jeudi, mars 5

(Par Jean-Cyrille Ouattara/ Coll: Benjamin Bassolé)

Abidjan, 10 jan 2026 (AIP) – Chaque nouvelle confrontation entre la Côte d’Ivoire et l’Égypte réveille une mémoire douloureuse dans le football ivoirien.

Plus qu’un simple duel sportif, ce choc ravive des traumatismes profonds, nés de défaites marquantes et souvent cruelles, qui ont laissé des cicatrices durables chez les supporters, les journalistes et les acteurs du jeu.

À quelques heures de la rencontre des quarts de finale entre Pharaons et Éléphants, des journalistes et commentateurs sportifs replongent, dans ces souvenirs empreints d’amertume, de regrets et de frustration.

2006 : Le Caire, le premier choc psychologique

Le premier grand traumatisme remonte à la finale de la CAN 2006 en Égypte. Rash N’Guessan Kouassi, journaliste et commentateur sportif, témoin direct de cette rencontre historique, se souvient d’un paradoxe saisissant. « L’Égypte avait peur de la Côte d’Ivoire. Le public le savait, les joueurs aussi », confie-t-il.

Pourtant, devant près de 90 000 spectateurs acquis à la cause des Pharaons, les Éléphants se sont effondrés sous le poids de la pression. Selon lui, cette défaite aux tirs au but a révélé une fragilité mentale et une désorganisation interne. « La veille du match, il y avait déjà des problèmes de gestion du groupe. Dans ce genre de rendez-vous, cela se paie cash », analyse-t-il.

L’Égypte, déjà très structurée et méthodique, s’imposait alors comme « l’une des équipes les plus professionnelles du continent », laissant aux Ivoiriens le goût amer d’une occasion historique manquée.

2008 : Le cauchemar du Ghana

Deux ans plus tard, le traumatisme prend une dimension encore plus violente. En demi-finale de la CAN 2008 au Ghana, la Côte d’Ivoire, pourtant portée par une génération dorée (Didier Drogba, Yaya Touré), subit une lourde défaite (4-1) face aux Pharaons.

Fernand Kouakou, journaliste radio présent sur place, parle d’un véritable choc émotionnel.

« Les Égyptiens jouaient avec une peur au ventre, mais aussi une efficacité glaçante. Jusqu’au quatrième but, on sentait que quelque chose se brisait », se remémore-t-il.

Même la presse égyptienne, stupéfaite, peinait à croire à une telle démonstration.

L’image restée gravée dans les mémoires est celle de Jacques Anouma, alors président de la Fédération ivoirienne de football, figé, debout et silencieux pendant près de deux heures après le coup de sifflet final.

« C’était un affront sportif, un traumatisme collectif », résume le journaliste, près de deux décennies plus tard.

2021 : Les tirs au but, encore et toujours

Si les contextes évoluent, certaines peurs persistent. Parmi elles, celle des tirs au but, devenus au fil des années un symbole de malédiction pour les Éléphants.

En 2021, la Côte d’Ivoire est une nouvelle fois éliminée lors de cette épreuve fatidique en huitièmes de finale, ravivant de vieux démons.

Cette élimination survient dans une période de reconstruction, après l’absence au Mondial 2018 et une CAN précédente déjà marquée par une sortie douloureuse aux tirs au but, cette fois face à l’Algérie, futur champion.

Pour beaucoup d’observateurs, l’Égypte reste associée à cette souffrance psychologique, même lorsque le bourreau change de nom.

Pourtant, Rash N’Guessan se veut catégorique. « Cette génération ne jouera pas avec le passé. Les Égyptiens n’ont pas toujours été meilleurs que nous. Ils ont surtout su mieux gérer les moments clés. »

Laver l’affront, briser le signe indien

Pour le journaliste sportif Samuel Metch, l’enjeu est clair. « Cette génération doit laver l’affront et vaincre enfin le signe indien ».

Selon lui, la clé réside dans la capacité à tuer le match avant les prolongations. « Il faut marquer quand il est encore temps et éviter les tirs au but, qui restent un traumatisme non résolu », insiste-t-il.

Il mise sur « une jeunesse insouciante, prête au combat », capable de transformer les échecs du passé, qualifiés de « véritable gâchis », en moteur de revanche.

La solidité défensive ivoirienne sera déterminante, notamment face à Mohamed Salah.

Deux cultures, une mémoire douloureuse

Au-delà des individualités, Côte d’Ivoire et Égypte incarnent deux cultures footballistiques opposées. D’un côté, des Éléphants majoritairement formés et aguerris dans les plus grands clubs européens ; de l’autre, des Pharaons s’appuyant sur la solidité et la cohésion de leur championnat local.

Mais quelle que soit l’approche, le passé continue de planer sur cette affiche. Pour la Côte d’Ivoire, battre l’Égypte ne serait pas seulement une victoire sportive : ce serait une libération, la cicatrisation d’une plaie ouverte depuis près de vingt ans.

(AIP)

jco/bsb/cmas

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