Cet article a été publié le: 22/03/22 16:41 GMT

Côte d’Ivoire-AIP-Interview/AFRINIC ambitionne de contribuer à l’essor du digital en Afrique (DG AFRINIC)

Abidjan, 22 mars 2022- Le directeur général d’African network information centre (AFRINIC), Eddy Kayihura déclare dans une interview accordée à l’AIP lors d’une tournée qu’il effectuait du lundi 14 au vendredi 18 mars, à Abidjan, que sa structure ambitionne de contribuer à l’essor du digital sur le continent africain.

AIP : Dans quel cadre se situe votre tournée en Côte d’Ivoire et en Afrique ?

Eddy Kayihura : Notre tournée en Côte d’Ivoire, se situe dans un programme de relance de nos activités et de visite de nos membres. Nous les appelons nos membres parce qu’AFRINIC est une organisation sans but lucratif qui gère les numéros internet appartenant à l’Afrique. Nous servons l’Afrique, les réalités diffèrent d’un pays à un autre. Pour mieux servir l’Afrique, nous pensons qu’il est important que nous réduisions la distance et que nous soyons présents dans différents pays pour comprendre leurs réalités, discuter avec nos membres et comprendre leurs objectifs chalenges et ambition pour nous assurer que nous nous alignons avec cela.  C’est plus ou moins similaire, mais nous savons aussi que chaque pays a un niveau de croissance digital différent. Pour un meilleur service, il vaut mieux se rapprocher des pays pour les écouter et leur présenter de nouveaux produits.

Nos membres sont les différents fournisseurs d’accès internet, le gouvernement et les acteurs du digital. Nous allons les rencontrer pour discuter des problématiques actuelles, mais aussi voir comment mieux les servir.

Quelles sont ces problématiques ?

Ces problématiques actuelles sont entre autres, l’ampleur du digital, la criminalité en ligne et les usurpations de ressources. Des technologies ont été mises en place pour éviter ses usurpations de ressources.

Le stock des anciennes versions d’adresses IP est presque terminé. Il y a une nouvelle version qui existe, mais nous ne constatons pas d’adoption suffisamment rapide de cette nouvelle technologie. Donc, nous essayons de comprendre avec nos membres, quelles seraient les meilleures approches pour qu’ils puissent aussi s’approprier la nouvelle technologie.

Quels sont les avantages de cette nouvelle technologie ?

Il s’agit de la version 6 de Internet protocol, en abrégé, IPV6. Les avantages sont multiples et permettent aux usagers de pouvoir s’interfacer avec tous les opérateurs partout dans le monde.

Il est bien que nous puissions tous parler la même langue, partager le même type de technologie. Aussi, il ne faudrait pas que l’Afrique ou une zone particulière du continent se trouve exclue du village planétaire digital par manque de stock d’adresses IPV4, l’ancienne version ou par absence d’adoption de IPV6.

Internet, c’est, à la base, une succession de numéros. Le numéro fonctionne comme avec le téléphone, il vous permet de contacter le serveur et les services qui sont disponibles. Si l’on se retrouve dans un espace où il y a peu de numéros, la croissance peut se retrouver limitée. Tandis que, si l’on part dans un espace où les numéros sont plus larges, la croissance et le développement peuvent suffisamment avoir d’espace pour évoluer.

Quelle est l’importance de l’adresse IP pour les usagers africains ?

Chacun d’entre nous fonctionne sans même connaître son adresse IP. Ce n’est pas nécessaire ! or, Sans IP, il n’y a pas internet. Les adresses IP sont un des fondements du fonctionnement d’Internet et moins il en a, plus la qualité devient mauvaise. C’est donc, une des conditions sine qua none pour que son internet marche.

L’importance des adresses l’IP est tellement grande que si elles sont interrompues, l’internet ne pourra plus fonctionner.

Les adresses IP ne sont pas une menace en tant que tel, mais c’est une compétence clé et l’identifiant pour que le trafic d’internet soit dynamique et résilient. Nous avons besoin des adresses IP pour pouvoir communiquer sur internet.

Dites-nous concrètement la cartographie de ceux que vous avez rencontrez en Côte d’Ivoire ?

Nous allons rencontrer une vingtaine de membres de différents niveaux à savoir, les décideurs au niveau gouvernemental, la communauté technique, les dirigeants d’entreprises ainsi que les potentiels nouveaux membres

Aujourd’hui, vu que le digital est omniprésent dans tous les domaines de la société notamment, les services de santé, les systèmes d’éducation, ou les transactions bancaires. Il est impératif que tous les consommateurs de l’internet comprennent qu’ils peuvent devenir membre d’Afrinic et solliciter leurs propres blocs d’adresses IP. Il s’agit pour eux d’obtenir leur propre identité numérique et garantir l’origine de leurs échanges sur internet.

Nos services sont également ouverts aux journaux, radios ou toutes autres personnes qui disposent de contenu et qui veulent être visibles sur internet. Ce sont avec ses membres que nous allons nous entretenir pour voir, comment collaborer encore plus en Côte d’Ivoire.

Combien de membres avez-vous et de combien de membres souhaiteriez-vous disposer ?

Pour le moment, nous avons quelque 2000 membres en Afrique et une vingtaine en Côte d’Ivoire.

Pour les années à venir, nous avons prévue en rajouter 900 à raison de 300, puis 600 membres supplémentaires.

