Cet article a été publié le: 10/06/21 11:11 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/ “La préservation de l’environnement doit être l’affaire de tous, car si nous ne prenons garde, notre planète Terre risque de disparaître” (Dr Gustave Aboua)

Abidjan, 10 juin 2021 (AIP)- Dans une interview qu’il a accordée à l’AIP, le directeur général du développement durable au ministère de l’Environnement et du Développement durable, Dr Gustave Aboua, instruit sur le concept des Objectifs pour le développement durable (ODD).

Qu’est-ce que le Développement Durable (DD) ?

Le développement durable, c’est avoir des modes de production et de consommation responsables qui respectent la capacité de charge des ressources naturelles de la planète Terre. Depuis nos indépendances, nous nous sommes rendus compte que le modèle de développement que nous avons adopté nous amène tout droit vers le mur. Le DD nous conseille d’utiliser juste ce qu’il nous faut pour se développer et laisser un héritage à nos enfants, à la génération future. C’est un mariage entre le développement économique (avoir de l’argent), le développement social (réduire la pauvreté, améliorer les conditions de vie des populations) et surtout, respecter, protéger et conserver l’environnement (ne pas détruire l’écosystème qui nous permet de vivre sur la terre). Tout ces concepts doivent avoir comme base commune, la bonne gouvernance, la participation inclusive de toutes les couches sociales, éviter la corruption, être dans la transparence… dans le respect des valeurs culturelles de l’autre.

Sur quoi est basé le développement durable ?

Il y a plusieurs piliers, mais cinq sont véritablement essentiels, à savoir, l’environnement, le social, l’économie (croissance économique), le culturel et le politique (la bonne gouvernance). Au niveau du pilier politique, un pays doit être fondé sur le respect des droits de l’homme et le pluralisme démocratique (la démocratie). Un régime stable n’est pas forcément un régime durable. La durabilité inclut le respect des droits de l’Homme, la lutte contre les inégalités sociales, la lutte contre la corruption et aussi le respect de l’environnement. On doit apprendre de nos erreurs et de nos succès pour garantir un développement durable. Soulignons aussi que le développement durable est un processus.

On parlait avant d’économie écologique, d’Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et maintenant on parle d’Objectifs pour le développement durable (ODD)… Pourquoi cette évolution de concepts et quelle est la plus-value ?

A la genèse, c’est-à-dire dans les années 1970, on voulait simplement marier l’économie avec la protection de l’environnement, la sauvegarde des ressources naturelles, ce qu’on appelait “l’écodéveloppement”. Mais, plus on avançait, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas que l’environnent, mais qu’il fallait créer les conditions pour la réduction des inégalités entre les riches et les pauvres.

Il y a juste eu une hausse des objectifs parce que les OMD sont au nombre de huit; à savoir, éliminer l’extrême pauvreté et la faim; assurer l’éducation primaire pour tous; promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes; réduire la mortalité des enfants; améliorer la santé maternelle; combattre le VIH/Sida, le paludisme et d’autres maladies ; assurer un environnement durable, et mettre en place un partenariat mondial pour le développement. Les ODD quant à eux, sont au nombre de 17; ce sont l’éradication de la pauvreté; la lutte contre la faim; l’accès à la santé; l’accès à une éducation de qualité; l’égalité entre les sexes; l’accès à l’eau salubre et à l’assainissement; la recours aux énergies renouvelables; l’accès à des emplois décents; bâtir une infrastructure résiliente; promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation; la réduction des inégalités, des villes et communautés durables; la consommation et production responsables; la lutte contre le changement climatique; la vie aquatique; la vie terrestre; la justice et paix; et enfin, des partenariats pour la réalisation des objectifs.

Les 17 objectifs ont été établis par les Etats membres des Nations Unies et sont rassemblés dans l’Agenda 2030. Cet Agenda a été adopté par l’ONU en septembre 2015 après deux ans de négociations incluant les gouvernements comme la société civile.

En Côte d’Ivoire par exemple, la stratégie du DD est basée sur la promotion de la classe moyenne qui doit être le moteur de la croissance économique, de sorte que tout le monde puisse profiter des fruits de cette croissance. C’est comme ça qu’est né le Programme social du gouvernement ou « PS-Gouv » qui est une réponse sociale. Si vous analysez bien ce programme, un accent fort est mis sur la réduction des inégalités tant en milieu rural qu’en milieu urbain, car tout le monde doit avoir accès à l’eau potable, à l’énergie, à l’éducation, à la santé, etc.

