vendredi, mars 6

Abidjan, 06 mars 2026 (AIP)- À l’occasion de la prochaine publication de “L’oranger du malentendu”, le sénateur ivoirien Michel Coffi Benoît propose un récit qui plonge le lecteur au cœur des croyances, des silences et des malentendus qui traversent certaines sociétés africaines. À travers l’histoire de Yapo, un jeune homme partagé entre tradition et modernité, l’auteur explore les mécanismes du doute, de la rumeur et de la peur de l’invisible, capables de bouleverser des vies et d’ébranler les équilibres communautaires.

Entre réflexion sociale et interrogation sur les imaginaires collectifs, l’ouvrage invite à dépasser les peurs et à briser les cycles de silence. « À quel moment la peur devient plus dangereuse que le mal qu’elle prétend combattre ? » interroge-t-il dans son ouvrage L’oranger du malentendu.

Dans cet entretien, l’auteur revient sur l’inspiration et les messages de ce livre, qui sera présenté dans les jours à venir.

AIP : Depuis quand avez-vous eu envie d’écrire ?

Michel Coffi Benoît : Mon envie d’écrire remonte à longtemps. L’oranger du malentendu n’est pas mon premier ouvrage. J’ai déjà publié plusieurs textes, dont une pièce de théâtre et des articles sur des questions d’intérêt national. L’écriture est pour moi une manière de partager une réflexion avec mes contemporains.

AIP : Avec vos nombreuses responsabilités publiques, comment trouvez-vous le temps d’écrire ?

MCB : Tout est une question d’organisation, mais aussi de passion et d’envie de partager. Tant que Dieu nous donne la vie, chacun doit chercher à être utile à ses semblables. L’écriture me permet justement d’apporter ma contribution au débat et à la réflexion collective.

AIP : Pourquoi avoir écrit ce livre ?

MCB : J’ai été profondément marqué par la manière dont, dans nos sociétés africaines, la peur de l’invisible influence les relations humaines. Je voulais interroger, sans condamner ni idéaliser, la place de la sorcellerie, des présages et des accusations dans la vie quotidienne. Ce livre est né d’un malaise social réel : celui de communautés qui vivent ensemble, mais où la méfiance peut s’installer à cause des rumeurs et des soupçons.

AIP : Que représente le personnage de Yapo ?

MCB : Yapo incarne l’Africain contemporain partagé entre deux univers : celui de l’école, de la raison et de l’université, et celui de la tradition, du non-dit et du langage symbolique. Ce n’est pas un héros classique. C’est surtout un jeune homme inquiet, fragile intérieurement, qui cherche à comprendre avant de juger.

AIP : Pourquoi la métaphore de l’oranger ?

MCB : L’oranger est un symbole. Dans les villages, on ne parle pas toujours directement des choses importantes. On suggère, on utilise des images et des symboles. L’oranger représente à la fois une richesse, une promesse et un enjeu. Il devient ainsi une manière codée d’évoquer des réalités profondes.

AIP : Le personnage de Basile intrigue beaucoup…

MCB : Basile est la voix de la rupture. Il dit tout haut ce que d’autres murmurent. Il dérange, choque et pousse les autres à regarder les choses autrement. Mais il reste volontairement ambigu : on ne sait jamais vraiment s’il révèle une vérité ou s’il nourrit un fantasme collectif.

AIP : Votre livre aborde la question de la sorcellerie. Quelle est votre position ?

MCB : Je ne cherche ni à nier les réalités spirituelles ni à les absolutiser. Ce qui m’intéresse, c’est la fonction sociale de la sorcellerie. Elle devient souvent une grille d’interprétation pour expliquer la mort, l’échec ou la réussite. Le véritable danger apparaît lorsqu’elle est utilisée comme une arme contre l’autre.

AIP : Le lecteur est souvent placé dans l’incertitude. Était-ce volontaire ?

MCB : Absolument. Je ne voulais pas imposer une vérité. Je souhaitais que le lecteur ressente le même trouble que Yapo. On ne sait jamais clairement où commence la manipulation et où s’arrête la peur.

AIP : Votre livre semble aussi être une critique sociale…

MCB : Oui, notamment une critique du silence. Le silence entre générations, entre ceux qui savent et ceux qui subissent, ou encore autour des conflits familiaux et des questions d’héritage. Les malentendus naissent souvent là où la parole ne circule pas.

AIP : Quel message souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?

MCB : J’aimerais que chacun se demande à quel moment une tradition cesse de protéger pour commencer à enfermer, et à quel moment la peur devient plus dangereuse que le mal qu’elle prétend combattre. Ce livre n’apporte pas de réponse définitive. Il invite simplement à réfléchir à nos imaginaires collectifs avec lucidité, respect et courage.

(AIP)

eaa/zaar

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