Cet article a été publié le: 3/09/21 22:22 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/Lutte contre la traite des enfants : lucarne sur les acteurs d’un sacerdoce (Dossier)

Abidjan, 03 sept 2021 (AIP) –Le travail des enfants est la participation de personnes mineures à des activités à finalité économique. Cependant, toutes les tâches exécutées par les enfants ou les adolescents ne tombent pas forcément sous la dénomination de travail des enfants. Par contre, le concept « travail des enfants » regroupe l’ensemble des activités qui privent les enfants de leur enfance, de leur potentiel et de leur dignité, et nuisent à leur scolarité, leur santé et leur développement physique et mental. La traite d’enfants constitue tout acte de recrutement, de transport, de transfert, d’hébergement, ou d’accueil d’enfants à l’intérieur ou à l’extérieur d’un pays, aux fins d’exploitation quels que soient les moyens utilisés.

Les acteurs de la lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants notamment les structures gouvernementales, les Organisations du Système des Nations Unies, les ONG, les acteurs de l’industrie du cacao et du chocolat et les Organisations de la société civile, avec à leur tête le Comité national de surveillance (CNS), ne lésinent pas sur les moyens pour réduire de manière significative ce phénomène en Côte d’Ivoire avec une « tolérance zéro » pour les auteurs de ces actes, tel est le cas de ces dernières années.

Policiers en opération à Aboisso et à Soubré

Les 09 et 10 janvier 2020, une opération de la police dénommé « Bia III » a été menée dans la zone d’Aboisso dans la région du Sud-Comoé. L’opération a consisté à investir les plantations et les villages à la recherche d’enfants en situation d’exploitation et de travail et à procéder à des contrôles de véhicules. A l’issue de cette action, 137 enfants ont été retirés des griffes de leurs différents exploitants. L’âge de ces derniers varie entre six et 17 ans. Ils sont de nationalité nigériane, nigérienne, béninoise, ghanéenne et togolaise.

Treize personnes soupçonnées de trafic d’enfants, d’employeurs d’enfants mineurs ont été arrêtées et conduits à la préfecture de police de la ville. Dix d’entre eux ont été transférés au tribunal d’Aboisso pour y répondre de leurs actes tandis que les trois autres ont été conduits à Abidjan pour nécessité d’enquête.

Cette mission a été initiée et financée par le Comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants (CNS) présidé par la Première dame, Dominique Ouattara. L’opération était conduite conjointement par la sous-direction de la police criminelle en charge de la lutte contre la traite des enfants et la délinquance juvénile et l’Unité de lutte contre la criminalité transnationale organisée (UCT) avec l’assistance d’Interpol.

Du jeudi 06 mai au vendredi 07 mai 2021, une campagne de répression contre la traite des enfants dénommée “Opération Nawa 2” a été lancée à Soubré, en vue de soustraire les enfants de l’exploitation et de mettre aux arrêts les auteurs de ces délits. Elle visait à réduire la traite et l’exploitation des enfants par des actions vigoureuses sur le terrain, selon le commissaire principal Zaka Luc de la sous-direction de la lutte contre le trafic des enfants.

“Après la phase de sensibilisation, la lutte contre les pires formes de travail des enfants rentre dans sa phase répressive avec la tolérance zéro”, a-t-il relevé, en faisant savoir que 68 enfants ont été récupérés et 24 personnes mis en examen.

Cette initiative a été également mise en œuvre par le CNS, en partenariat avec la sous-direction de la lutte contre la traite des enfants et la délinquance juvénile de la direction de la police criminelle.

Des trafiquants d’enfants  jugés

Vingt-deux personnes interpellées par la police pour traite d’enfants dans le département de Soubré ont été condamnées, à des peines allant de cinq à vingt ans de prison par tribunal de Soubré. Cette sentence prononcée mardi 18 mai 2021 à l’encontre des mis en causes, fait suite à la vaste opération de police “Nawa2”.

