Odienné, 16 jan 2026 (AIP)- À Manadoun, un village de la région du Folon, dans l’extrême Nord-Ouest ivoirien, chaque naissance déclarée implique un pénible déplacement vers la sous-préfecture de rattachement distante d’une trentaine de kilomètre pour l’obtention de l’acte d’état civil.
La préoccupation de l’inclusion juridique et sociale des enfants est ainsi unanimement partagée et renforce les appels des populations en faveur de l’érection de la localité en sous-préfecture.
La possibilité désormais d’enregistrer à l’état civil les nouveaux nés depuis l’hôpital change de plus en plus la donne dans cette zone rurale, où le réflexe de la déclaration systématique a longtemps peiné à intégrer les habitudes.
Selon la sage-femme Centre de santé rural (CSR) de Manadoun, Mariam Ouattara, la sensibilisation a porté ses fruits, permettant ainsi de délivrer quelque 200 certificats de naissance entre 2024 et 2025. Le centre couvre cinq villages à savoir Koba, Manadoun, Bohodougou, Linguinkro et Sangbani, pour une population de quelque 10 mille âmes.
Les parents restent cependant confrontés à des difficultés pour rentrer en possession de l’extrait de naissance de leurs bébés du fait d’un défaut de proximité administrative.
Point focal point focal de l’état civil à Manandoun, Laciné Doumbia déplore la réforme qui oblige désormais un déplacement pénible à Goulia et qui engendre des coûts supplémentaires pour des familles déjà fragiles.
« Avant, on établissait tout sur place. Aujourd’hui, il faut aller à Goulia, à plus de 30 km d’ici. Les parents paient 1200 FCFA, 600 Francs pour le timbre et 600 Francs pour mon transport. Mais souvent, le sous-préfet est en déplacement, il faut y retourner », a-t-il indiqué.
Le point focal état civil a relevé par ailleurs l’impact de cette distance administrative sur l’éducation des enfants.
« Il est parfois demandé aux directeurs d’exclure les enfants sans papiers. Cela crée une détresse immense chez les parents », a-t-il regretté, se faisant l’écho de l’aspiration profonde des populations de voir Manadoun érigé en sous-préfecture.
Le président de la mutuelle de développement du village, Borifine Doumbia, estime, lui également, que ce statut serait un levier de proximité administrative, essentiel pour lever les obstacles structurels à la déclaration des naissances. Selon lui l’aspiration date de plusieurs années et les démarches ont démarré en 1978.
« Nous avons récemment fourni l’inventaire des infrastructures à la Direction générale de l’administration du territoire (DGAT). Pour montrer notre détermination, nous avons construit un bâtiment administratif achevé à 90 %, ainsi que des résidences prêtes à accueillir le futur sous-préfet et son personnel. Nous n’attendons plus que le décret », a-t-il confié.
Les autorités coutumières, inscrits dans la même vision que leurs concitoyens estiment que l’obtention d’une sous-préfecture garantira le droit à l’identité et permettra de déclencher enfin le développement social attendu depuis des décennies.
(AIP)
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