Cet article a été publié le: 17/08/22 7:30 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/ Cours de vacances :  bénéfiques ou néfastes ? élèves et parents partagés, aubaine pour les enseignants (Reportage)

Reportage réalisé par Tiéméle Danielle

Abidjan, 17 août 2022 (AIP)- Les vacances scolaires censées être des périodes de repos et de divertissement, sont mises à contribution pour l’organisation de cours dits « de vacances » qui visent à première vue à renforcer les capacités des élèves, mais à y regarder de plus près, ces cours constituent une aubaine pécuniaire pour les initiateurs notamment les enseignants.

Des objectifs défendus par quelques enseignants et parents d’élèves

Souvent initiés par les enseignants exerçant dans des écoles privées, les cours de vacances, organisés le mois d’août  dans leur majorité ( 1 er 31 août), visent selon les initiateurs à renforcer les capacités des élèves sur les programmes déjà dispensés au cours de l’année scolaire, mais aussi anticiper sur ceux de l’année à suivre par les élèves.

Comme Yao S.C. élève en 1 ère D au lycée Gadier pierre 2 qui suit les cours de la  terminale D à IGES de Yopougon SIDECI, les cours étant arrêtés,  elle se sens plus détendue et plus disponible pour travailler. “Je profite de ces vacances pour réviser et anticiper sur les cours de l’année scolaire à venir afin de mieux aborder la classe de terminale qui est une classe d’examen. Chaque année je fais les cours de vacances depuis la classe de CE2 », explique t-elle.

A l’école primaire Aboboté-annexe, les maîtres ont initié des cours de vacances, sous la supervision du directeur qui en a fait la demande à l’inspecteur. Selon Francis Konan, enseignant dans cette école, les cours permettront de relever le niveau des élèves qui traînent des lacunes et  ont des difficultés après l’année scolaire qui vient de s’achever.

Pour un parent d’élève, Bindé François, il est bon pour l’enfant d’avoir un avant-goût des leçons qu’il va affronter l’année prochaine, en s’imprégnant des leçons de sa classe avant la rentrée. « L’enfant a ainsi une longueur d’avance sur ses camarades », pense-t-il.

 

Des élèves inscrits dans un cours de vacances

Les programmes des cours tablent sur les premières leçons de l’année, notamment ceux du premier trimestre, ou si le temps le permet du premier semestre. Les cours se fondent sur les quatre disciplines « de base » à savoir le français, les mathématiques, les sciences physiques et chimie, l’anglais, relève le professeur de français et promoteur des activités de vacances au collège Moyé Dhan de Bingerville, Kouassi Éric.

“L’objectif principal de ces cours est d’amener les élèves à prendre contact avec les études après de longs mois de pause et leur permettre de reprendre contact avec les études et donc de mieux débuter la nouvelle année scolaire”, soutient-il.

Le responsable des activités de vacances du groupe scolaire le Miri, Kobenan Ali vise particulièrement les « nouveaux collégiens », à savoir les élèves de la 6ème. « Ces cours sont bénéfiques pour les élèves de la 6ème et ceux des classes intermédiaires. Nous mettons à la disposition des élèves de la 6ème un livre intitulé (bienvenue en 6ème). Ce livre est gratuit et disponible à la bibliothèque de l’école.  Il leur permet d’avoir une notion du collège », révèle -t-il.

Selon l’enseignant Francis Konan, les programmes sont établis par les enseignants de chaque niveau. A la fin de chaque cours, des exercices sont donnés aux élèves pour qu’ils intègrent les cours dispensés.

Toutefois, insiste Tra Bi Thierry, enseignant à Vridi-Cité, dans la commune de Port-Bouët, le maître ne donne pas beaucoup d’exercices, car il ne faut pas oublier qu’on est en période de vacances, il ne faudrait pas trop acculer les enfants avec les études, et leur laisser le temps de s’amuser. « Les études ne doivent pas être une corvée, mais il faut que les enfants apprennent avec plaisir », ajoute-t-il.

Le fait d’allier études et vacances suscite justement quelques réticences de la part des parents d’élèves et acteurs de l’éducation.

 

Des enfants dans un camp de vacances ( photo d’archives)

Des cours en déphasage avec l’esprit de vacances

« Moi je n’aime pas cette affaire de cours de vacances. Cela fatigue les enfants, les vacances sont faites pour se reposer et nous les parents, on profite des vacances pour préparer la nouvelle rentre scolaire des enfants. On ne va pas encore dépenser pour des cours de vacances », déclare un parent d’élèves, Koné Drissa qui estime d’ailleurs qu’il s’agit d’un gaspillage d’argent.