 Une dizaine de personnes a été condamnées par la section du tribunal de Bouna à 10 ans de prison ferme pour trafic illicite de migrants et traite des enfants. Elles ont été également condamnées à payer individuellement la somme de cinq millions FCFA d’amende.

Ces condamnations font suite à une enquête diligentée par le parquet de Bouna après l’interception le 24 avril 2021 par les éléments des forces de sécurité d’un véhicule de transport en commun (en provenance de Doropo) avec à son bord des passagers dont l’âge varie entre 13 et 17 ans.

Est puni d’une peine d’emprisonnement de cinq à 10 ans et d’une amende de cinq millions à 10 millions FCFA quiconque commet la traite des personnes.  Lorsqu’il s’agit de mineurs, les amendes vont de 10 millions à 50 millions FCFA et la peine d’emprisonnement de 10 ans à 20 ans.

Une répression avec tolérance zéro

La lutte contre la traite des enfants a été renforcée avec la décentralisation de l’antenne de la sous-direction de la lutte contre le trafic d’enfant de la direction de la police criminelle à l’intérieur du pays (Bondoukou, Man, Bouaké, Korhogo, Soubré et San-Pedro).

Cette sous-direction a menée plusieurs opérations mais pour les années 2020 et 2021, ce sont les opérations dénommées Bia III et Nawa 2 qui ont été organisées dans le but de retirer les enfants et de sanctionner ceux qui les utilisent.

Le sous-directeur de la lutte contre le trafic d’enfants et de la délinquance juvénile à la direction de la police criminelle, Zaka Luc (en veste bleu)

Pour le sous-directeur de la lutte contre le trafic d’enfants et de la délinquance juvénile à la direction de la police criminelle, Zaka Luc, la répression est comme une forme de sensibilisation qui peut interpeller ceux qui avait l’intention de s’adonner à cette pratique.

« Quand la sensibilisation a atteint un certain seuil, on passe à la répression. Tout ce qu’on peut demander aux parents, c’est de mettre les enfants à l’école. La place de l’enfant c’est à l’école et non dans les champs. Tous ceux qui vont prendre les enfants d’autres faisant croire qu’ils vont les scolariser ou leur donner un bien-être et les utilisent dans les plantations, ils vont être sanctionner, pareil pour les parents qui s’entêtent à envoyer leurs dans plantations au lieu de les envoyer à l’école », a déclaré le commissaire Zaka, dans un entretien avec l’AIP.

Plus de 1.000 enfants victimes de traite secourus en 2020

Le sous-directeur de la lutte contre le trafic d’enfants et de la délinquance juvénile à la direction de la police criminelle, Zaka Luc, a fait savoir que plus de 1.000 enfants victimes de la traite ont été secourus au cours de l’année 2020 et près de 97 trafiquants ont été mis à la disposition du parquet.

« Nous continuons toujours de lutter contre le phénomène qui existe vraiment. Avec la décentralisation de l’antenne qui nous donne six antennes à l’intérieur du pays (Bondoukou, Man, Bouaké, Korhogo, Soubré et San-Pedro), nous luttons efficacement contre ce phénomène pour que nous puissions l’éradiquer ou le réduire d’ici quelques temps de façon maximale », a déclaré le commissaire Zaka.

Des mineures burkinabés victimes de traite remis officiellement à leurs autorités pour leur rapatriement

Ces enfants secourus sont pris en charge et des rapatriements sont organisés pour ceux qui sont de nationalité étrangère dans leurs pays d’origine. Ce fut le cas d’une vingtaine de mineures burkinabés victimes de traite et recueillis au centre de transit de l’ONG Côte d’Ivoire Prospérité (Abobo-Abidjan) qui ont regagné le Burkina-Faso vendredi 26 mars 2021.

« Je puis vous rassurer que sous le leadership de la Première Dame, la Côte d’Ivoire mène une lutte acharnée contre la traite et l’exploitation des enfants aussi bien au niveau national que transfrontalier. Ça sera la tolérance zéro dans la lutte contre la traite des enfants », a signifié l’ex-ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Bakayoko-ly Ramata, lors de la remise officielle de ces enfants aux autorités burkinabè. Elle a salué le professionnalisme de la police criminelle et a demandé à ces enfants d’être les ambassadeurs de la protection de l’enfant.

