mardi, septembre 22

Depuis plusieurs jours, une vague persistante de rumeurs annonçant la mort ou l’état critique de personnalités politiques ivoiriennes inonde les réseaux sociaux. Le président Alassane Ouattara, l’ancien chef d’État Laurent Gbagbo, l’ex-premier ministre Guillaume Soro ou encore la ministre d’État Kaba Nialé ont tous été, à un moment ou à un autre, déclarés “morts” ou “gravement malades” dans des vidéos ou publications virales, principalement sur TikTok et Facebook. Une analyse approfondie de ces contenus révèle des indices concordants de comportements inauthentiques coordonnés (CIC), visant à manipuler l’opinion publique.

Une mécanique bien rodée de désinformation

Les contenus analysés présentent des caractéristiques similaires. Plusieurs vidéos TikTok ( 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13 ; 14 et  15  ) reprennent des formats quasi identiques, avec des musiques dramatiques, des images d’archives sorties de leur contexte, des voix off alarmistes et une absence totale de sources fiables. Certaines publications Facebook ( 1; 2 ; 3 ; 4 et 5  ) adoptent la même stratégie, souvent accompagnées de titres sensationnalistes du type “Urgent : décès confirmé”. 

Dans plusieurs cas, les vidéos annonçant la mort du président Alassane Ouattara proviennent de comptes relayant régulièrement des narratifs favorables à l’Alliance des États du Sahel (AES) ou à des figures de l’opposition ivoirienne. On observe une répétition des messages, parfois publiés à quelques minutes d’intervalle par différents comptes, suggérant une coordination plutôt qu’une simple coïncidence.

Des représailles numériques en miroir 

Face à ces rumeurs visant le pouvoir en place, une contre-offensive s’est rapidement organisée. Des cyber-activistes perçus comme proches du pouvoir ont, à leur tour, diffusé de fausses annonces de décès ou d’état critique ( 1 ; 2 et 3  ) visant cette fois des figures de l’opposition, notamment Laurent Gbagbo et Guillaume Soro.

Capture d’écran d’une vidéo publiée sur Facebook par le cyber-activiste KRIMO Magistrature S.Relai, relayant une fausse annonce de décès de l’ex-président Laurent Gbagbo.

Ce phénomène de “riposte informationnelle” illustre une polarisation extrême du débat public en ligne. Chaque camp semble utiliser les mêmes méthodes pour décrédibiliser l’adversaire, créant un cycle de désinformation auto-entretenu.

Une viralité massive portée par un fort engagement 

L’analyse des 16 vidéos publiées sur TikTok ( 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13 ; 14 ; 15 et 16 ) révèle un volume particulièrement élevé d’interactions, avec des millions de vues et des milliers de mentions « j’aime », de commentaires et de partages. Une dynamique similaire est observée sur Facebook, où les publications ( 1; 2 ; 3 ; 4 ; 5; 6 et 7 ) enregistrent également des milliers de vues et d’engagements, traduisant la forte viralité de ces contenus. 

Les marqueurs des comportements inauthentiques coordonnés (CIC)

L’analyse des contenus  (1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 9 et 10 ) permet d’identifier plusieurs indices typiques des CIC. On note d’abord une synchronisation des publications , avec plusieurs comptes diffusant simultanément des messages similaires, parfois avec les mêmes visuels ou scripts. On observe également une multiplication de comptes relais, certains profils semblant dédiés exclusivement à la diffusion de contenus politiques viraux, sans identité claire. Le recyclage de contenus est aussi fréquent, avec des images anciennes ou sorties de leur contexte utilisées pour crédibiliser de fausses informations. À cela s’ajoute l’absence de sources fiables, aucune référence n’étant faite à des médias reconnus ou à des communiqués officiels. Enfin, une stratégie émotionnelle est systématiquement mobilisée, à travers des titres alarmistes et des musiques dramatiques destinés à susciter la panique et à maximiser le partage. 

