Cet article a été publié le: 14/08/22 15:30 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/ Gohitafla, de maigres avancées dans le développement socio-économique du nouveau département (Dossier)

Zuénoula, 14 août 2022 (AIP)- La promesse du président de la République, Alassane Ouattara d’ériger la sous-préfecture de Gohitafla est désormais une réalité. Cependant, les avancées pour le développement socio-économique de cette circonscription sont encore maigres. L’on ne sent pas encore la mobilisation des élus et cadres locaux qui avaient vivement exprimé le vœu de voir leur localité érigée en département. Tout porte à croire que les populations attendent tout de l’État pour le décollage de Gohitafla.

 

Contexte et justification

Le 30 septembre 2020 au terme d’un conseil des ministres tenu à Yamoussoukro après la visite d’Etat effectuée du mercredi 23 au 26 septembre dans la Marahoué, La sous-préfecture de Gohitafla devient un département à part entière, par le décret No 2020-767 du 30 septembre 2020.

La création de cette nouvelle circonscription administrative répond au vœu ardent exprimé par la population et fait suite à la promesse du président de la république d’élever le niveau de représentation de l’État à l’échelon régional et départemental dans les circonscriptions en raison de leur importance démographique, socio-économique ainsi que leur niveau d’urbanisation.

Présentation du département de Gohitafla

Rattaché anciennement au département de Zuénoula, le nouveau département de Gohitafla est situé au centre-ouest de la Côte d’Ivoire et appartient à la région de la Marahoué, dans le district autonome de Sassandra-Marahoué. D’une superficie de 713 km2, le nouveau département regroupe trois sous-préfectures à savoir Gohitafla, le chef- lieu de département, Iriéfla et Maminigui.

Il est limité au Nord par le département de Kounahiri, au Sud par les départements de Zuénoula et de Bouaflé, à l’Est par le département de Béoumi mais aussi une partie de Bouaflé et à l’Ouest également par une partie du département de Zuénoula.

Sa population, assez cosmopolite, est estimée à plus de 83 370 habitants dont 44103 hommes et 39267 femmes selon le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2021. L’ethnie majoritaire est le Gouro mais il y a beaucoup d’ivoiriens et une forte communauté de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO).
Situé à 400 km de la capitale économique et à 136 km de la capitale politique, on peut accéder au département de Gohitafla par Bouaflé en passant par Manfla (60 km) dont 50 km de bitume et 10 km de piste, par Zuénoula (18 km également de piste) et par Béoumi.

 

Bref aperçu de l’histoire du peuple Gouro de Gohitafla

Le peuple Gouro de Gohitafla serait originaire de l’ouest de la Côte d’Ivoire d’où il serait parti à la suite d’un conflit avec le peuple Yacouba pour émigrer par vagues successives vers les terres plus fertiles du centre. Il se serait installé au lieu actuel, autrefois occupé par les Wan peu avant la pénétration française contre laquelle il opposa une farouche résistance. Trois grands cantons : le Gnan, le Manhan et le Bès se partagent 42 villages et une kyrielle de campements.
“Le néo-département aux potentialités non exploitées, aurait dû être mieux loti à l’indice de développement au plan national, surtout qu’il est le berceau du contact de l’homme blanc avec les autochtones Gouro au niveau de l’actuelle région de la Marahoué. Les premiers blancs qui ont mis pied sur les terres de l’actuel département de Gohitafla étaient des Allemands en 1830 (..)”, a indiqué le juriste privatiste International, Mathurin Bi Zou, fils de la Marahoué dans son post en date 1er novembre 2021, intitulé “Le nouveau département de Gohitafla : état des lieux”.

 

L’impact de l’érection de Gohitafla en département

Au niveau de l’Administration: C’est une administration partiellement représentée avec néanmoins la présence effective de l’administration préfectorale.