Le Plan d’action national 2019-2021 pour réaliser des progrès encore plus significatifs

Le Plan d’action national (PAN) de lutte contre le travail des enfants pour la période triennale 2019- 2021 entend contribuer à la vision d’une « Côte d’Ivoire débarrassée du travail des enfants à l’horizon 2025, où tous les enfants, sans discrimination, sont épanouis et vivent dans un environnement protecteur contre toutes les formes d’abus et d’exploitation, et où la famille, la communauté et l’Etat assument leur devoir de protection vis-à-vis de l’enfant et prennent toutes les mesures nécessaires à la mise en œuvre de son droit à la protection ». Il représente non seulement l’instrument fédérateur de toutes les initiatives sectorielles, mais également le cadre intégré de réalisation de l’engagement collectif et de la volonté commune des parties prenantes nationales de faire de l’élimination du travail des enfants, une réalité en Côte d’Ivoire.

Le résultat stratégique attendu du PAN 2019-2021 est la protection des enfants de 5 à 17 ans contre le travail des enfants, l’accès à un emploi productif, décent et durable pour les femmes et les hommes y compris les jeunes et les personnes handicapées.

De manière concrète les actions à mener dans le cadre du PAN 2019-2021 doivent permettre d’apporter des réponses adéquates à la situation de 455.350 enfants économiquement occupés et impliqués dans le travail à abolir, tout en empêchant que d’autres enfants se retrouvent dans les mêmes situations.

La mise en œuvre du PAN 2019-2021 a demandé la mobilisation de plus de 76 milliards FCFA.

Des résultats satisfaisants enregistrés de 2011 à ce jour

Les deux comités ont été créés (l’un présidé par la Première dame, Dominique Ouattara et l’autre regroupe 14 ministères) et travaillent depuis 2011 selon quatre axes à savoir la prévention (sensibilisation), la protection, la poursuite et la répression des trafiquants ainsi que la coordination et l’évaluation de l’ensemble des actions au niveau national et international avec des partenaires.

Plusieurs campagnes de sensibilisation en villes comme dans les campements ont été menées. Des ateliers de formation de différents acteurs de la lutte contre le travail et l’exploitation des enfants ont été organisés notamment celles à l’endroit des journalistes afin de mieux les outiller.

Dans la prévention, les animateurs de ces comités ont incité le gouvernement et ses partenaires à construire plusieurs salles de classes. « Nous avons augmenté considérablement le nombre. Nous avons construit à peu près 4.000 salles de classes depuis lors » a précisé la secrétaire exécutive du Comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants (CNS), Sylvie Patricia Yao.

Avec ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, une ligne verte a été créée dans le cadre de l’axe de la protection. Ce dispositif a permis de « soustraire plus de 8.000 enfants à ce jour » des griefs des personnes qui les maltraitaient.

Un système d’observation et de suivi du travail des enfants avec le ministère de l’Emploi a aussi permis de « d’identifier et retirer plus de 6.500 enfants des griefs d’exploitants ». Avec la Fondation Children of Africa, la Première dame a construit trois centres d’accueil à Soubré, Bouaké et Ferké.

« Un enfant qui ne va pas à l’école. Un travail qui met en péril son éducation, sa santé, sa croissance et sa vie, c’est ce travail qu’on appelle exploitation des enfants. A partir du moment où vous le faites, vous risquez une peine d’emprisonnement. Plusieurs personnes ont été interpellées dans l’application de la loi. Il y a six antennes régionales que nous avons créé pour renforcer cette poursuite. Depuis 2011 nous sommes engagés », a expliqué Mme Yao dans le contexte de la poursuite et la répression des trafiquants.

La secrétaire exécutive du CNS a encouragé à mener « des actions vigoureuses sur le terrain » pour que toutes les populations, où qu’elles vivent, soient sensibilisées, signalant que la phase de la répression est « très accélérée ».

(AIP)

ena/tm