samedi, avril 18

Abidjan, 18 avr 2026 (AIP) – Les acteurs engagés dans la lutte contre l’hémophilie en Côte d’Ivoire appellent à l’instauration d’une politique nationale de diagnostic précoce, afin de réduire les décès et améliorer la prise en charge des malades, encore largement sous-diagnostiqués.

S’exprimant vendredi 17 avril 2026 à Abidjan-Plateau, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’hémophilie, le président de l’ONG internationale hémophilie et autres maladies de la coagulation du sang (IHMS), Moïse Koffi N’Dri, a insisté sur la nécessité de faire du dépistage un réflexe de santé publique.

L’hémophilie est une maladie héréditaire rare caractérisée par un trouble de la coagulation sanguine, entraînant des saignements prolongés, parfois mortels, dûs à un déficit en facteurs VIII ou IX. Elle touche principalement les hommes.

« Sous nos tropiques, le diagnostic intervient souvent tardivement, notamment lors de la circoncision, où des saignements abondants peuvent entraîner des décès. Il est impératif de mettre en place des tests précoces pour mieux identifier les cas », a déploré M. Koffi.

Selon lui, la prévalence réelle de l’hémophilie en Côte d’Ivoire est estimée à environ 3 200 cas, alors que seuls 215 patients étaient enregistrés en 2025, soit à peine 7 % des cas attendus. Une situation qui traduit un important déficit de dépistage.

« Cette sous-estimation est préoccupante. Dans certaines régions, la prévalence pourrait atteindre 17 à 20 %. Nous voulons intensifier les campagnes de dépistage jusque dans les hameaux afin d’assurer une prise en charge efficace », a-t-il ajouté.

professeur Koffi Gustave

De son côté, le chef du service d’hématologie du CHU de Yopougon, le Pr Koffi Gustave, a alerté sur les limites du système de prise en charge, marquées notamment par le faible nombre de patients suivis régulièrement.

« À ce jour, seulement 154 patients bénéficient d’un suivi régulier, alors que des efforts importants sont consentis pour améliorer la prise en charge. Le renforcement des capacités du personnel soignant reste une priorité », a-t-il indiqué.

Il a également évoqué l’insuffisance des centres spécialisés, limités pour l’essentiel aux CHU de Bouaké et de Yopougon, actuellement délocalisé à Treichville.

« L’éloignement des structures de soins constitue un facteur de risque majeur. Un patient évacué en urgence depuis Korhogo peut succomber faute de prise en charge rapide », a-t-il averti, saluant toutefois les initiatives du ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle visant à étendre le réseau de prise en charge.

Les spécialistes ont par ailleurs relevé l’appui de partenaires internationaux, notamment la Fédération mondiale de l’hémophilie et certains laboratoires pharmaceutiques, dans l’amélioration de l’accès aux traitements.

Au cours des panels organisés en marge de la célébration, les participants ont insisté sur l’urgence d’accélérer le dépistage, de renforcer la formation du personnel de santé et de mieux sensibiliser les familles à la reconnaissance des symptômes.

Autant de leviers jugés essentiels pour réduire la mortalité et la morbidité liées à cette pathologie encore méconnue.

(AIP)

tls/kp

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