“A notre prise de fonction, il y avait des difficultés majeures parce qu’il n’y avait pas de logements, non plus de bureaux et dans un premier temps, j’ai dû résidé près de 10 mois à Zuénoula où j’ai partagé une villa jumelée qui servait de résidence auparavant des préfets de Zuénoula avec le sous-préfet de Gohitafla qui a vu sa résidence incendiée par des élèves réclamant des congés anticipés. Mais au niveau du logement, un petit effort a été fait par les cadres pour réhabiliter une maison qui me sert de résidence actuellement à Gohitafla”, s’est exprimé le préfet Kouakou Yao qui a espéré que des lendemains soient meilleurs.

Le préfet de Gohitafla, Kouakou Yao

Pour lui, la remise des clefs le 30 octobre 2021 a marqué un tournant décisif dans la vie des populations du “néo département” de Gohitafla. C’est le premier véritable acte qui matérialise la présence effective du représentant du président de la république. Ainsi l’administration préfectorale est présente et fonctionnelle mais cette administration est partiellement encore représentée dans le département.

Selon le préfet, cela se traduit par l’inexistence de certains services administratifs du fait que le département est de création récente. Cependant, la brigade de gendarmerie, l’inspection de l’enseignement préscolaire et primaire publique, un service de la Sodecie, le service des pompes funèbres, un poste des eaux et forêts sont présents.

Les autres services administratifs qui constituent le pilier du développement d’un département comme la direction départementale de l’agriculture,la direction de la construction, le cantonnement des eaux et forêts, le commissariat de police, en somme une réelle représentation des ministères, sont attendus.

Au niveau également de l’administration, avec l’érection de Gohitafla en département, le changement notable constaté est le rapprochement de l’administration des administrés qui parcouraient une quarantaine de kilomètres pour avoir accès au services de la préfecture. Par ailleurs, la présence du préfet a renforcé les liens entre les démembrements de l’administration, réduit l’absentéisme et favorisé le rapprochement entre les directeurs et chefs de service de sorte à créer un cadre de travail propice.

L’arrivée du préfet a aussi fortement impacté les sous-préfectures en ce sens que les populations sentent l’administration plus proche d’elles car lorsqu’il y a des campagnes de sensibilisation, les actions à mener portent plus. De même les populations sont à l’écoute des autorités préfectorales.

Au plan de l’éducation et des infrastructures routières de bonnes nouvelles en perspective, l’école en proie à la violence et à la fraude connaît une accalmie. Ceci est à mettre à l’actif du préfet qui, dès sa prise de fonction, a pris son bâton de pèlerin pour expliquer aux élèves “la nécessité d’aller à l’école parce que c’est là que se prépare leur avenir”.

Le résultat de cette sensibilisation est plus que satisfaisant avec au niveau du Certificat d’études élémentaires (CEPE) et du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) des taux de réussite respectivement de 23,50% à plus 74% et de 9,5% à plus 20%. Une nette amélioration est envisagée pour le baccalauréat. Un collège de proximité est en finition et sera fonctionnel la rentrée prochaine dans la sous-préfecture de Maminigui et Gohitafla, le chef lieu du département bénéficie d’un second établissement secondaire public en voie de construction.

La route reliant Gohitafla à Béoumi

La ville de Gohitafla, en matière d’infrastructures routières, n’est pas particulièrement bien lotie. Mais avec l’avènement du département, et dans le cadre du projet de bitumage des grandes artères devant reliées les chef- lieux de département décidé par le président de la république, Gohitafla va bénéficier de 5 km de bitume à travers la ville très bientôt. Les travaux de bitumage de la voie reliant Zuénoula à Gohitafla et Gohitafla à Béoumi ont effectivement débuté avec la présence des machines de la société en charge. Gohitafla aura donc un nouveau visage et prendra son envol véritablement, selon les autorités.

Au plan sanitaire, pas de changement de constatés car le Centre de santé urbain (CSU) de Gohitafla sensé être un hôpital général avec les services afférents, n’a pas encore changé de statut.

