Abidjan, 23 sept 2026 (AIP) – Une calculatrice dans une main, une liste de fournitures dans l’autre, les parents d’élèves arpentent les rayons des librairies et des magasins en ce début de la rentrée scolaire 2026-2027. À première vue, les achats paraissent ordinaires : cahiers, livres, sacs, chaussures, uniformes et autres accessoires scolaires. Mais lorsque les dépenses sont additionnées aux frais d’inscription et de scolarité, au transport, à la cantine et, pour certaines familles, aux cours de renforcement, la facture change rapidement d’échelle.
Derrière l’effervescence des achats de rentrée se dessine ainsi une autre réalité : celle d’un budget scolaire qui ne se limite pas à quelques dépenses effectuées en septembre, mais qui s’étale sur plusieurs mois et pèse différemment selon le nombre d’enfants, leur niveau d’études et le type d’établissement fréquenté.
Dans les rayons, la calculatrice devient indispensable
Jeudi 17 septembre 2026, à la Librairie de France, au Plateau. Les rayons consacrés aux fournitures scolaires attirent parents et élèves. Les listes scolaires sont comparées aux articles exposés. Certains parents prennent le temps de vérifier les prix, d’autres reposent un article pour en choisir un moins coûteux.
Au milieu de cette agitation, Richard Kouamé, père de quatre enfants scolarisés dans le primaire et le secondaire, consulte attentivement sa liste. Il a déjà commencé à compter.
« J’ai quatre enfants à charge cette année. J’ai une fille au primaire et trois au collège. Je viens de dépenser 200.000 FCFA pour certains cahiers, documents et livres. Ce n’est pas encore fini, car il reste des livres à acheter. La semaine dernière, j’ai également déboursé 70.000 FCFA pour les uniformes et les vêtements scolaires », explique-t-il. La rentrée n’est donc pas encore complètement bouclée que plusieurs centaines de milliers de francs ont déjà quitté le portefeuille familial. À ces dépenses s’ajoutent les frais d’inscription. Pour ses trois enfants du secondaire affectés dans des établissements privés, Richard Kouamé affirme avoir payé près 180.000 FCFA pour les frais d’inscription.
« Dans le public, où l’on paie moins de 10.000 FCFA pour les frais d’inscription, je suis obligé de payer plus de 70.000 FCFA par enfant dans certains établissements privés. Pourtant, mon enfant est affecté au même titre que les autres qui sont dans le public. Je demande à l’État de se pencher sur cette question, car nous souffrons », plaide-t-il. Pour sa fille inscrite dans une école primaire publique à Marcory, les dépenses restent cependant plus contenues. Elles concernent principalement les fournitures, l’uniforme, les chaussures et la nourriture.

Des prix qui obligent à comparer
Dans les rayons, tous les cahiers ne se ressemblent pas, même lorsqu’ils présentent un format identique. La marque, la qualité du papier et les caractéristiques du produit font varier les prix.
À la Librairie de France, des cahiers de même format sont proposés à différents tarifs. Certains sont vendus à 600 FCFA, tandis que d’autres atteignent 1.300 FCFA, voire 1.900 FCFA ou plus.
Pour un parent venu avec une liste comprenant plusieurs cahiers, quelques centaines de francs de différence sur chaque article peuvent rapidement se transformer en plusieurs milliers de francs sur l’ensemble des achats. Cette différence de prix n’est d’ailleurs pas toujours immédiatement perceptible pour les clients. Devant les caisses, certains parents reviennent sur leurs achats après avoir découvert le montant total de leur panier. Une vérification des articles et des prix leur permet parfois de constater qu’un produit choisi existe sous plusieurs marques et à des tarifs différents.
Alice Kouamé dit, elle aussi, avoir constaté une hausse de ses dépenses. « En 2026, j’ai déboursé près de 300.000 FCFA pour les livres et les inscriptions, contre environ 250.000 FCFA en 2025 », indique-t-elle. Sans constituer à elle seule une mesure générale de l’évolution des prix, cette comparaison illustre le sentiment de certains parents confrontés chaque année à une facture qu’ils jugent de plus en plus difficile à absorber.
