Cet article a été publié le: 13/08/21 12:11 GMT

Côte d’Ivoire-AIP/ Retour des migrants : Un centre de transit dévoué à la prise en charge (Dossier)

Abidjan, 13 août 2021 (AIP)Rebâti sur une superficie de 1 200m2 par l’Organisation internationale de la migration (OIM) avec l’aide de l’Union Européenne et inauguré en août 2020, le centre de transit de l’ONG Côte d’Ivoire prospérité (CIP), sis à Abobo N’Dotré, œuvre dans la prise en charge holistique des migrants jusqu’à leur insertion familiale ou professionnelle.

Le centre prend en compte l’accueil, l’identification, la prise en charge médicale, juridique, économique, nutritionnelle, psychologique, l’hébergement et pour certains, le rapatriement quand les ressources le permettent.

Il reçoit en général des migrants Africains et majoritairement des Ivoiriens, qui viennent du Burkina-Faso, Niger, Mauritanie, Tunisie, Maroc, Algérie, Lybie, Espagne et d’Italie. Ce sont des hommes, des femmes (parfois enceintes ou allaitantes), des couples, des enfants accompagnés ou non, des handicapés (malvoyants, psychiques, moteurs). Leur âge varie entre 18 et 40 ans. Les enfants sont peu nombreux.

« Avant l’arrivée des migrants, nous sommes informés par l’OIM par l’envoi d’un mail dans lequel est notifié la date d’arrivée, le nombre de personnes. On va les accueillir à l’aéroport ou l’OIM les convoie ici au centre pour commencer les formalités administratives. Nous faisons la prise en charge holistique », explique la directrice exécutive de l’ONG CIP, Guidy Chantale.

La prise en charge au centre de transit

Le centre comprend en son sein une salle de conférence, des bureaux, un secrétariat, une cuisine, un entrepôt, une salle de logistique, un espace polyvalent, des chambres, des salles de formation pour l’alphabétisation, une infirmerie, des salles d’écoute.

Avec une équipe de 15 agents composés de volontaires et de salariés, le travail se fait par rotation. La journée démarre avec la prière à 7h 30 étant donné que la structure est confessionnelle et dirigée par le pasteur Klossaïl Patrick, Président du conseil d’administration (PCA) de l’ONG CIP. Après le petit déjeuner, suivent les séances de formation, des exercices sportifs, des enseignements sur l’hygiène, le VIH-SIDA, le Covid-19.

Une salle d’écoute de l’ONG CIP

La prise en charge commence par l’écoute individuelle pour connaître les raisons qui les ont poussés à l’immigration irrégulière. En général, ce sont les conditions économiques ou encore parce que l’Europe est l’eldorado où il faut aller à tout prix. Comme une rengaine, ils répondent tous « je suis allé me chercher », dit l’éducateur Gnenie Dogou Samson.

« La première fois, pour l’écoute, c’est un peu compliqué pour qu’ils se libèrent », relève M. Gnemie. Les migrants arrivent à l’OIM par recommandation d’un ami ou d’un parent.

Il y a certains qui sont violents surtout les migrants qui viennent de la Libye, du Niger et de l’Algérie, une violence justifiée par la prison et les exploitations qu’ils ont subies. « Quand on est informé qu’on doit recevoir des migrants de ces pays, on renforce la sécurité avec des policiers », précise Mme Guidy.

De par son caractère de centre de transit, le séjour des migrants est de courte durée en temps normal et ils y passent, tout au plus, cinq jours. Mais il y a aussi des cas spéciaux qui font deux, trois, quatre voire cinq mois au centre, pour ceux qui ont perdu les traces des parents.

« Nous en avons une qui a fait cinq mois avec nous et nous avons rencontré l’OIM Sénégal qui est venue aussi la rencontrer parce que la situation est vraiment difficile pour qu’elle puisse rentrer chez elle. On a retrouvé ses parents mais il faut arranger la situation pour qu’elle puisse repartir », explique la directrice exécutive, Guidy Chantale.

La recherche et la prise de contact avec les familles des migrants

« Nous avons un service social, des assistantes sociales, qui rentrent en contact avec les services sociaux d’Abidjan comme ceux de l’intérieur du pays dans la recherche des informations sur la base de ce qu’ils (les migrants) nous donnent comme informations. Pour certains, c’est le centre qui fait cette recherche et pour d’autres c’est l’OIM qui le fait avant leur arrivée au centre », expose le PCA, Klossaïl.

M. Klossaïl avec ses collaborateurs

L’assistant social du centre organise des rencontres, autant de fois que possible, avec les parents des migrants pour que l’environnement soit propice au retour de ces derniers. Certains mettent du temps pour retrouver leurs parents, faute de contact et d’indication du lieu d’habitation des proches.

« Il y a des parents qui viennent les chercher ici. Le temps pour qu’ils regagnent leurs familles devient assez long par moment du fait des informations qui ne sont pas précises. Du recueil d’informations au recoupage avec les services sociaux, les commissariats et partout où on peut retrouver leurs parents. Pour les cas d’un enfant avec handicap qu’on nous réfère par exemple, ce n’est pas facile de retrouver ses parents », fait savoir Mme Guidy.