Objectif : manipuler et polariser

Ces campagnes de désinformation poursuivent plusieurs objectifs. D’une part, elles cherchent à semer le doute sur l’état de santé ou la stabilité des dirigeants, pouvant influencer la perception de leur capacité à gouverner. D’autre part, elles visent à mobiliser les bases militantes en jouant sur l’émotion et l’indignation.

Dans un contexte politique déjà marqué par des tensions, ces pratiques contribuent à fragiliser davantage la confiance du public envers l’information.

Nonobstant la diffusion d’images et de vidéos sur les pages officielles de la présidence, attestant d’une rencontre, le mardi 14 avril 2026, entre le le président de la République, Alassane Ouattara, et la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo , certains cyber-activistes proches de l’opposition ont persisté dans leur remise en cause. Dans plusieurs vidéos publiées sur TikTok, notamment par les comptes « Oxymore191 » et « raoul_gbagbo », ces derniers affirment que les images diffusées seraient générées ou manipulées par intelligence artificielle.

Vérification des faits : aucune preuve crédible

À ce jour, aucune source officielle ni aucun média crédible n’a confirmé les décès annoncés dans ces publications. Les personnalités citées continuent d’apparaître publiquement ou de communiquer via leurs canaux officiels, ce qui invalide clairement ces rumeurs.

Capture d’écran d’une vidéo sur la page officielle Facebook de la Présidence de la République de Côte d’Ivoire, montrant le président Alassane Ouattara en entretien avec le président de la Commission de l’UEMOA, Abdoulaye Diop, le jeudi 9 avril 2026.

Dans ce contexte marqué par la circulation de fausses informations, l’actualité institutionnelle apporte un démenti factuel aux rumeurs persistantes. Ce mardi 14 avril 2026, le président de la République, Alassane Ouattara, a reçu en audience la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, en visite à Abidjan à l’occasion de la 14e édition du Marché des arts du spectacle Africain d’Abidjan (MASA).

Au cœur des échanges ont figuré le renforcement de la coopération entre la Côte d’Ivoire et l’OIF, les préparatifs du prochain Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement prévu en novembre au Cambodge, ainsi que les grandes questions liées aux crises en Afrique et dans le monde. Cette activité officielle, largement relayée par les canaux institutionnels, vient contredire les allégations infondées diffusées sur les réseaux sociaux quant à l’état de santé du chef de l’État.

Le président Alassane Ouattara a échangé, ce mardi 14 avril 2026 au au Palais de la Présidence de la République, avec la Secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, lors d’une rencontre officielle à Abidjan consacrée au renforcement de la coopération institutionnelle. ( source : page officielle Facebook de la Présidence de la République de Côte d’Ivoire.)

Une équipe de l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP) a couvert le Conseil des ministres tenu ce mercredi 15 avril 2026 au Palais présidentiel du Plateau, sous la présidence effective du chef de l’État, Alassane Ouattara. Cette présence sur le terrain et le suivi direct d’une activité gouvernementale officielle constituent un élément de vérification concret, venant contredire les rumeurs persistantes diffusées sur les réseaux sociaux.

Photo du chef de l’État, Alassane Ouattara, prise par l’Agence Ivoirienne de Presse lors du Conseil des ministres du mercredi 15 avril 2026.

Un enjeu majeur pour l’écosystème médiatique 

Cette prolifération de fausses informations souligne l’urgence de renforcer l’éducation aux médias et à l’information. Elle met également en lumière la nécessité pour les plateformes comme TikTok et Facebook de mieux réguler les contenus trompeurs, notamment en période sensible.

Pour les citoyens, la vigilance reste la meilleure arme : vérifier les sources, recouper les informations et éviter de partager des contenus non vérifiés.

Conclusion

La “guerre des fausses morts” en Côte d’Ivoire n’est pas un simple phénomène viral. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de manipulation de l’opinion, où chaque camp exploite les failles des réseaux sociaux pour imposer son narratif. Dans ce climat, la vérification des faits apparaît plus que jamais comme un outil essentiel pour préserver la vérité et la stabilité du débat public. 

(AIP)

rd/kkf

 

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