jeudi, août 27

Abidjan, 26 août 2026 (AIP)- Au moins 47 personnes ont été tuées dont cinq enfants, et plus de 50 autres enlevées, après une attaque perpétrée dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août 2026 par des hommes armés dans la commune de Kenscoff, située près de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, a indiqué mardi le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH).

L’assaut visait notamment un camp de déplacés installé dans une église. Suite à cela, l’un des chefs de gang les plus puissants d’Haïti, Johnson André, a menacé le directeur de la Police nationale haïtienne, Vladimir Paraison, qu’il tuera les otages si les autorités abattent des membres de son groupe, alors qu’elles tentent de sécuriser cette municipalité paisible, nichée dans les collines surplombant la capitale.

Le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a annoncé l’envoi de renforts afin de rétablir la sécurité dans la zone.

« Il s’agit d’un test majeur sur le plan politique et sécuritaire, tant pour le gouvernement que pour la police et la mission internationale », a déclaré Romain Le Cour Grandmaison, directeur de l’Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti au sein de l’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale.

Il a ajouté que la menace d’exécuter les otages constituait un piège, car si les forces de l’ordre n’agissent pas, elles auront échoué à les protéger, tandis que si elles interviennent et que des otages meurent, les gangs en tiendront l’État pour responsable. M. Le Cour Grandmaison a ajouté que l’attaque de dimanche a pour but de contraindre la police haïtienne et la force de répression des gangs soutenue par l’ONU à disperser encore davantage leurs ressources déjà limitées.

Cette attaque, un des plus importants enlèvements collectifs survenus en Haïti ces dernières années, pourrait également n’être qu’une démonstration de force et un message adressé au gouvernement et à la police haïtiens, alors que le pays s’apprête à tenir, le 13 décembre, des élections législatives pour la première fois depuis plus d’une décennie.

La première attaque majeure contre Kenscoff a eu lieu en janvier 2025, et depuis lors, des attaques sporadiques ont eu lieu dans les montagnes entourant le centre-ville.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, en condamnant cette attaque, souligne que 22 des victimes auraient été exécutées dans l’enceinte d’une église où elles avaient cherché refuge. « Les attaques incessantes des gangs contre les municipalités et les pertes en vies humaines mettent en évidence les conditions de sécurité alarmantes qui règnent en Haïti », a-t-il déploré.

« Les gangs convoitent Kenscoff, car cela leur permet d’encercler et de contrôler la municipalité huppée de Pétion-Ville ainsi que les autres itinéraires reliant la capitale haïtienne à sa région sud. Entre janvier et août de cette année, les opérations de sécurité avaient réussi à réduire la violence à Kenscoff de 66 % avant l’attaque », a expliqué María Fernanda Arocha, chercheuse au sein de l’organisation à but non lucratif Données sur les évènements et les emplacements des conflits armés (ACLED).

Certains survivants ont accusé le gouvernement de ne pas avoir assuré une protection suffisante avant l’attaque, ce que la Police haïtienne a rejeté.

Des hommes armés contrôlent environ 70 % de Port-au-Prince ainsi que de vastes étendues de territoire dans la région centrale d’Haïti et au-delà. La violence des gangs a provoqué le déplacement d’au moins 1,5 million de personnes à travers Haïti, où plus de 3050 personnes auraient été tuées entre janvier et juin, et 1400 autres blessées, selon les statistiques de l’ONU publiées mardi.

L’ONU a noté que près de 800 viols ont été signalés d’avril à juin, 87 % de ces cas étant des viols collectifs. Au moins 81 personnes auraient également été enlevées au cours de cette période, selon un nouveau rapport de l’ONU.

(AIP)

tls/cmas

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