Par Simon Benjamin Bassolé (Envoyé spécial à Pékin)
Coll. : Toussaint Konan
Pékin (Chine), 19 sept 2026 (AIP) – Il est un peu plus de 6 heures à Pékin. La capitale chinoise sort à peine de son sommeil que les allées des parcs commencent déjà à s’animer. Dans la fraîcheur matinale, des seniors se retrouvent pour danser, pratiquer le Tai Chi, marcher, s’étirer ou simplement échanger quelques mots entre amis.
Au parc, la journée commence avant celle de la ville.
Sur une esplanade, plusieurs femmes répètent des mouvements de danse au rythme d’un petit haut-parleur. Quelques mètres plus loin, des hommes et des femmes exécutent des exercices d’assouplissement. Un groupe pratique le Tai Chi dans des mouvements lents et réguliers.
D’autres ont choisi la marche. Certains avancent tranquillement, d’autres marchent à reculons, exercice qui semble faire partie des habitudes de plusieurs habitués.
Ici, pas besoin d’abonnement ni d’équipement sophistiqué. Une paire de chaussures, une tenue confortable et l’envie de retrouver les autres semblent suffire.
À 76 ans, Li est un habitué des lieux. Depuis 18 ans, il fréquente quotidiennement le parc, notamment depuis le décès de son épouse. Pour lui, cette sortie matinale dépasse largement la recherche d’une bonne condition physique.
« Si je reste à la maison, je pense. Si je pense trop, je deviens vieux. Ici, je suis avec mes amis. On bouge, on rit. Je ne suis pas vieux ici », confie-t-il.
Autour de lui, les activités se poursuivent. Les groupes se forment selon les goûts et les affinités. Certains viennent spécialement pour le Tai Chi, d’autres pour la danse ou le badminton. D’autres encore préfèrent marcher ou s’asseoir pour discuter.
Au fil des minutes, le parc change de visage. Les mouvements des sportifs se mêlent aux conversations et aux éclats de rire. Ceux qui ont terminé leur exercice restent parfois quelques instants pour observer les autres ou discuter avant de rentrer chez eux.
Pour ces retraités, ces rendez-vous constituent un repère dans la journée. La régularité des rencontres permet de maintenir des relations sociales après la retraite et de rompre avec l’isolement.
« On vient ici pour être ensemble », résume un autre habitué.

La pratique est visible dans plusieurs espaces verts de Pékin, notamment au Temple du Ciel, à Jingshan et dans des jardins de quartier. Les activités commencent généralement très tôt, avant que les rues et les transports de la capitale ne retrouvent leur animation habituelle.
À mesure que la matinée avance, les groupes commencent à se disperser. Vers 8 heures, certains rangent leurs affaires, d’autres saluent leurs partenaires d’exercice avant de prendre le chemin du retour.
Le calme revient progressivement dans les allées.
Des espaces publics au service du vieillissement actif
Cette présence quotidienne des seniors dans les parcs s’inscrit dans un contexte marqué par le vieillissement de la population chinoise. En 2025, plus de 323 millions de personnes en Chine étaient âgées de 60 ans ou plus, selon les données présentées dans le cadre de la mission.
Face à cette évolution démographique, les politiques publiques chinoises accordent une place croissante aux services destinés aux personnes âgées.
Des dispositifs de santé de proximité sont notamment développés dans les quartiers, avec des médecins de famille communautaires chargés du suivi des seniors. Des examens médicaux et certaines vaccinations sont également proposés gratuitement.
L’accompagnement porte aussi sur les besoins quotidiens. Des structures d’accueil permettent aux personnes âgées de passer une partie de la journée dans un environnement adapté, tandis que des cantines communautaires proposent des repas à proximité des lieux d’habitation.
Ces dispositifs cherchent notamment à rapprocher les services des personnes âgées et à maintenir leur participation à la vie sociale.
Mais, dans les parcs de Pékin, cette politique prend une dimension concrète et quotidienne. Avant même l’ouverture complète de la ville, les seniors occupent déjà les espaces publics, seuls ou en groupe.
Ils y viennent pour entretenir leur corps, mais aussi pour retrouver leurs amis, discuter et donner un rythme à leurs journées.
Lorsque le soleil monte au-dessus des arbres et que Pékin accélère son activité, les derniers groupes quittent progressivement les parcs.
Pour quelques heures encore, ces espaces verts auront été bien plus que des lieux de promenade, des lieux où une génération de retraités entretient à la fois son corps et ses liens sociaux.
(AIP)
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