dimanche, septembre 20

Abidjan, 19 sept 2026 (AIP)- Chaque année, la Journée des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud met en lumière le rôle essentiel de la solidarité entre pays en développement dans l’accélération du progrès économique et social. En 2026, cette célébration s’inscrit sous le thème : « Solidarité croissante : Alliance mondiale pour un développement inclusif et innovant ».

Elle intervient au lendemain du lancement de l’Alliance mondiale pour la coopération Sud-Sud et triangulaire, une plateforme conçue pour mettre en relation les pays à la recherche de solutions avec des partenaires capables de leur apporter connaissances, expertise et soutien technique.

Une prise de conscience : les solutions du Sud existent déjà

Cette initiative reflète une conviction grandissante : de nombreuses solutions de développement existent déjà dans les pays du Sud. En Afrique, les États acquièrent des expériences précieuses en matière de sécurité alimentaire, de nutrition, d’alimentation scolaire, de protection sociale et de renforcement de la résilience.

Pourtant, ces expériences restent souvent confinées à leur contexte national. Elles ne bénéficient pas toujours aux pays qui pourraient utilement s’en inspirer. C’est ce fossé que le Centre d’Excellence Régional contre la Faim et la Malnutrition (CERFAM) contribue à combler, en identifiant, documentant et promouvant les pratiques prometteuses, en facilitant l’apprentissage entre pairs et en aidant les pays à adapter les expériences pertinentes à leur propre contexte.

Des chiffres qui appellent à une action collective

Selon le rapport « L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2026 », près de 309 millions de personnes étaient confrontées à la faim en Afrique en 2025. Plus de la moitié de la population du continent, soit 56,6 %, vivait une situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave.

Si la prévalence du retard de croissance chez les enfants a progressivement diminué, passant de 34 % en 2012 à 30 % en 2024, les progrès demeurent inégaux selon les pays et les régions. Dans le même temps, l’anémie chez les femmes en âge de procréer continue de progresser, atteignant 35,9 % en 2023.

Ces défis nutritionnels s’inscrivent dans un contexte marqué par des pressions environnementales, économiques et sociales croissantes. Changement climatique, tensions économiques, perturbations des marchés et hausse des prix alimentaires fragilisent les systèmes alimentaires africains.

Malgré ces contraintes, gouvernements, institutions techniques, organisations locales et communautés continuent d’expérimenter et de mettre en œuvre des solutions innovantes. Le principal défi n’est donc plus tant de trouver de nouvelles réponses que de faire en sorte que les connaissances produites dans un contexte donné puissent être mobilisées, adaptées et mises à profit ailleurs.

Zambie : l’innovation au service de la nutrition scolaire

La Zambie s’est distinguée par l’introduction de systèmes hydroponiques innovants visant à améliorer la qualité nutritionnelle des repas scolaires. Déployées dans plusieurs dizaines d’établissements, ces technologies permettent de produire des légumes frais dans des environnements à ressources limitées.

Elles contribuent ainsi à diversifier les menus scolaires et à améliorer l’accès à des aliments nutritifs pour des milliers d’enfants. En 2022, une visite d’étude facilitée par le CERFAM a permis à des représentants du gouvernement libyen de découvrir directement le modèle zambien et d’examiner les possibilités de son adaptation dans leur propre pays.

Cette expérience démontre comment des solutions pragmatiques, conçues pour répondre à des réalités locales, peuvent devenir une source d’inspiration pour d’autres pays confrontés à des défis comparables.

Côte d’Ivoire : un catalyseur régional d’échanges

Au fil des années, la Côte d’Ivoire s’est affirmée comme un véritable pôle régional d’apprentissage et de coopération technique dans les domaines de la sécurité alimentaire et de la nutrition.

À travers son Centre d’excellence, le CERFAM, et en collaboration avec des institutions nationales, le pays a accueilli de nombreuses visites d’étude, missions techniques et initiatives d’apprentissage entre pairs réunissant des gouvernements et des experts issus de différents pays africains.

En 2022, une délégation gambienne s’est rendue en Côte d’Ivoire afin d’examiner les expériences nationales en matière d’alimentation scolaire basée sur la production locale ainsi que les initiatives de soutien aux petits exploitants agricoles. Le pays a également apporté son expertise dans le cadre de missions de coopération technique menées avec d’autres États africains.

L’expérience ivoirienne illustre le rôle central que peuvent jouer les compétences nationales et les institutions publiques lorsqu’elles sont mobilisées au service du partage des connaissances et du renforcement des capacités régionales.

