Cet article a été publié le: 18/11/20 11:51 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/ Plus de 650.000 producteurs de café-cacao ont bénéficié de conseils agricoles de l’ANADER (interview)

Abidjan, 18 nov 2020 (AIP)- L’économie ivoirienne repose sur l’agriculture et en particulier sur le binôme café-cacao. Et pour maintenir sa production agricole qui hisse la Côte d’Ivoire, parmi les premiers pays  producteurs du café-cacao dans le  monde entier, les producteurs bénéficient de conseils de l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER). Le coordonnateur café-cacao, de l’ANADER, Vincent Ehougban, dans une interview à l’AIP, vendredi 13 novembre 2020, dresse le bilan de ces activités dans le cadre de l’accompagnement des producteurs agricoles, présente les autres défis de la filière café-cacao et les initiatives que l’ANADER compte prendre pour les relever.

L’ANADER), leader du conseil agricole en Côte d’Ivoire apporte depuis plusieurs années un appui au développement de la filière café-cacao. Comment jugez-vous cet accompagnement ?

L’action de l’ANADER dans la filière café-cacao s’inscrit dans le cadre du programme Quantité-Qualité-Croissance (2QC) qui a pour objectif de rendre le binôme café-cacao plus dynamique et plus rémunérateur pour le pays et les producteurs. Plus précisément, l’Agence a en charge le volet transfert de technologies aux exploitants agricoles. Nous pouvons juger cet accompagnement très satisfaisant car sur environ 800.000 producteurs de cacao et de café que compte la Côte d’Ivoire, plus de 650.000 soit 81% ont pu bénéficier du conseil agricole de l’ANADER. En effet, à travers le dispositif de sa coordination café-cacao composé de 450 conseillers agricoles de la filière Café-Cacao (CACC), 50 techniciens spécialisés en cultures pérennes (TSCP), six coordonnateurs régionaux de la filière Café-Cacao (CRCC) ainsi que trois coordinateurs nationaux de la filière café-cacao soit 509 spécialistes étendus sur toute la zone de production cacaoyère et caféière sont à la disposition des producteurs. Regroupés dans six directions régionales et 48 zones, ces techniciens de l’Agence permettent aux producteurs de bénéficier d’un appui-conseil efficace.

Quels sont les facteurs qui permettent d’évaluer cette contribution de l’ANADER ?

Plusieurs facteurs permettent d’évaluer la contribution de l’ANADER. Tout d’abord,  au niveau du cacao, nous pouvons assister à un accroissement du rendement qui est passé de 400kg/ha à 680 kg/ha, ce qui a pour conséquence la hausse de la production nationale évaluée aujourd’hui à plus de deux millions  tonnes. Par ailleurs, la qualité du cacao marchand s’est améliorée, car le produit origine Côte d’Ivoire ne subit plus de décote sur le marché, ce qui permet au pays d’engranger des recettes additionnelles. A cela, il faut ajouter la mise en place de plus de 122.000 hectares de plantation à partir des semences améliorées. Enfin, comme je le disais un peu plus haut, 81% des producteurs ont à ce jour bénéficié de l’appui-conseil de l’ANADER. Au niveau du café, environ 20.000 hectares de plantations ont été mis en place à partir de matériel végétal amélioré sur les vieux vergers et sur les jachères ainsi que 15.000 hectares recépés. Il faut toutefois noter que ces résultats sont mitigés, car l’on note une démotivation des producteurs due au faible prix d’achat du produit et à la rareté de la main-d’œuvre due à la pénibilité du travail.

L’Etat de Côte d’Ivoire a fait de la relance de la filière café une de ses priorités; quelles sont les actions de l’ANADER pour soutenir le Gouvernement ivoirien dans l’atteinte de cet objectif ?

