Cet article a été publié le: 15/03/21 18:24 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/ Pêche artisanale et mareyeuse de poisson: un secteur d’activité encore vierge, selon Bakayoko Mamadou de la FENASCOOP-CI (Interview)

Abidjan (AIP) – La pêche artisanale, qui était exercée notamment par des ressortissants de la sous-région ouest-africaine, n’a plus de secret pour Bakayoko Mamadou, un jeune Ivoirien, qui se bat pour la promotion de ce secteur d’activité. Président de la Fédération nationale des sociétés coopératives et acteurs de la filière pêche en Côte d’Ivoire (FENASCOOP-CI), il présente, dans cette interview, les opportunités offertes par ce secteur d’activité notamment pour les jeunes.

Très jeune et vous êtes l’un des rares Ivoiriens à prospérer dans le secteur de la pêche artisanale. Comment a démarré votre histoire ?

Bakayoko Mamadou: Cela fait 15 ans que je suis dans ce secteur. Tout est parti d’une curiosité. J’étais allé à Mondoukou à proximité de Grand-Bassam pour un week-end et j’ai vu une embarcation de pêche traditionnelle en mer. Et par curiosité, j’ai demandé des informations sur le secteur aux enfants qui étaient aux alentours. Ils m’ont dit que l’embarcation que je voyais pratiquait la pêche traditionnelle. Et tous ceux qui pratiquaient cette pêche étaient majoritairement des Ghanéens. C’est ainsi que je suis allé payer une embarcation au Ghana, à Tema. J’ai payé également des filets. La seule embarcation de pêche traditionnelle m’a coûté autour de 10 millions de Francs CFA. Vous voyez ! Lorsque j’ai commencé à travailler, j’ai vu la rentabilité du projet. Du coup, d’une embarcation, je suis passé à cinq embarcations. C’est comme cela que j’ai eu une passion pour le métier. Je me suis dit qu’avec une bonne organisation, on peut faire beaucoup de choses.

Aujourd’hui, vous êtes le président de la FENASCOOP-CI, comment évolue  les choses actuellement dans le secteur ?

BM: Les choses vont très bien. Nous avons eu un résultat extrêmement positif en 2020. Nous avons réussi à installer près de 12 coopératives de pêche. Nous avons reçu tous les documents appropriés. De même, nous sommes en parfaite harmonie avec l’Administration. En plus de la Fédération qui comprend les pêcheurs, il y a les mareyeuses à qui le poisson est livré après la pêche.

Concrètement, est-ce qu’il y a de la place pour les jeunes qui veulent s’adonner à ce métier ?

BM: Le secteur est encore vierge. Pour ma part, je pense que les jeunes n’ont pas encore compris dans leur ensemble, l’importance de la pêche artisanale. On a cru dès le départ que c’était une affaire de Ghanéens, Béninois et Togolais. Et pourtant, la pêche est ouverte à tous les Ivoiriens que tu sois lagunaire ou pas. Même, nous remarquons que cette pêche est abandonnée par les lagunaires qui, selon l’histoire, avaient pour activité principale ce métier. Nous sommes en train de nous battre pour que les jeunes de la côtière puissent s’adonner à ce métier qui nourrit véritablement son homme et même une région. Nous avons l’expertise et les preuves.

Pourquoi selon vous, les jeunes ne s’intéressent pas aux métiers de la pêche ?

BM: C’est le manque d’information qui favorise cela. Il faut que les structures soient dirigées par des Ivoiriens. Au début, toutes les sociétés coopératives étaient dans la main de nos frères étrangers. Et lorsque nous avons fait notre entrée dans le secteur, il nous appartient de montrer aux Ivoiriens l’importance de cette pêche et ses avantages.

En tant que devancier, que faites-vous pour attirer les jeunes dans le secteur ?

BM: Je vous informe qu’il y a un partenariat entre le Lycée professionnel des métiers de la pêche de Grand-Lahou et mon entreprise. Après la formation théorique des élèves, nous les formons sur la pratique de la pêche dans les eaux continentales et lagunaires et nous insérons certains d’entre eux. Chaque année, nous avons entre 30 et 40 jeunes que nous formons. Imaginez-vous depuis une quinzaine d’années, les personnes que nous avions formées. Et ces jeunes formés sont là. Il nous faut des moyens pour acquérir des embarcations pour leur autonomisation. C’est pourquoi, l’Etat doit nous appuyer pour qu’on puisse avoir plus d’embarcations pour aller en mer en vue de pêcher beaucoup de poissons pour nourrir les populations.