Bénin : faire de l’alimentation scolaire un levier d’apprentissage régional

Le Bénin a développé l’un des modèles d’alimentation scolaire les plus reconnus du continent. Fondé sur l’articulation entre les cantines scolaires, la production agricole locale et l’implication des communautés, ce programme favorise à la fois l’amélioration de la nutrition des enfants et le développement économique des zones rurales.

En privilégiant les achats auprès des petits producteurs et la valorisation des denrées locales, cette approche a démontré sa capacité à générer des bénéfices sociaux et économiques. En 2021, dans le cadre d’une initiative facilitée par le CERFAM, une délégation de haut niveau du Burundi, conduite par la Première Dame et accompagnée de ministres en charge de l’éducation, de l’agriculture et de la santé, s’est rendue au Bénin afin de s’inspirer du Programme national intégré d’alimentation scolaire.

L’intérêt de cette expérience réside non seulement dans la qualité du modèle mis en œuvre, mais également dans sa capacité à alimenter la coopération régionale.

Trois priorités pour renforcer la solidarité par le savoir

Premièrement, recenser et valider les bonnes pratiques, puis veiller à leur diffusion par le biais de plateformes régionales de partage des connaissances. De nombreuses expériences demeurent insuffisamment documentées. Or, une pratique ne devient une référence collective que lorsqu’elle repose sur des résultats démontrés et qu’elle est décrite avec rigueur.

Deuxièmement, renforcer les mécanismes de partage des connaissances en tirant parti des outils numériques, des communautés de pratique et des partenariats institutionnels. Les plateformes régionales, les Centres d’excellence et les réseaux d’experts jouent un rôle déterminant dans la diffusion des enseignements.

Troisièmement, développer les échanges Sud-Sud et triangulaires par le biais de missions techniques, de visites d’étude et d’ateliers régionaux. Ces mécanismes permettent aux décideurs et aux praticiens d’observer directement la mise en œuvre des politiques et d’analyser collectivement les défis rencontrés.

Le CERFAM, au cœur de la transformation des expériences africaines

La coopération Sud-Sud et triangulaire constitue le fondement même du mandat du CERFAM. La spécificité du Centre réside dans sa capacité à accompagner l’ensemble du cycle de valorisation des connaissances, depuis l’identification des pratiques prometteuses jusqu’à leur diffusion et leur adaptation dans d’autres pays.

Le CERFAM collabore avec les gouvernements, les partenaires de développement et les institutions techniques pour identifier des expériences à fort potentiel, documenter les enseignements qu’elles génèrent, faciliter leur validation et leur examen par les pairs, puis rendre ces connaissances accessibles.

Le Centre joue également un rôle de mise en relation entre les pays en quête de solutions et ceux disposant d’une expertise pertinente. À travers les visites d’étude, les missions techniques, les consultations régionales et les communautés de pratique, il crée des espaces favorisant l’apprentissage direct et le dialogue entre professionnels, experts et décideurs.

Au-delà du partage des connaissances, le CERFAM accompagne les pays dans l’adaptation des expériences aux réalités locales. Parmi les exemples récents, on peut citer les missions de coopération technique menées en République du Congo, auxquelles ont participé des experts de Côte d’Ivoire et du Bénin sur la transformation du manioc et de la banane, ainsi que les initiatives régionales en matière d’enrichissement des aliments.

Cette vision est reflétée dans le Plan stratégique 2026-2028 du CERFAM, qui place la gestion des connaissances, les partenariats stratégiques et la coopération Sud-Sud au cœur de son action. À l’horizon 2028, l’institution ambitionne d’élargir considérablement l’identification et la documentation des bonnes pratiques à travers l’Afrique.

À l’occasion de cette Journée des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud, l’un des plus grands atouts de l’Afrique apparaît clairement : la richesse croissante de son capital d’expériences, d’innovations et de savoir-faire.

Transformer ces expériences en solutions partagées exige toutefois davantage qu’un simple effort de documentation. Cela suppose des plateformes de confiance, des mécanismes d’apprentissage entre pairs et une coopération durable fondée sur l’échange et le respect mutuel.

En identifiant les initiatives prometteuses, en les documentant, en facilitant les échanges et en accompagnant leur adaptation, le CERFAM contribue à faire en sorte qu’une réussite obtenue dans un pays puisse devenir une source d’inspiration et de progrès pour d’autres. Telle est l’essence même de la coopération Sud-Sud : faire de l’expérience collective un moteur de transformation, de solidarité et de développement durable au service de l’Afrique.

(AIP)
gak/zaar

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