Quels seront les enjeux de votre collaboration avec la Côte d’Ivoire ?

Les enjeux sont alignés sur notre mission qui est celle de contribuer à l’essor du digital sur le continent africain.

En termes d’innovation que va apporter AFRINIC à la Côte d’Ivoire ?

Déjà, nous avons la nouvelle version six des adresses IP, il est important que tous les développeurs ou toutes ces personnes, qui travaillent dans l’environnement digital soient informés et qu’ils puissent avoir un environnement pour tester et adopter ces nouvelles technologies.

En termes d’innovation, AFRINIC est un facilitateur d’environnement pour s’assurer que ceux qui sont dans les différents domaines comme l’intelligence artificielle par exemple, bénéficient de nos ressources et technologies.

Comment entrevoyez-vous vous positionner en Côte d’Ivoire ?

En Côte d’Ivoire comme partout en Afrique nous voulons nous positionner comme un partenaire de choix, un acteur actif, présent, à l’écoute de ses clients et qui arrive à s’adapter aux choix technologiques de la Côte d’Ivoire, pour l’essor du digital dans le pays.

Qu’attendez-vous du gouvernement et des acteurs du numérique que vous allez rencontrer ?

Ce que nous attendons du gouvernement et des acteurs du numérique, c’est de faire adhérer plusieurs partenaires à l’utilisation de cette nouvelle technologie et les connecter pour une meilleure sécurisation d’internet.

Nous voulons également, communiquer et collaborer avec eux pour voir ce qu’Afrinic peut leurs apporter en termes d’outils, afin de leur permettre de mieux jouer leur rôle et nous rendre capable de mieux servir la Côte d’Ivoire et l’Afrique.

Combien de pays africains vous desservez ?

Nous desservons l’Afrique et l’océan Indien. Nous sommes cinq au monde notamment, l’Amérique du nord, l’Europe, l’Asie pacifique, l’Amérique latine et nous sommes basés à Maurice depuis 2004.

Depuis 2004, l’Afrique dispose de son registre qui se charge non seulement de gérer les adresses IP, mais aussi de créer cette plateforme ou les lecteurs d’internet peuvent collaborer et co-créer ensemble.

Est-ce que vos membres sont satisfaisait de vos services ?

Nous avons un bon retour de nos membres, mais c’est là justement notre challenge. Bien que nous soyons les seuls à pouvoir desservir l’Afrique et l’Océan indien, nous mettons un point d’honneur à être à l’écoute et aux services de tous.

Pourquoi n’y a-t-il pas assez d’opérateurs d’adresse IP en Afrique et pas de concurrent comme aux Etats- unis ?

Tout ceci revient au niveau de la gouvernance d’internet. Aujourd’hui, sur ce front, je ne suis pas de ceux qui pensent qu’on a besoin de concurrence, mais nous avons plutôt besoin d’un registre efficace qui puisse donner plus de services à ses membres.

La compétition se passe au niveau du marché. AFRINIC n’est pas là pour faire des gains, mais pour contribuer à l’essor du digital.

Cette approche a été prise globalement pour que le registre ne soit pas un environnement pour la compétition, mais qu’il soit plutôt un environnement qui favorise et facilite l’essor de l’internet dans les différentes régions.

La compétition qui est nécessaire pour le développement de ce business, consiste essentiellement à s’assurer que la distribution des ressources se fait de façon équitable et fiable sur les différents continents.

Est-ce que vous envisagez revoir vos tarifs, même si vous êtes une structure à but non lucratif pour parfaire votre activité ?

Pour changer les tarifs, il y a beaucoup de consultations qui se font. Pour certains membres, les tarifs que nous changeons ne sont pas très exorbitants et ils n’ont pas de problème avec cela.

Nous considérons que notre mission n’est pas financière, mais plutôt de facilitateur, de contributeur du développement digital et si nous voyons ces choses se faire, nous sommes satisfaits.

Nous constatons un laisser aller dans le secteur au niveau du tarif, comment se fait la règlementation dans les pays ?

C’est un règlement plutôt naturel qui se passe étant donné que, les décisions ne se prennent pas de manière consensuelle avec les clients.  Nous faisons des consultations, nous leurs montrons quand nous changeons les prix et nous leurs donnons des explications pour qu’ils connaissent la raison.

Les réalités ont changé, le budget aussi, ce modèle concerne la gouvernance de l’internet. Aujourd’hui, pour parler du modèle économique du business sur le marché ivoirien, le gouvernement et les différents acteurs ont déjà beaucoup de mécanisme pour régler ces choses.

Pour nous, il est question de distribution des nombres. Pour les autres opérateurs, ils doivent installer des antennes, des fibres, les réparer quand les infrastructures sont défectueuses ou obsolètes donc les coûts ne peuvent pas être identiques.

Le prix final est une des composantes de l’internet parce que si le prix est élevé, les utilisateurs vont devoir réduire leurs usages de l’internet. Mais ce n’est pas un débat que nous pouvons imposer. Tous les différents pays peuvent en discuter pour le développement et la souveraineté de notre écosystème.

Comment voyez-vous le taux de pénétration de l’internet en Afrique, en Côte d’Ivoire comparativement aux autres entités du monde ?

Nous ne sommes pas au même niveau de pénétration, à ce niveau beaucoup reste à faire, et je sais que tous les acteurs du digital sont informés du challenge afin de travailler à réduire cette facture numérique.

(AIP)

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