Au niveau de l’électricité, tous les villages bénéficient de l’électricité avec le programme électricité pour tous du gouvernement. Le département est bien loti.

Quant à l’eau, pour pallier à sa pénurie, le préfet a saisi le ministère de l’Hydraulique qui a affecté un camion citerne flambant neuf qui ravitaille régulièrement la ville et ses environs. Un deuxième forage, entrepris par le maire Athanase Youan Bi pour appuyer la Sodeci, est en cours de réalisation pour combler le déficit en eau potable au niveau des populations.

Le nouveau en construction dans la ville de Gohitafla

Au plan de l’urbanisme, Gohitafla a “le visage d’un gros village” avec des habitations en matériaux précaires. La ville aujourd’hui est pleine extension avec le lotissement de grands espaces. Gohitafla est resté en marge pratiquement du développement car ayant perdu son monopole de transit entre le centre et le sud. Mais avec la restauration de la route Béoumi-Gohitafla, les choses sont entrain de s’accélérer surtout avec la délimitation des territoires des villages.

Cette opération, conduite par le préfet, évolue dans le bon sens. Reste quelques villages qui relèvent du département de Gohitafla mais il y a aussi ceux qui relèvent du département de Bouaflé.

La question de la sécurité dans le département est l’affaire de la brigade de gendarmerie qui est au quotidien sur le terrain. Auparavant, il y avait des actes de vandalisme, de banditisme et des braquages sur les routes surtout entre Manfla et Gohitafla. Mais depuis l’arrivée du préfet, aucun cas de grands banditisme n’a été signalé en dehors des cas vols de magasins.

Un potentiel économique basé sur l’agriculture

Le département de Gohitafla repose en grande partie sur l’agriculture surtout du fait de sa situation géographique car située dans une zone préforestière à la limite de la forêt et de la savane. On y produit en grande quantité les cultures vivrières (ignames, bananes, manioc, etc) et des cultures de rente largement dominées par l’anacarde qui fait de Gohitafla le deuxième producteur de la Marahoué.

Le bureau de la zone ANADER de Gohitafla

Outre l’agriculture, la pêche avec le lac de Kossou et l’élevage sont en vogue car anciennement des foyers de tension, le préfet y a fait régner l’ordre et la tranquillité qui permettent à chaque acteur majeur de contribuer au développement du département.

Le transport y est vivace avec plusieurs compagnies de transport déjà (cars modernes, des mini cars, des véhicules de type familial). La grande innovation dans le transport à Gohitafla est l’apparition de grandes compagnies de transport et des motos-taxis qui jouent un rôle important en ce sens qu’ils assurent les déplacements rapides et aisés dans la ville mais également entre les villages des différentes sous-préfectures.

Pour le 3ème adjoint au maire de Gohitafla, Youan Bi Voli Angelbert, Gohitafla est loin d’être un département de plein exercice, car les structures devant accompagner l’arrivée du préfet sont quasiment absentes. Selon lui, c’est la présence du préfet qui soulage au point de leur fait croire que leur localité est un département. “Sinon, Gohitafla est toujours lié à Zuénoula”, soutient-il. Un avis que plusieurs personnes interrogées partagent.

 

Des actions développement de Gohitafla inscrites dans le programme du conseil régional

Le conseil régional de la Marahoué, instrument développement, pour impacter le développement du nouveau département, a inscrit dans son budget 2022, la réhabilitation des locaux de l’ancienne Compagnie ivoirienne pour le développement de textile (CIDT) qui va servir de bureaux de la nouvelle préfecture.

En outre, il est également prévu au plan des infrastructures routières le reprofilage de la voix Manfla-Gohitafla. Les principales artères de la ville de Gohitafla seront ouvertes et entretenues au cours de l’année 2022 comme le prévoit le budget, a rassuré le préfet.

Les multiples tentatives pour un entretien avec le président du conseil régional ont été vaines.

(AIP)
akr/fmo

Dossier réalisé par Robert Amani

Correspondant AIP à Zuénoula