dimanche, septembre 13

Guitry, 09 nov 2025 (AIP) – Le village de Taboué, dans le département de Guitry, vit depuis plusieurs mois au rythme d’une profonde crise de succession à la chefferie, née après le décès du chef Akadjé Joachim Laubouet, mettant en lumière les fragilités de la gouvernance coutumière et la difficulté à concilier tradition, légitimité et autorité administrative.

Depuis la disparition du chef Laubouet, la succession divise les habitants. D’un côté, les anciens détenteurs du pouvoir coutumier, regroupés autour de Jean Bosgo Aka, refusent de reconnaître les prétentions d’un nouveau groupe qui revendique la chefferie au nom du droit de lignage. De l’autre, plusieurs familles, notamment les lignées Tapko, Takposalia et Lelepka, revendiquent chacune leur légitimité historique sur le trône villageois.

Cette impasse a plongé Taboué dans une atmosphère de méfiance et de tension. Les décisions communautaires sont paralysées, les activités de développement suspendues, et les rassemblements publics se font désormais sous haute vigilance. « Depuis le décès du chef, notre village vit dans la peur et la division. Nous sommes épuisées », confie la présidente des femmes de Taboué, appelant les autorités à aider à restaurer la paix et à trancher équitablement.

Face à la persistance du différend, plusieurs délégations villageoises se sont rendues auprès du sous-préfet de Yocoboué pour solliciter une médiation. L’autorité administrative, tout en reconnaissant la complexité du dossier, a proposé l’organisation d’une concertation préalable entre les parties afin de dégager un consensus ou, à défaut, de procéder à une élection coutumière supervisée.
Cependant, selon Ouré Pascal, planteur du village, malgré les démarches entreprises, aucune solution claire n’a encore émergé. « Nous avons besoin que la justice et l’administration s’impliquent davantage pour éviter que la situation ne dégénère », propose-t-il.

Au-delà du cas de Taboué, cette crise relance un débat récurrent en Côte d’Ivoire, notamment celui de la place et du rôle des chefferies traditionnelles dans la gouvernance locale. Si ces institutions coutumières demeurent des piliers de cohésion et de médiation sociale, elles sont aussi confrontées à des défis modernes tels que l’absence de cadre juridique clair pour les successions, les ingérences politiques et les rivalités familiales exacerbées par les enjeux économiques ou fonciers.

Pour plusieurs observateurs, il est urgent de repenser la coordination entre autorités administratives et chefferies afin de prévenir ces crises répétitives. Car, comme l’a rappelé un notable du village, « un village sans chef, c’est un peuple sans boussole ».

À Taboué, les habitants espèrent qu’une issue pacifique sera trouvée dans les prochains jours. Leur vœu est simple : retrouver la stabilité, la confiance et la paix nécessaires au développement de leur communauté.

(AIP)
cd/sbi/kp

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