L’ANADER s’est engagée auprès de l’Etat de Côte d’Ivoire pour la relance de la filière café. Pour ce faire, l’Agence a mené et continue de mener plusieurs actions sur toute la zone de production caféière. Ces initiatives se caractérisent par la formation des producteurs aux bonnes pratiques agricoles (BPA), à l’appui conseil pour le recépage des caféiers et l’appui conseil pour la mise en place de nouvelles plantations à partir des vieux vergers et des jachères.

Les producteurs ivoiriens sont confrontés depuis plus d’une dizaine d’années à la maladie du swollen shoot qui constitue une véritable menace pour la filière cacao. Quelles sont les différentes actions menées par l’Agence pour freiner cette maladie virale du cacaoyer ?

Avant de répondre à votre question, permettez que je vous fasse l’historique de cette maladie dans notre pays. En effet, le swollen shoot est une maladie virale du cacaoyer qui sévit de manière endémique dans les plantations de l’Afrique de l’Ouest. Il a été observé pour la première fois en Côte d’Ivoire en 1943, à l’Est du pays. A cette époque, les dégâts sont restés limités, suite à l’arrachage précoce des foyers. Cependant à partir de 2003 sur indication de l’ANADER, le Centre national de recherche agronomique (CNRA) a confirmé l’apparition de formes virulentes de la maladie au cœur des grandes zones de production, notamment dans les régions de Bouaflé et Sinfra. Depuis cette période, l’Agence s’est engagée à travers plusieurs actions à freiner l’évolution de la maladie.

Pour revenir à votre question, il est important de savoir que le seul moyen pour lutter efficacement contre le swollen shoot, c’est l’arrachage des parcelles infectées. Ainsi, l’ANADER  apporte son soutien aux producteurs en menant des campagnes de sensibilisation et d’information sur l’importance de la maladie, les symptômes et les moyens de lutte. Par ailleurs, nous procédons à l’identification des parcelles infectées puis à une cartographie de celles-ci, suivie ensuite de l’arrachage. Afin de permettre aux producteurs de faire face à ce manque à gagner, nos techniciens sur place assurent le suivi de ces parcelles et apportent un appui conseils aux producteurs pour la mise en valeur desdites parcelles, essentiellement basées sur les productions vivrières.

En dehors de la maladie du swollen shoot, quels sont les autres défis de la filière café-cacao et quelles sont les initiatives que l’ANADER compte prendre pour les relever ?

En dehors du swollen shoot, nous avons deux principaux défis à relever. Il s’agit tout d’abord de la dégradation de l’environnement agro-écologique de production. Face à cette difficulté, nous avons mis en œuvre différents projets d’agroforesterie à savoir, l’introduction des arbres dans les vergers et la mise en place de forêts communautaires. Ensuite, nous avons comme autre défi, la non-maîtrise des outils de gestion d’exploitation par les producteurs. A cet effet, l’ANADER apporte son soutien aux paysans par la mise en œuvre du Farmer Business School ou l’Ecole d’Entreprenariat Agricole (EEA) qui vise à développer les compétences entrepreneuriales des exploitants agricoles, à améliorer leur productivité et à faciliter leur accès aux opportunités des marchés. Par ailleurs, nous les assistons pour la planification de leurs activités, l’enregistrement de leurs dépenses et recettes, le calcul de leur marge brute et le coût de production ainsi que la planification de leurs dépenses sur toute l’année.

Quelles sont les actions menées par l’ANADER pour intéresser les jeunes à la cacaoculture et assurer le transfert générationnel dans cette filière majeure  pour l’économie ivoirienne ?

L’ANADER multiplie les initiatives afin d’intéresser les jeunes à la cacaoculture et ainsi assurer le transfert générationnel dans cette filière. La mise en œuvre du projet ”jeunes agriculteurs modernes” qui consiste à apporter un appui conseil aux jeunes pour la création de plantations de cacao et de café depuis la pépinière jusqu’à la plantation a permis depuis 2013 de suivre 1.000 jeunes sur toute la zone de production cacaoyère et caféière.

(AIP)

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