Cet article a été publié le: 31/03/21 10:40 GMT

Côte d’Ivoire – AIP/ Les surnoms, une identité remarquable en pays kôyaka de Séguéla (feature)

Séguéla, 31 mars 2021 (AIP) – Les populations originaires de Séguéla (Centre-ouest, région du Worodougou) ont une particularité qui les distingue dans leur grande majorité, à savoir que chaque membre possède un surnom qui permet de l’identifier aisément au sein de la communauté. Cette pratique qui date de la période précoloniale est aujourd’hui perpétuée par la jeune génération.

Des surnoms de stars du football ou en lien avec le football…

Surnommé ‘’Pokou’’, l’imam principal de la grande mosquée, El hadj Bakayoko Aboubacar, dit tenir son pseudonyme de l’émérite attaquant ivoirien Laurent Pokou dont il avait, étant encore jeune, quelques qualités de fin dribbleur en tant que joueur du ‘’Yani sport’’ de Séguéla.

« En dehors des booms que sont les soirées dansantes, le football était la principale activité des jeunes durant les vacances scolaires. C’est ce qui explique que nombre de personnes aient opté pour des surnoms en lien avec le sport roi en Côte d’Ivoire », a déclaré le premier adjoint au maire de Séguéla, Sindou Dosso, l’une des rares personnes à ne pas avoir de surnom car n’ayant pas passé, ni son enfance, ni son adolescence dans la capitale de la région du Worodougou.

Toujours en lien avec le football, le sobriquet ‘’Capit’’ porté par une figure emblématique de la ville, en l’occurrence le vieux Bakayoko Mamadou. Décédé quelques mois plus tôt, il avait cependant confié au cours d’un entretien que cette apocope lui avait été attribuée par ses coéquipiers de l’Association sportive des travaux publics (ASTP) et du Yani sport dont il a été le capitane des années durant.

Aujourd’hui, ses enfants dont Bakayoko Ibrahim, ancien joueur de l’Olympique de Marseille (France) et de l’équipe nationale ivoirienne, ainsi que son aîné Bakayoko Ismaël, consultant sportif sur la première chaîne de la RTI, perpétuent ce surnom en le portant également.

« Tout le monde a un surnom. Tout le monde. Si tu viens à Séguéla et que tu demandes Diomandé Mamadou, on est beaucoup ici. Mais si tu dis ‘’Koffi’’, c’est moi. Directement, on va t’envoyer chez moi. C’est comme ça », a fait savoir un opérateur économique qui dit avoir choisi ce pseudonyme pour rendre hommage à Koffi Konan Bébéy, fougueux latéral droit qui évoluait en 1975 au Stella club d’Adjamé.

Outre le sport, les sobriquets des Worodougouka relèvent aussi des domaines de la musique, de la politique et du cinéma où les uns et les autres veulent s’identifier à des stars du petit écran.

…Aux surnoms de stars du cinéma, de la musique ou de leaders politiques

Les pseudonymes les plus prisés sont ceux d’Arnold Schwarzenegger qui a joué le rôle principal du film ‘’Terminator’’, de Jean Paul Belmondo, acteur français aux cascades sans doublure, de James Brown, musicien, chanteur américain aux performances scéniques époustouflantes, ou de Féla Kuti, musicien nigérian créateur de l’afrobeat.

« A ce niveau, c’est plus pour frimer, surtout qu’il fallait quelque chose d’autre quand on partait dans les booms ou les surprises-parties », s’est exprimé Diomandé Hamed dit ‘’Fela’’ qui précise que les surnoms en lien avec le monde du petit écran ont atteint leur pic entre les années 60 et 80.

‘’Castro’’, tel est le surnom voulu et porté par l’actuel maire Diomandé Lassina, en référence à Fidèle Castro, dirigeant communiste à l’origine de la Révolution cubaine. Il tient ce sobriquet de son grand frère gendarme qui, lui aussi, se faisait appeler ‘’Castro’’ parce que assez exigeant.

En passant par les surnoms créés de toutes pièces

Ce sont les plus nombreux et les plus anecdotiques car chaque surnom a une histoire et est une histoire.

Tel est le cas du deuxième adjoint au maire, Lama Soumahoro, dit ‘’Lame rasoir’’ parce que jouant bien au football, il avait des dribbles déroutants pour ses adversaires qu’il mettait dans le vent.

Ou ‘’Parisien’’ pour le chef du village de Séguéla, Diomandé Nama, qui a été en France pendant une quinzaine d’années avant de revenir au pays pour assurer la chefferie.

Ou encore ‘’Saint Doss’’ pour Diomandé Somadé, le chef de Gbôlô, village situé dans le périmètre communal, pour marquer sa serviabilité, sa gentillesse.

« Pour moi, c’est Gbrêya parce que quand on était petits et qu’on faisait la lutte, c’était difficile de me battre, même les plus grands avaient des problèmes pour me faire tomber. C’est comme ça qu’ils m’ont donné ce surnom », a expliqué Timité Soualio, un habitant de la ville.

Un autre comme Bakayoko Youssouf dit ‘’Méchant’’, couturier au grand marché, l’a été car assez strict avec les enfants avec lesquels il allait à la chasse aux margouillats, sauriens très prisés par la frange de la population que sont les mômes.

« Mon père Karamoko Zoumana, on l’appelait six heures, parce que quand il jouait au ballon, à partir de 18 heures, il commençait à jouer très mal », a confié Karamoko Romano, l’un des membres du staff du Siguilolo, l’équipe de Séguéla qui prend part à la deuxième division du championnat national de football.

Au-delà de l’effet de mode, l’adoption des sobriquets, au dire de Sindou Dosso, permet de différencier les individus qui portent les mêmes noms.

(AIP)

kkp/ask