahibeu Brigitte, Bientôt 50 ans, Présidente du Conseil d’Administration (PCA) de la société coopérative dénommée ‘Le Grenier de la Brave Femme’ depuis bientôt deux ans, fait partie de la gente féminine intellectuelle évoluant dans le monde agricole rural de la région du Gôh, qui aura réussi par son abnégation, à se rendre incontournable dans le milieu associatif.

Dans cet entretien, elle retrace son parcours, les difficultés observées, présente les perspectives de son association, tout en  invitant les femmes à ne point reculer face aux difficultés et coups bas du milieu, mais aussi, à certaines habitudes traditionnelles phallocrates en pays Bété, qui refusent aux femmes, le droit à la terre.

Pourquoi le nom ‘Grenier de la brave femme’

Parce que nous nous sommes dit, que c’est au grenier que nos mamans gardaient toutes les provisions alimentaires et tout ce dont elles avaient besoin. Le grenier est le garde tout. C’est ce qui fait vibrer la maison. Le grenier est un trésor pour une femme. Le grenier de la Brave Femme rappelle donc l’amour du travail de la terre par la femme, afin de faire de cette dernière, une source nourricière.

Depuis quand et comment avez-vous lancé le projet Grenier de la brave femme

Sachez qu’au départ, nous étions en association, sous l’appellation ‘Brave Femmes de Guibéroua’, en 2015, comptant plus de 500 femmes de plusieurs villages et la commune de Guibéroua, exerçant dans le manioc, depuis la matière brute, jusqu’au produit fini qu’est le  placali, et l’attiéké. Vu le nombre important, d’autres associations se sont joints à nous, pour créer en 2019, la fédération dénommée ‘La brave femme de défi’, qui regroupait 22 associations, et qui étendait nos activités à l’alphabétisation, amis aussi, à l’appui aux orphelins. Vu les contraindre que nous rencontrions pour étendre nos activités agricoles, nous avons été amené à créer la société coopérative dénommé ‘le grenier de la brave femme’

Aviez-vous déjà une expérience dans l’agriculture

Notons qu’à partir de 2015, lorsque nous avons lancé l’association  ‘Braves Femmes de Guibéroua’, nous exerçons déjà dans l’agriculture et  essentiellement dans le manioc. L’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), avait mis à notre disposition des boutures de manioc, et sur les quatre hectares de brousse dont nous disposions dans la périphérie de Guibéroua, nous avons pu produire pour la première année, un peu plus de 40 tonnes de manioc. Malheureusement, nous n’en avons rien tiré.

Comment cela a-t-il été possible?

L’acheteur, qui s’était proposé, était venu de la ville de Dabou. Voyez vous-mêmes la distance Guibéroua-Gagnoa-Abidjan-Dabou. Il nous a proposées, sinon pratiquement imposées, (d’ailleurs à prendre ou à laisser), d’acheter les 40 tonnes de manioc à un million de FCFA. Pis, nous devions par nos propres moyens, faire acheminer le manioc jusqu’à Dabou, pour un montant d’environ 700 000 Fcfa pour la location du camion.  C’était difficilement acceptable, parce que les femmes se rendaient compte qu’elles avaient travaillé en vain.

Quelles solutions avez-vous trouvé?

Justement rien. Nous avons commencé par vendre de petites quantités au fur et à mesure. Heureusement, nous avions notre magasin à nous et dans lequel nous avions pu stocker le produit. Malheureusement, un malheur s’est produit et le manioc a brulé. A la vérité, nous avons compris qu’il faut avoir le marché, identifier le débouché avant même de mettre la semence en terre, donc, produire. Les femmes ont été découragées et l’année suivante, nous avons poursuivi le travail, mais avec un nombre réduit de femmes, jusqu’à ce qu’en 2019, nous soyons rejointes par plusieurs associations féminines, 22 au total, pour créer la fédération dénommée ‘La brave femme de défi’.

Donc, ça va mieux?

Oui et non. Oui, parce que nous avons pu mettre en place la fédération ‘La brave femme de Défi’, qui marche assez bien. Non, parce que les 22 associations ne sont pas toutes du vivrier. Donc, l’essentiel de nos activités est un peu en veilleuse, et en plus, bien que nous soyons en fédération, nous avons du mal à obtenir des financements et des appuis, puisque légalement nous ne répondons pas à la législation en vigueur, bien que nous existions juridiquement. D’où, la nécessité de mettre en place une société coopérative.

C’est donc de là qu’est  née la société coopérative, le ‘Grenier de la brave femme’

Effectivement. Plus de 250 membres composent la société coopérative, dont quelques hommes, en qualité d’agents commerciaux et autres. Elle a été officiellement lancée le 13 juillet 2020. Notre société coopérative  prend en compte plusieurs départements, dont Soubré, Divo, Oumé et Gagnoa. Mais avant, je précise que nous avons pris soin d’accroître nos possibilités en terre cultivable et en brousse, avec aujourd’hui plus de 15 hectares acquis, dans une dizaine de villages, où nous avons entamé, outre la culture du manioc, celle du riz, du piment et de l’aubergine. Avec la société coopérative, notre clientèle va s’accroître, notamment, avec l’Office de commercialisation et de production du vivrier (OCPV) et les cantines scolaires. Ces deux structures se sont proposées d’acquérir notre production, parce que nous avons aujourd’hui les papiers et nous sommes identifiées et identifiables, grâce aux papiers de la société coopérative. Nous avons donc l’assurance que notre production sera achetée.

Où vous en êtes donc avec les productions?

En 2020, nous avons fait le travail, et obtenu quelques tonnes, mais nous avons été confrontées à un problème de financement. Certes, nous avons la terre, mais en tant que femmes, il nous est difficile de nettoyer les brousses acquises après de durs pourparlers. Sachez que nous avons déboursé quelque 70 000 FCFA par hectare et par an pour la location. Par ailleurs, nous continuons nos efforts pour nous procurer des  semences, intrants, motopompes. Donc, nous continuons d’appeler à l’aide. Notons qu’au sein de la coopérative, nous avons 320 femmes, mais seules 250 sont réellement motivées pour le travail en brousse.

Quel message envers les femmes du Gôh?

Je leur dirais qu’il est vrai qu’en pays Bété, les propriétaires terriens et nos parents en général ne donnent pas la terre aux femmes. Mais, à nos sœurs, je dirais de persévérer, de poursuivre le plaidoyer, d’arriver à convaincre juste quelques hommes. Ils seront l’effet boule de neige auprès des autres et la terre nous sera octroyée. A défaut de nous la céder gracieusement, vous pourrez signer un protocole d’accord, en vue de location. A partir de là, la coopérative de femme pourra naitre dans chaque sous-préfecture de la région, et l’autonomisation de la femme, dont on parle, sera une réalité à Gagnoa et dans le Gôh rural.

(AIP)

dd/fmo

 

Entretien réalisé par Dogad DOGOUI

Chef du bureau régional de Gagnoa