Pensez-vous que les jeunes Ivoiriens sont bien motivés pour assurer la relève dans ce secteur d’activité ?

BM: Oui, il y a beaucoup d’engouement au niveau des jeunes. Il y a tellement de motivation à leur niveau, qu’on ne peut même pas les satisfaire tous. Et cela crée des mécontentements en leur sein. A Guessabo, nous sommes en partenariat avec les pêcheurs Bozo qui y exercent. Ils sont prêts à accueillir les jeunes que nous formons. Il y a autant d’engouement pour les jeunes pour la pêche continentale que lagunaire. Toutes les écoles qui forment à la pêche peuvent nous saisir. Tous ceux que nous avons formés ont eu l’envie d’aller pêcher en mer. Mais avec combien d’embarcations ? Nous sommes limités. C’est pourquoi, nous appelons l’aide de l’Etat pour avoir plus d’embarcations. J’encourage le gouvernement à organiser des séminaires avec nous les acteurs pour expliquer l’importance de ce métier à la jeunesse ivoirienne. Moi, je suis un exemple palpable pour les jeunes. Je ne suis pas lagunaire. Je suis originaire du Nord de la Côte d’Ivoire.  Je suis parti de rien. J’ai une quinzaine d’embarcations à ce jour à ma possession.  Tous ceux qui veulent oser peuvent bien réussir dans la pêche.

Concrètement, qu’est-ce que vous attendez de l’Etat de Côte d’Ivoire ?

BM: D’abord, nous remercions le gouvernement à travers le ministère des Ressources animales et halieutiques. Car dans toute chose, il faut doter les structures d’une loi sur la pêche. Bientôt, nous serons convoqués à un atelier pour valider les nouvelles lois sur la pêche. En plus, le ministre Moussa Dosso annonce la création d’une Agence de pêche, de l’aquaculture et de l’élevage. C’est un projet très important car en dehors des lois, il faut être autonome.  Et avec cela, nous pensons que la pêche prendra véritablement toute sa place dans l’économie ivoirienne. Nous attendons des fonds de l’Etat. Nous avons exigé que seuls les Ivoiriens doivent diriger les sociétés coopératives. Et Dieu merci, nous avons réussi ce challenge. Depuis 15 ans, l’honneur a été fait à ma modeste personne de mettre en œuvre ce projet. Je suis allé d’étape en étape pour organiser le secteur. L’Etat nous a fait un don de 400 millions FCFA de matériels. Ce qui nous a d’ailleurs bien soulagé mais reste encore très insuffisant. Il nous faut des fonds de roulement pour acquérir de nouvelles embarcations, des chambres froides, des véhicules frigorifiques pour que le poisson soit distribué sur toute l’étendue du territoire national, car on ne doit plus se concentrer sur Abidjan. Il faut décentraliser ce projet.

Au sein de votre Fédération se trouvent les femmes mareyeuses. Etes-vous satisfait de leur rendement ?

BM: Je suis très satisfaite des femmes. Nous avons eu des femmes en stage qui pour la première fois sont allées en mer. Elles ont pêché comme si elles avaient déjà pratiqué le métier. Certaines ont piloté les navettes pour la première fois. C’est pourquoi, j’exhorte toutes les femmes à aimer ce métier. Concernant les mareyeuses, je suis très satisfait de leur rendement. Je leur demande de continuer à se mettre en coopérative pour mieux exercer leur métier. Partout, nous avons des coopératives. Nous sommes en train de mettre tout le district d’Abidjan en coopérative. A Marcory, nous avons deux coopératives, à Abobo, une coopérative, à Yopougon, nous en avons trois, à Koumassi, une, à Port-Bouët, nous en avons deux. Il nous reste Treichville et Adjamé. Lorsque toutes ces femmes sont en coopérative, il sera facile pour nous d’écouler le poisson facilement.

Comment votre poisson pêché arrive-t-il dans les marchés et 
quelles sont les localités ou votre Fédération est représentée?

BM: Lorsque notre poisson arrive au quai du débarcadère, nous le reversons aux sociétés coopératives constituées des mareyeuses. Il revient de plein droit à ces coopératives de distribuer le poisson à travers leur réseau sur les marchés. C’est pourquoi, nous souhaitons que toutes ces femmes se mettent en société coopérative. En dehors d’Abidjan, nous sommes sur toute la côtière à savoir Dabou, Jacqueville, Sassandra, San-Pedro, Grand-Bereby, Tabou … et même Daloa.