Elle soutient que des parents, des responsables, des autorités les « approchent fréquemment » dans la recherche de leurs enfants ou ils les appellent « en pleurant au téléphone pour se renseigner surtout s’ils apprennent qu’un bateau de migrants a fait naufrage ». Elle se souvient d’un couple qui est venu leur demander s’ils avaient reçu leur fils de 15 ou 16 ans. « C’est émouvant, c’est très pathétique », ajoute-t-elle.

Guidy Chantal souligne que c’est encore plus émouvant lorsque les migrants font l’effort de revenir après avoir été exploités et que le cadre familial n’est pas assez accueillant. « Il faut vraiment beaucoup d’appui psychologique pour qu’il (le migrant) puisse s’en sortir et c’est là le défi du travail que nous faisons », indique-t-elle.

Certains, quel que soit le cadre d’accueil, émigrent à nouveau. Sur la base des recoupages d’informations, le centre a découvert qu’il avait reçu des personnes qui sont repartis et qui sont revenus à nouveau. « Parfois, on constate qu’on l’a reçu il y a deux ou trois mois en arrière. Cela suscite des débats, des pleurs », lance pasteur Klossaïl.

La rencontre migrants-parents

C’est la déception pour la plupart des parents parce qu’ils ont payé les frais pour faire partir leur enfant. Les agents du centre doivent arriver à les convaincre d’accepter les migrants. Cela est le travail du psychologue et de l’assistant social qui multiplient les rencontres afin de parvenir à « changer la mentalité » des parents et préparer la réinsertion du migrant, ce qui n’est pas toujours aisée.

« Il revient zéro. C’est un investissement à perte donc déjà il n’est pas le bienvenu et les parents sont un peu réticents avec des propos qui ne sont pas de nature à le soulager. C’est pourquoi, il est important d’accompagner les migrants dans les Activités génératrices de revenus (AGR) », indique Koussaïl Patrick.

Un suivi est fait après, surtout pour les AGR, pour ne pas qu’ils échouent à nouveau. Le centre développe d’autres projets avec ses partenaires en vue de renforcer leurs capitaux.

Par contre, il y a des parents qui sont vraiment très heureux de retrouver leur enfant « qui n’est pas mort dans la mer », ce qui s’exprime par des accolades et des remerciements à n’en point finir à l’endroit du personnel du centre.

Des souvenirs d’histoires de migrants

« On a reçu une dame qui avait perdu son mari et qui est allée au Maroc. Une fois là-bas, elle a travaillé pratiquement pendant un an sans salaire avant de pouvoir s’échapper. Elle a rencontré quelqu’un dont elle est tombée enceinte. Ce dernier lui a volé son argent et s’est enfui quand elle avait sept mois de grossesse. Elle a accouché par césarienne et l’enfant est mort. Elle nous a racontés son histoire dans les pleurs et cela m’a beaucoup marqué », relate Gnenie Dogou Samson.

Le pasteur Klossaïl Patrick, PCA de l’Ong CIP

« Il y a le cas d’une jeune fille qui est partie aussi au Maroc et elle a été victime de tromperie. Elle s’est retrouvée dans une maison qui était excessivement chère et était obligée de faire la peinture en hauteur ce qui était difficile pour elle. Avec les brimades, les insultes, l’exploitation, elle a eu le désir de rentrer en Côte d’Ivoire. Elle a donc décidé de rentrer en passant par la Mauritanie. Elle se faisait aider par des gens dans le désert et était souvent victime de certains abus pour lui permettre d’avancer. Elle n’était pas loin de la Mauritanie quand elle a été ramenée à nouveau au Maroc et c’est de là-bas qu’on l’a mise en contact avec l’OIM. Elle a retrouvé sa famille ici et elle est plus épanouie maintenant », raconte le pasteur Klossaïl.

Soutenue par des partenaires mais des besoins demeurent

L’ONG Côte d’Ivoire prospérité bénéficie de l’appui de l’Organisation des Nation Unies de lutte contre les drogues et le crime (ONUDC), de l’OIM dans la prise en charge, du Comité national de la lutte contre la traite des personnes qui apportent des vivres et non-vivres. « Il y a également Expertise France qui nous a une fois appuyé. Nous sommes en train de négocier d’autres appuis et accompagnements », signale le premier responsable de la structure.

Un dortoir du centre

Les difficultés, l’ONG en éprouve dans la prise en charge du personnel, en termes de logistique (besoin d’un véhicule), d’amélioration de la cuisine et de maintien de la sécurité. Le centre veut augmenter sa capacité d’accueil de 100 pensionnaires à 200.

« Supporter les charges d’une seule victime est vraiment énorme. On souhaite que le bâtiment soit agrandi en hauteur de sorte à loger les enfants en bas, les femmes au milieu et les hommes en haut et aussi agrandir l’espace de jeux. Toute personne sensible qui veut nous aider dans notre mission est la bienvenue », lance-t-il.

L’ONG CIP a reçu mardi 11 août 2021, un groupe de 35 migrants. De janvier 2021 à fin juin 2021, le centre en a reçu plus de 800. Cette organisation, qui se veut un outil de développement au service des populations vulnérables, accueille également les victimes de traite et les personnes démunies.

Le pasteur Klossaïl explique des moments forts du centre immortalisés par des images

Au regard du travail humanitaire accompli, l’organisation a reçu des diplômes de félicitations de Save the children. Il a été fait ambassadeur des actions sociales en 2014 et son directeur a été fait chevalier dans l’ordre du mérite ivoirien.

(AIP)

ena/fmo