Par Jean Cyrille Ouattara// coll: Benjamin Bassolé
Abidjan, 4 avr 2026 (AIP) – À l’approche de la fête de Pâques, Abidjan vit au rythme des départs vers l’intérieur du pays. Dans les gares routières, l’enthousiasme des voyageurs se mêle toutefois à de nombreux tracas.
Une ambiance festive
À 7h45, dans une gare d’Adjamé, les convoyeurs interpellent les passagers : « Bouaké, Yamoussoukro, venez ! ». L’ambiance est animée. Les voyageurs, souvent vêtus de pagnes traditionnels, échangent en langues locales. Le mot « Pâquinou » est sur toutes les lèvres.
« On ne peut pas expliquer ce que représente Pâquinou. L’ambiance au village est unique », confie Assiétou Kindé, 57 ans, originaire de Tiébissou. Venue expédier des vivres à sa famille, elle avoue son envie de voyager,
Cependant, les contraintes financières freinent certains voyageurs. Assiétou Kindé renonce à son déplacement pour mieux faire face à d’autres obligations.
« Je dois économiser pour des obsèques prévues dans l’année », dit-elle.
À cela s’ajoutent les coûts du transport de bagages. « On me demande plus de 5 000 FCFA. J’essaie de négocier à 3 000 FCFA », déplore-t-elle.
Désorganisation et mécontentements
Dans les gares, les problèmes d’organisation suscitent également des tensions. Les changements d’horaires et le manque d’informations irritent les usagers.
« L’heure de départ n’était pas précisée lors de l’achat du ticket de ma grand-mère. Ensuite, on nous annonce 18h30, un horaire qui ne lui convient pas », regrette, Karidjatou Olatuldé, affirmant ne pas être certaine de revenir dans cette gare.
L’attente prolongée constitue un autre point de frustration. Chargeur pour une compagnie de transport, Jérémie Digbeu explique.
« Les retards des cars créent des tensions. Les gens s’énervent rapidement ».
Présent depuis 4h du matin, il souligne l’intensité du travail en période pascale « On peut travailler 24h/24 », confie-t-il.
Selon les acteurs du secteur, des centaines de passagers transitent chaque jour par les gares, avec pour principales destinations Bouaké, Yamoussoukro, Toumodi et Tiébissou.
Des mesures de sécurité renforcées
Face aux risques, des dispositions sécuritaires sont mises en place. À la gare AVS, le chef de gare adjoint, Seydou Coulibaly, évoque un dispositif comprenant caméras de surveillance et agents déployés sur le terrain.

Il alerte toutefois sur les méthodes des agresseurs, qui n’hésitent pas à voyager avec leurs victimes.
De son côté, l’Office de la sécurité routière (OSER) a annoncé un dispositif d’autocontrôle dans les gares, visant à vérifier l’état des véhicules et la conformité des documents avant chaque départ.
Un impact sur le transport urbain
La forte affluence dans les gares affecte aussi la circulation en ville. Certains conducteurs de taxi se plaignent d’une baisse de clientèle.
« Depuis ce matin, j’ai eu très peu de clients à cause des embouteillages », confie Malan, chauffeur de taxi.
« Je viens de Yopougon et c’est maintenant que je trouve un client », ajoute-t-il, sur fond de musique baoulé.
À l’image d’Assiétou et de nombreux autres voyageurs, la célébration de Pâquinou à l’intérieur du pays reste un moment attendu, mais parfois contrarié par des réalités économiques et organisationnelles.
Entre espoir de retrouvailles et défis logistiques, Abidjan vit pleinement cette migration saisonnière, révélatrice des enjeux du transport en période de grande affluence.
(AIP)
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