mercredi, septembre 23

Abidjan, 23 sept 2026 (AIP)- Des chercheurs, anciens diplomates, décideurs politiques et acteurs de la société civile ont appelé, mercredi 23 septembre 2026 à Abidjan, à repenser les stratégies de consolidation démocratique en Afrique de l’Ouest, en prenant en compte les facteurs économiques, historiques, sécuritaires et géopolitiques qui sous-tendent les crises dans la sous-région.

Ces réflexions interviennent dans le cadre d’une conférence régionale organisée les 23 et 24 septembre à l’hôtel Ivotel d’Abidjan Plateau par la Fondation Rosa Luxemburg, à travers son bureau Afrique de l’Ouest basé à Dakar, autour du thème « Crises politiques en Afrique de l’Ouest : repenser les stratégies pour une consolidation des acquis démocratiques ».

Les participants examinent notamment les causes structurelles de l’instabilité dans la sous-région, les conditions d’une paix durable et les perspectives de l’intégration régionale. La rencontre s’inscrit dans une réflexion plus large sur les crises politiques qui affectent plusieurs pays ouest-africains.

Les autorités présentes à l’ouverture de la conférence régionale organisée les 23 et 24 septembre 2026 à Ivotel Abidjan Plateau, par la Fondation Rosa Luxemburg.

Pour le professeur-chercheur principal au Centre for democracy and development (CDD) au Nigeria, Jibrin Ibrahim, les crises observées au Burkina Faso, au Mali, en Guinée et en Guinée-Bissau ne peuvent être analysées uniquement sous l’angle sociopolitique.

Il les a mises en relation avec des transformations économiques, historiques, écologiques et géopolitiques, citant notamment un processus de construction nationale inachevé, la persistance de modèles économiques extravertis et extractifs, les effets du changement climatique et la recomposition de l’ordre mondial.

Selon lui, les coups d’État récurrents dans l’espace de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) peuvent être considérés comme des manifestations de crises systémiques plus profondes.

Les échanges portent également sur l’avenir de l’intégration régionale, avec des réflexions sur une éventuelle refondation de la CEDEAO et sur ses relations avec l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

M. Jibrin a, par ailleurs, insisté sur la nécessité d’une plus grande implication des populations dans la gouvernance de leur sécurité et de leurs ressources. « La question de la démocratie est extrêmement importante, parce que le peuple lui-même doit contrôler son futur », a-t-il déclaré, tout en exprimant des réserves sur la capacité des régimes militaires à favoriser cette implication populaire.

« Les militaires sont là pour jouer à un jeu de pouvoir, ils veulent être en contrôle, mais ils ne sont pas prêts à laisser le peuple lui-même agir », a-t-il ajouté.

Le représentant du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le colonel-major Sylla Mory. (Abidjan, 23/09/2026)

Sur le volet sécuritaire, le représentant du ministre ivoirien de l’Intérieur et de la Sécurité, le colonel-major Mory Sylla, a évoqué l’expérience de l’armée malienne en 2012, notamment les difficultés logistiques rencontrées par une force engagée dans un conflit.

« Dans l’armée, il y a un général américain, le général Eisenhower, qui disait que lorsque la logistique dit non, c’est la logistique qui a raison », a-t-il rappelé, soulignant que les capacités opérationnelles d’une armée dépendent notamment de la disponibilité de ses équipements et de ses moyens.

Le colonel-major Sylla a également insisté sur l’importance du renseignement dans les conflits asymétriques opposant les forces régulières aux groupes terroristes. « Tant que vous n’avez pas le renseignement, vous ne pouvez absolument rien faire », a-t-il affirmé, estimant que les groupes terroristes disposent eux aussi de capacités d’organisation et de planification qu’il convient de prendre en compte.

Abordant les stratégies des groupes djihadistes, il a cité l’ouvrage Management de la sauvagerie, attribué à Abou Bakr Naji et diffusé à partir de 2004, comme un document de référence dans la compréhension de certaines conceptions stratégiques djihadistes.

Les échanges de la conférence se poursuivent autour des réponses politiques, économiques et sécuritaires susceptibles de contribuer à la stabilité et à la consolidation des acquis démocratiques dans la sous-région.

(AIP)
lef/cmas

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