Qu’est ce que l’économie circulaire dont on parle tant ?

L’économie circulaire est appliquée depuis toujours, ce n’est pas un concept nouveau. Elle est basée sur ce qu’on appelle les trois « R », c’est-à-dire, la Réutilisation, la Réduction et la Revalorisation. En effet, ce qu’on peut considérer comme des « déchets » ne le sont pas en réalité, mais sont des matières premières que nous pouvons utiliser pour produire d’autres biens. Une maxime de Lavoisier résume bien l’économie circulaire : « rien ne se perd, tout se transforme ».

Pour exemple, un déchet produit par l’homme, tel que la défécation peut être transformé et utilisé en engrais biologiques, organique, appelé le compost. L’Allemagne est très avancé sur ce volet-là. Ainsi, le déchet à la fin de son cycle, est récupéré pour en faire un nouveau produit de consommation : c’est un perpétuel cycle.

Plus proche de nous, une école primaire construite avec des briques entièrement faites à partir des déchets de sachets plastiques a été inaugurée l’année dernière par la Ministre Kandia Camara dans un sous-quartier de la commune de Port-Bouët. C’est cela, le recyclage.

Comment pouvons nous appliquer le DD de manière simple dans nos activités de tous les jours ?

Dans chaque structure/service, il va falloir faire un suivi et installer, créer, des comités de développement durable. Les membres de ces comités doivent avoir les moyens pour montrer à leurs collègues, leur entourage, leurs proches, les bons gestes, c’est-à-dire « les écogestes ». Cela consiste à rationaliser l’énergie, éviter les robinets qui coulent, collecter les déchets qui peuvent être utilisés comme matières premières pour avoir de nouveaux produits, éteindre les climatiseurs lorsque nous sommes absents des bureaux… Aussi, il faudra donner les moyens pour le renforcement de capacités pour que tout le monde soit au même niveau d’information et de pratique de DD dans nos différents organismes/bureaux.

Les grandes industries sont plus mises à contribution pour éviter la pollution de la Terre.

Nous irons encore plus loin avec le citoyen lambda, car nous irons dans nos contrées pour cette sensibilisation envers aussi nos enfants, nos filles maisons… Nous avons déjà répertorié 15 langues nationales dans lesquelles les 17 ODD ont été traduits. Ce sont par exemple, le Sénoufo, l’Attié, l’Abbey, le Baoulé, le Gouro, le Malinké, le Lobi, le Bété…

On recherche toujours les moyens pour pouvoir atteindre les 64 langues nationales, pour mener une vaste campagne de sensibilisation dans nos langues sur tout le territoire national. Nous avons formé et sensibilisé auparavant la Chambre des Rois et chefs traditionnels. Ces messages de sensibilisation en langues nationales découlent de la proposition de cette Chambre.

A mi-parcours de la mise en œuvre des différents agendas des ODD en Côte d’Ivoire, quel est le bilan que vous pouvez faire ?

A mi-parcours de 2030, nous sommes sur la bonne voie, quand nous tablons sur l’exercice du Président Alassane Ouattara. Dans le mécanisme d’évaluation par les pairs lors du sommet à Addis Abeba (Ethiopie) en 2020, la Côte d’Ivoire et le Rwanda ont été cités en exemple. Aussi, faisons-en sorte de garder la paix, car nous sommes un pays phare engagé dans la mise en œuvre des ODD et la lutte contre les inégalités sociales. Il y a même des départements ministériels consacrés à la bonne gouvernance, à la solidarité et à la lutte contre la pauvreté, au DD, à la lutte contre la corruption… Ce sont des actes concrets de la volonté politique.

Que risque la planète Terre si les consignes des ODD ne sont pas respectées ?

Nous risquons la catastrophe, et la terre risque de disparaitre… Nous voyons déjà un infime exemple avec le réchauffement climatique et ses conséquences. Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a l’habitude de dire que « nous n’avons qu’une seule planète ». Les scientifiques mènent des expériences sur la planète « Mars » mais, reviennent toujours par qu’on ne peut y vivre. Faisons-en sorte de préserver notre planète qui est la seule où nous pouvons vivre à l’aise. Préservons-la pour que les générations futures puissent satisfaire leurs besoins avec des écosystèmes en bonne santé.

Le partenariat est aussi très important. Généralement, l’Afrique a les matières premières et les pays développés ont l’expertise. Nous devons dans ce cas établir des partenariats gagnant-gagnant. Les pauvres doivent être aussi des acteurs dans le développement mondial.

(AIP)

tls/cmas