Cet article a été publié le: 17/06/21 8:38 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/Inter/ Les travailleurs dans les déchets d’équipements électriques et électroniques sont potentiellement exposés à plus de mille substances nocives

Abidjan, 17 juin 2021 (AIP)- Les travailleurs dans les déchets d’équipements électriques et électroniques risquent d’être exposés à plus de mille substances nocives, indique un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), rendu public mardi 15 juin 2021.

Dans ce rapport intitulé « Les enfants et les décharges de déchets électroniques », l’OMS relève que ces déchets d’équipements électriques et électroniques ont en effet un véritable impact sur la santé humaine.

Les travailleurs en particulier les femmes et les enfants, qui cherchent à récupérer des matériaux précieux tels que le cuivre et l’or, risquent d’être exposés à plus de 1.000 substances nocives, dont le plomb, le mercure, le nickel, les retardateurs de flamme bromés et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).

Pour une future mère, l’exposition à des déchets électroniques toxiques peut avoir des conséquences néfastes à vie sur la santé et le développement de son enfant à naître, ou entrainer une issue négative de la grossesse.

Aussi, un lien a été établi entre l’exposition au plomb provenant des activités de recyclage des déchets électroniques d’une part et d’autres part, des scores d’évaluation neurocomportementale néonatale considérablement réduits, une augmentation des taux de troubles de déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH), des problèmes de comportement, des changements d’humeur de l’enfant, des difficultés d’intégration sensorielle et des scores cognitifs et langagiers inférieurs.

Les altérations de la fonction pulmonaire, les effets respiratoires, les dommages à l’ADN, les troubles de la fonction thyroïdienne et le risque accru de certaines maladies chroniques plus tard dans la vie, comme les cancers et les maladies cardiovasculaires figurent parmi les autres conséquences néfastes sur la santé des enfants liées aux déchets électroniques, selon l’OMS.

« Un enfant qui mange un seul œuf de poule venant d’Agbogbloshie, une décharge de déchets située au Ghana, ingérera 220 fois la dose quotidienne tolérable de dioxines chlorées fixée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments », a déclaré l’auteure principale du rapport de l’OMS, Marie-Noëlle Brune Drisse, précisant que la mauvaise gestion des déchets électroniques en est la cause.

Selon l’experte, il s’agit d’un problème croissant que de nombreux pays ne reconnaissent pas encore comme un problème de santé. « S’ils n’agissent pas maintenant, ses impacts auront un effet dévastateur sur la santé des enfants et pèseront lourdement sur le secteur de la santé dans les années à venir », a averti la directrice du Département Environnement, changements climatiques et santé de l’OMS.

Les volumes de déchets d’équipements électriques et électroniques sont en hausse à l’échelle mondiale. Selon le Global E-waste Statistics Partnership (GESP), ils ont augmenté de 21% au cours des cinq années qui ont précédé 2019, année au cours de laquelle 53,6 millions de tonnes de déchets électroniques ont été générées.

À titre de comparaison, les déchets électroniques produits l’an dernier représentaient l’équivalent, en poids, de 350 navires de croisière qui, placés bout à bout, formeraient une ligne de 125 km de long. Cette augmentation du volume des déchets devrait se poursuivre à mesure que l’utilisation des ordinateurs, des téléphones portables et des autres appareils électroniques dont l’obsolescence est rapide, continue de progresser.

Seulement 17,4% des déchets électroniques produits en 2019 ont été correctement collectés et recyclés en 2019, permettant d’éviter le rejet de 15 millions de tonnes d’équivalents CO2 dans l’environnement, selon les estimations les plus récentes du GESP. Le reste a été mis au rebut illégalement, principalement dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où ils sont recyclés par des travailleurs du secteur informel.

La collecte et le recyclage appropriés des déchets d’équipements électriques et électroniques sont pourtant essentiels pour protéger l’environnement et réduire les émissions nocives pour le climat.

Ainsi le rapport de l’OMS « Les enfants et les décharges de déchets électroniques » appelle les exportateurs, les importateurs et les gouvernements à prendre des mesures efficaces et contraignantes. Ces mesures devraient permettre d’assurer l’élimination écologiquement rationnelle de ces déchets ainsi que la santé et la sécurité des travailleurs de ce secteur, de leurs familles et de leurs communautés.

L’OMS souhaite également que soit surveiller l’exposition aux déchets électroniques et les résultats en matière de santé, faciliter une meilleure réutilisation des matériaux et encourager la fabrication d’équipements électroniques et électriques plus durables.

L’organisation onusienne appelle aussi les milieux de la santé à prendre des mesures pour réduire les effets néfastes des e-déchets sur la santé, en renforçant les capacités du secteur de la santé à diagnostiquer, surveiller et prévenir l’exposition toxique chez les enfants et les femmes, en sensibilisant aux avantages connexes potentiels d’un recyclage plus responsable, en travaillant avec les communautés touchées et en plaidant pour de meilleures données et des recherches sur les risques sanitaires auxquels sont confrontés les travailleurs informels du secteur des déchets électroniques.

(AIP)

eaa/cmas