Zuénoula, 17 sept 2026 (AIP) – Historien, enseignant-chercheur, député et ancien recteur de l’université d’Abidjan, le professeur Semi Bi Zan continue d’être évoqué à Zuénoula et dans le pays gouro, plusieurs années après son passage dans la vie universitaire et politique ivoirienne.
Son parcours est raconté par des personnes qui l’ont côtoyé ou qui ont grandi avec son nom comme référence. Parmi elles, Le Bi Zou Mathurin, juriste privatiste international, cadre et fils du Wadjê, conserve notamment le souvenir d’une rencontre avec l’universitaire alors qu’il était encore enfant.
« J’ai vu, étant enfant, le député Semi Bi Zan distribuer des dons dans mon propre village », témoigne-t-il.
Ce souvenir remonte à 1983, année au cours de laquelle plusieurs régions de Côte d’Ivoire avaient été touchées par d’importants feux de brousse. Le gouvernement avait alors sollicité l’aide de la Communauté économique européenne (CEE), devenue depuis l’Union européenne (UE), pour soutenir les populations sinistrées.
Des vivres, des ustensiles de cuisine, des équipements agricoles, des outils et des intrants avaient été acheminés vers les zones concernées. Les députés avaient été associés aux opérations de distribution.
Dans la tribu Wadjê, ces distributions s’étaient déroulées sous la supervision du chef de tribu, selon Le Bi Zou Mathurin. C’est dans ce contexte que l’enfant découvre l’action de Semi Bi Zan, alors député.
Le souvenir de cette opération s’est ensuite transmis dans certains villages. Des ustensiles distribués à cette occasion auraient été désignés par le nom du député. Les soupières étaient ainsi appelées « Semi Zan clan nin », les cuillères « Semi Zan ganh nin » et les seaux « Semi Zan souhô ».
Pour Le Bi Zou Mathurin, ces expressions témoignent de la place occupée par l’élu dans la mémoire des populations bénéficiaires.
Né à Zanzra, dans la tribu Gnannangon, canton Zuénou, dans le département de Zuénoula, Semi Bi Zan est présenté comme le fils de Zrô Bi Semi, engagé dans le Parti progressiste, formation politique opposée au PDCI-RDA durant la période coloniale.
Dans les années 1970, Semi Bi Zan rejoint le monde universitaire comme enseignant-chercheur au département d’histoire de l’ex-FLASH de l’université de Cocody.
Ses enseignements marquent alors plusieurs générations d’étudiants, selon le témoignage de Le Bi Zou Mathurin, qui cite notamment Martial Ahipeaud, l’un de ses anciens étudiants. Celui-ci évoquait le surnom de « Shogun » attribué au professeur par des étudiants du département d’histoire.
Ses cours auraient également attiré des étudiants issus d’autres facultés de l’université, selon le témoin.
Cette réputation universitaire accompagne Semi Bi Zan lorsqu’il entre dans la vie politique nationale. Élu député pour la législature 1980-1985, il siège à l’Assemblée nationale.
En 1983, lors des débats parlementaires sur le transfert de la capitale politique d’Abidjan à Yamoussoukro, il vote contre le projet, selon Le Bi Zou Mathurin, alors que l’Assemblée nationale est largement dominée par le PDCI-RDA.
Le témoin considère cette position comme une manifestation de l’indépendance de caractère du professeur. Il affirme que cette prise de position aurait ensuite contribué à compliquer ses relations avec certains responsables du régime.
Au-delà de la politique, Semi Bi Zan devient également une référence scolaire pour une partie de la jeunesse de Zuénoula.
Selon Le Bi Zou Mathurin, des familles encourageaient alors leurs enfants à poursuivre leurs études en prenant l’universitaire comme modèle. Une expression populaire aurait accompagné cette période : « Semi Zan vrohè kalé yiya klé nan ? », pouvant être comprise comme : « Quelles bonnes études es-tu donc en train de faire, comme l’universitaire Semi Zan ? »
Le nom de Semi Bi Zan s’associe ainsi, dans le témoignage, aux études et à la réussite universitaire.
Historien et auteur, il s’intéresse également à l’histoire politique de la Côte d’Ivoire. Il a notamment consacré un ouvrage à Ouezzin Coulibaly, figure historique du Rassemblement démocratique africain (RDA).
Sa connaissance du monde gouro constitue une autre dimension de son parcours. Grand locuteur de la langue gouro, il est décrit par Le Bi Zou Mathurin comme un intellectuel attaché à l’histoire, à la culture et aux réalités sociologiques de son milieu.
En 1985, après une période de difficultés politiques à Zuénoula, selon le témoin, Semi Bi Zan retrouve une place dans la vie politique à l’occasion de la campagne présidentielle de 1990.
Il devient directeur départemental de campagne du président Félix Houphouët-Boigny à Zuénoula. Le Bi Zou Mathurin affirme avoir assisté, alors qu’il était encore trop jeune pour être électeur, à un meeting de campagne à Binzra.
Le professeur était notamment accompagné du directeur national de campagne, Laurent Dona Fologo, du pionnier Zamblé Bi Zamblé Alphonse, présenté comme un « Yrouhou », c’est-à-dire un neveu de la tribu Wadjê, ainsi que de plusieurs dignitaires du PDCI-RDA, rapporte-t-il.
Semi Bi Zan est par la suite nommé recteur de l’Université d’Abidjan.
Son nom continue d’être cité à Zuénoula au cours des années suivantes. En 1995, alors que le lycée moderne de Zuénoula est paralysé par une grève, le ministre de l’Éducation nationale d’alors, l’historien Pierre Kipré, se rend dans la ville.
Lors d’une intervention sur le terrain de la brigade de gendarmerie nationale, Pierre Kipré évoque, selon Le Bi Zou Mathurin qui affirme avoir assisté à la scène, le parcours de Semi Bi Zan et le présente comme le « deuxième plus éminent historien de la Côte d’Ivoire ».
Pour le témoin, cette déclaration illustre la réputation acquise par l’universitaire au-delà de Zuénoula.
Plus de trois décennies après les épisodes qui ont marqué son parcours politique et universitaire, le souvenir de Semi Bi Zan demeure ainsi présent dans les récits de ceux qui l’ont connu ou ont grandi avec son nom.
Pour Le Bi Zou Mathurin, cette mémoire renvoie à une époque où l’école et le savoir occupaient une place importante dans les aspirations de la jeunesse de Zuénoula.
« Nous avons des raisons objectives de nous enorgueillir d’avoir eu cet universitaire de renom. Puisse Dieu l’accueillir dans sa félicité céleste ! », conclut-il.
Ce témoignage rejoint celui de Yves Xavier Tiébi, administrateur des services financiers, conseiller politique et concepteur du concept « Vabolo », ou « Vivre ensemble ».
Dans un texte publié sur sa page Facebook officielle consacré au professeur Semi Bi Zan, M. Tiébi le présente comme un « modèle inspirant » fondé sur le savoir et le mérite. Il invite notamment la nouvelle génération à « étudier son histoire » et à partager, dans le respect et la courtoisie, les souvenirs, anecdotes et modèles inspirés par son parcours.
Les témoignages de Le Bi Zou Mathurin et de Yves Xavier Tiébi contribuent ainsi à documenter la mémoire d’une personnalité dont le parcours universitaire, politique et intellectuel continue d’être raconté à Zuénoula et dans le pays gouro.
(AIP)
akr/haa
Reportage réalisé par Amani Kouakou Robert, correspondant de presse AIP-Zuénoula