« Les vacances c’est pour le repos, les loisirs, les voyages, les immersions touristiques Il ne s’agit pas de contraindre les enfants à suivre des cours où ils auront des exercices », ajoute un autre parent d’élèves, journaliste à l’Agence ivoirienne de presse (AIP), Oguehi Michel.

Après neuf mois de cours et d’apprentissage, les vacances sont exclusivement destinées aux activités ludiques et  à la distraction, afin de retrouver l’énergie pour amorcer la nouvelle année, souligne une conseillère pédagogique en fonction à la direction régionale de l’Education nationale et de l’Alphabétisation (DREN) d’Abobo, Dogoré Monique. Elle insiste sur le fait que des cours de mise à niveau peuvent être initiés pour les plus faibles, mais doivent s’ inscrire dans un cadre ludique qui allie parfaitement le jeu et l’apprentissage.

« Il a été démontré de façon pédagogique que l’enfant assimile mieux les leçons avec le jeu. Ainsi, les cours de vacances doivent plutôt être des camps de vacances qui permettent à la fois aux enfants d’apprendre mais surtout en s’amusant. Pas besoins d’un cadre formel avec le maître, le tableau noir, des exercices… », explique Mme Dogoré.

Les élèves à qui sont sont destinés ces cours, ne sont pas toujours en accord avec leurs géniteurs. Une étudiante, Diallo Djéneba estime d’aucune utilité ces cours qui ne couvrent que les programmes dispensés durant les trois premier mois des cours. Selon elle, l’élève se croyant aguerri après les cours de vacances se retrouve confronté à la réalité après le premier trimestre. Elle dit préférer les répétiteurs  qui suivent l’élèves tout le long de l’année scolaire.

D’autres parents, plus sceptiques, voient en ces cours une occasion pour les élèves, surtout les filles de se soustraire de la surveillance des parents.

N’Goran Assé, parent d’une adolescente, dit avoir une mauvaise expérience des cours de vacances, et ne veut pas que sa fille y participe. Il a « le triste » souvenir de la grossesse de sa sœur cadette, dont l’auteur était un jeune étudiant, citadin, recruté par la mutuelle de développement de son village pour dispenser des cours de vacances dans son village.

En outre, selon lui, pour les petits garçons, les cours de vacances sont des moments où ils profitent pour se promener en groupe, ou improviser des jeux notamment des matchs de football. « En fait, je pense que les cours de vacances ne profitent pas réellement aux élèves, parce qu’ils n’en profitent pas pour étudier réellement mais pour s’amuser aux frais des parents ».

Si les avantages dédiés aux élèves sont discutables, celles des enseignants paraissent plus ou moins évidentes.

Les cours de vacances, une aubaine pour les enseignants ?

Le coût des cours de vacances varie d’un quartier à l’autre, d’une école à l’autre. Ils font de 3000 à 15000 F CFA pour le cycle primaire, de 7500 à 30.000 F CFA pour le secondaire et parfois bien plus. Même si certains cours initiés dans des quartiers relativement moins nantis sont gratuits.

La cagnotte recueillie après l’organisation de ces cours est répartie entre les enseignants. « N’empêche que certains ne ménagent pas assez d’efforts, à cause de la faible rémunération », déplore un professeur de français, Kouassi Eric, qui précise que la rémunération des enseignants dépend de l’effectif d’élèves inscrits.

En outre, si dans certains établissements, les manuels utilisés sont ceux de l’enseignement ordinaire, ou sont fournis gratuitement aux élèves, dans d’autres écoles des livrets correspondant à chaque niveau sont vendus aux parents. Dans une école à Port-Bouët (Vridi cité), par exemple, ces ouvrages sont confectionnés par des enseignants et vendus aux élèves à 1000 F CFA.

Au-delà de l’aspect financier, les cours de vacances peuvent s’inscrire dans la cadre du renforcement de la cohésion sociale et de la solidarité. Pour la mutuelle de développement d’Abongoua (MUDESCA) dans le département de Bongouanou, les cours de vacances ont été initiés pour resserrer les liens entre les populations, surtout entre les jeunes de la ville et ceux du village.

(AIP)

tad/kgu,amr/lk/tm