Abidjan, 4 mars 2026 (AIP) – L’escalade militaire entre l’Afghanistan et le Pakistan perturbe gravement l’acheminement de l’aide humanitaire, alors que des milliers de familles fuient les zones de combats, a alerté mardi 03 mars 2026, le Programme alimentaire mondial (PAM).
Au sixième jour des affrontements transfrontaliers, plus d’une trentaine de districts des provinces de Nangarhar, Kunar, Nuristan, Laghman, Paktika, Paktya, Khost, Kandahar et Helmand (territoires afghans) ont été touchés par des violences et des frappes aériennes ou terrestres. Les restrictions de circulation entravent l’accès humanitaire, compromettant l’assistance aux populations, notamment aux Afghans rentrés du Pakistan.
Selon le PAM, environ 160 000 personnes sont affectées par la suspension temporaire des distributions alimentaires, dans un contexte où plusieurs provinces enregistrent déjà des niveaux critiques de malnutrition aiguë. « Les niveaux de malnutrition aiguë restent critiques, plongeant les familles dans une crise de plus en plus désastreuse », a déclaré le représentant du PAM en Afghanistan, John Aylieff.
La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a, pour sa part, indiqué qu’au moins 42 civils, dont des femmes et des enfants, ont été tués depuis le début des hostilités, et 104 autres blessés. Quelque 16 400 foyers ont été déplacés.
À la crise sécuritaire s’ajoute une pénurie de financements. Le PAM estime à 313 millions de dollars ses besoins pour les six prochains mois, précisant qu’à partir d’avril, ses ressources d’urgence seront épuisées.
La mission onusienne redoute également un afflux de rapatriés depuis l’Iran, où l’instabilité régionale pourrait aggraver la pression sur un pays déjà confronté à une crise humanitaire profonde.
Pour rappel, l’escalade militaire actuelle entre l’Afghanistan et le Pakistan, dont la phase la plus récente a débuté fin février 2026, s’inscrit dans un contentieux ancien lié à la ligne Durand, frontière contestée entre les deux pays depuis 1893. Kaboul n’a jamais officiellement reconnu cette démarcation héritée de la période coloniale britannique.
Les tensions sont alimentées par des accusations sécuritaires, notamment Islamabad reproche aux autorités afghanes, dirigées par les talibans, de tolérer la présence du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), “responsable d’attaques au Pakistan”. En représailles, l’armée pakistanaise mène régulièrement des frappes aériennes ou des tirs d’artillerie en territoire afghan, dénoncés par Kaboul comme des violations de sa souveraineté.
Cette nouvelle flambée de violence intervient dans un contexte humanitaire déjà fragile, marqué par le retour ou l’expulsion de plus de 1,5 million d’Afghans depuis 2024.
(AIP)
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