Cet article a été publié le: 28/06/21 13:20 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/ KEPT, le répertoire des innovations africaines pour lutter contre la faim (Interview)

Abidjan, 28 juin 2021 (AIP)- La plateforme d’échange de connaissances KEPT (Knowledge Exchange Platform) a pour objectif de faciliter la documentation et la promotion des solutions, innovations et bonnes pratiques développées dans le cadre de la lutte contre la faim en Afrique. Elle est utile aux experts d’institutions nationales comme régionales, aux universitaires, centres de recherche, gouvernements et États, aux centres d’excellence, agences des Nations Unies, ONGs, au secteur privé. Elle s’adresse en somme, aux acteurs de la sécurité alimentaire et de la nutrition pour renforcer et promouvoir leurs actions sur le terrain.

Dans cette entrevue réalisée mercredi 23 juin à Abidjan, le chef de l’Unité des Opérations et Management au Centre d’Excellence Régional contre la Faim et la Malnutrition (CERFAM), Christiani Buani, nous présente la valeur ajoutée de cette plateforme, qui dans sa fonctionnalité, entend contribuer à atteindre l’Objectif de Développement Durable N°2 sur le continent, c’est à dire : éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable. Cela à travers le partage d’expériences, l’échange de bonnes pratiques et le développement de la coopération Sud-Sud.

Pouvez-vous d’entrée de jeu nous définir ce qu’est une bonne pratique ?

Avant d’en arriver à parler de bonne pratique, il faut commencer par parler d’abord d’initiative ou expérience que l’on met en œuvre dans un pays sur une période donnée, et qui donne des résultats.

Il peut s’agir d’interventions, de pratiques commerciales, de processus ou méthodologies présentant de manière avérée ou potentielle un impact sur l’insécurité alimentaire ou sur la malnutrition. Ensuite cette expérience/pratique est dite « bonne » dès lors qu’elle est testée, éprouvée avec succès et peut être reproduite dans un autre pays.

Le test d’une initiative est une composante clé de l’évaluation d’une expérience qui entend devenir une bonne pratique, pour s’assurer d’un résultat satisfaisant et fiable et pour démontrer sa véritable efficacité. Ensuite, une fois testée, cette initiative est alors validée, est dite « bonne pratique » et peut désormais être partagée afin qu’un plus grand nombre de personnes se l’approprient.

L’Afrique regorge de bonnes pratiques qui sont connues. Pouvez-vous nous en citer quelques-unes, et pourquoi dites-vous que leur promotion reste un défi, s’il est prouvé qu’elles contribuent à lutter contre la faim et la malnutrition sur le continent ?

Il est vrai qu’il existe dans pratiquement tous les pays du continent des pratiques et solutions locales pour réduire la faim et la malnutrition.

Je pourrais vous donner l’exemple des programmes de coupons alimentaires sensibles à la nutrition au Soudan du Sud, les expériences de succès en matière d’alimentation scolaire et de nutrition au Bénin et en Côte d’Ivoire, l’Initiative 3N du Niger (les Nigériens Nourrissent les Nigériens), qui montre comment les terres sèches et arides peuvent être transformées en terres cultivables en adoptant des techniques agricoles innovantes, l’initiative «Zéro Food Loss» (Zéro Perte Alimentaire) développée en Ouganda, ou encore l’amélioration de la chaîne de valeur du manioc pour renforcer la sécurité alimentaire et la nutrition en République du Congo et de nombreuses autres solutions en cours de reconnaissance. Parmi ces initiatives qui semblent marcher, certaines restent méconnues en dehors de leur pays d’expérimentation.

La difficulté ne réside pas en l’existence de ces initiatives mais en leur identification, documentation et leur promotion à travers l’Afrique. Cette absence de documentation de ces pratiques résulte du manque de mécanismes et d’outils adéquats pouvant servir au partage des connaissances.

L’autre défi reste la sensibilisation à grande échelle et continue des acteurs à l’importance de la documentation, car une pratique ou une expérience, même si expérimentée, avec un haut impact dans l’éradication de la faim et de la malnutrition dans un pays, est difficile dans son accès et sa durabilité s’il n’existe aucune documentation ni outil pouvant permettre sa reproductibilité, d’où le lancement de notre plateforme d’échange de connaissances, dénommé KEPT.

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Parlant de cette plateforme KEPT, pouvez-vous nous dire quelle est l’innovation qu’elle apporte ?

Comme nous le rappelons plus haut, le principal défi des bonnes pratiques sur le continent réside dans leur identification et documentation. La 1ère innovation est que notre plateforme vient répondre à ce défi, en facilitant l’identification et la documentation des bonnes pratiques potentielles d’une région donnée, avec une méthodologie très rigoureuse et au moyen de critères d’évaluation, notamment l’efficacité, l’efficience, la pertinence, la faisabilité, l’innovation et l’apprentissage, le partenariat et la pluri-sectorialité, la responsabilité (bonne gouvernance et transparence), la reproductibilité, la durabilité et enfin la mise à échelle. C’est vous dire que toutes les initiatives que nous identifions sont systématiquement analysées et évaluées obligatoirement sur notre plateforme.

La seconde innovation est que les soumissionnaires ont la possibilité de corriger et d’améliorer leur(s) initiative(s) tout au long du processus, avec l’aide d’experts mobilisés à cet effet ; ce qui va permettre aux autres utilisateurs, une fois l’initiative validée, de les reproduire et les mettre en œuvre efficacement dans leurs régions.

Parlant de 3ème innovation, hormis la satisfaction de disposer d’une pratique reconnue comme étant bonne et réussie dans toute la région, donc considérée comme étant une référence, car ayant passée les critères d’évaluation très rigoureux, la plateforme a ceci de permettre à des communautés, des experts, une organisation ou un pays d’apprendre de ses propres expériences et des autres, et surtout de transformer les connaissances en action. Notre plateforme peut être définie à ce titre comme étant une solution de lutte contre la faim, mise à la disposition d’un continent.

Et enfin, identifier et promouvoir les bonnes pratiques apparait comme un levier important dans la lutte contre la faim, à travers la coopération Sud-Sud entre pays partageant des défis et des opportunités communes.

De façon plus concrète, qu’apporte la plateforme numérique du CERFAM aux populations et quel est son impact à long terme dans la lutte contre la faim ?

Les avantages de l’utilisation de cette plateforme sont multiples. Laissez-moi vous rappeler qu’elle est une opportunité fantastique et un bel exemple de collaboration et d’échange entre les pays et entre les populations.

D’abord, elle contribue fortement à renforcer la visibilité des interventions sur le terrain. Ensuite, elle permet aux communautés de s’inspirer et de reproduire des bonnes pratiques, qui, déployées à grande échelle, auront assurément un impact réel sur les conditions de vies de ces communautés, en permettant d’accroître la production alimentaire, d’améliorer la gestion des pertes post-récoltes, d’augmenter les revenus, d’améliorer la nutrition des ménages et par conséquent de réduire la vulnérabilité nutritionnelle, sociale et économique des communautés et des gouvernements.

Nous, le CERFAM, à travers la plateforme KEPT, restons résolument engagés à appuyer les efforts des pays africains à identifier et partager les pratiques éprouvées, à promouvoir des solutions innovantes et à mobiliser une expertise de niveau mondial pour la mise en œuvre d’expériences et de connaissances avec un impact réel sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle sur le continent.

(AIP)

Interview réalisé par Marina Méa Diby, Communication Officer au Centre d’Excellence Régional contre la Faim et la Malnutrition (CERFAM) et Georges Konan, Journaliste à l’AIP