Quand plusieurs enfants sont à charge
Pour Odette Zézé, veuve et mère de trois élèves inscrits dans des établissements privés à Cocody Angré, la rentrée scolaire est devenue un exercice redouté. Entre fournitures, uniformes, scolarité et transport, les dépenses s’accumulent avant même le début effectif des cours. « Je ne fais jamais de calcul pour la rentrée depuis que j’ai perdu mon mari, sinon je vais piquer une crise. Je dépense seulement. Il y a les fournitures, les tenues, la scolarité et l’abonnement aux cars de transport. Je me confie à Dieu pour la réussite des enfants, c’est tout », témoigne-t-elle.
Son témoignage met en évidence une difficulté particulière pour les familles nombreuses : les dépenses ne se multiplient pas uniquement en fonction du nombre d’enfants. Elles varient également selon leur niveau d’études et leur établissement. Un enfant au primaire public n’a pas nécessairement les mêmes besoins qu’un élève du collège privé. Les fournitures, les manuels, le transport et les frais de scolarité peuvent ainsi faire varier considérablement le montant final.
Du primaire public au collège privé, des factures très différentes. Les témoignages recueillis auprès de plusieurs parents permettent de mesurer ces écarts. Pour un enfant inscrit au primaire public, Silué Namankouo Jacques évalue son budget à environ 50.000 FCFA. Cette estimation comprend certaines fournitures, la tenue, les chaussures, le transport, la cantine et d’autres dépenses liées à la scolarité.
Au collège public, Gérard Konan estime, pour sa part, ses dépenses à environ 100.000 FCFA, en prenant en compte les frais d’inscription, les fournitures, la tenue, les chaussures, le transport, la cantine et diverses charges. Dans le primaire privé, Sylla Mariam fait état d’une facture plus importante. Elle évalue à 200.000 FCFA les frais d’inscription et de scolarité, auxquels s’ajoutent 25.000 FCFA de fournitures et 200.000 FCFA pour le transport, la cantine et d’autres dépenses.
Au collège privé, le budget annuel reconstitué dépasse, dans plusieurs établissements, 500.000 FCFA selon les situations évoquées par les parents. Ces écarts montrent que le coût de la scolarité ne peut être appréhendé uniquement à travers le prix d’un cahier ou le montant de l’inscription. C’est l’ensemble des dépenses qui détermine finalement l’effort financier consenti par le ménage.
Le transport, une dépense qui revient chaque mois
Une fois la rentrée passée, les parents doivent continuer à financer la scolarité. À Port-Bouët Vridi Cité, Sadia Noël consacre 30.000 FCFA par mois au transport scolaire de son enfant. Une charge récurrente qui vient s’ajouter aux dépenses engagées avant la rentrée. Pour certaines familles, le transport constitue un poste difficile à supprimer, notamment lorsque l’enfant fréquente un établissement éloigné du domicile. À cela s’ajoutent la cantine et, pour certains élèves, les cours de renforcement. Ces dépenses, prises séparément, peuvent sembler limitées. Mais leur répétition pendant plusieurs mois transforme progressivement le budget scolaire en une charge importante pour le ménage.
Une rentrée qui se paie toute l’année
Le véritable coût de l’école apparaît donc moins au moment où le parent franchit la porte d’une librairie qu’au fil des mois. Le premier panier comprend les cahiers, les livres, les sacs, les chaussures et les uniformes. Viennent ensuite les frais d’inscription et de scolarité. Puis s’installent les dépenses récurrentes : transport, cantine, cours de renforcement et autres besoins liés à la vie scolaire. Pour une famille ayant plusieurs enfants, chaque niveau ajoute sa propre facture.
À Marcory, plusieurs parents rencontrés indiquent avoir consacré entre 100.000 et 700.000 FCFA à la préparation de la rentrée d’un seul enfant, selon le niveau et le type d’établissement. Ces montants ne constituent toutefois qu’une partie du coût annuel lorsque les dépenses mensuelles sont prises en compte. La rentrée scolaire apparaît ainsi moins comme une dépense ponctuelle que comme le premier versement d’un budget qui se poursuit jusqu’à la fin de l’année académique. Dans les familles nombreuses, chaque achat devient alors un choix. Une marque plutôt qu’une autre, un article moins cher, un achat reporté ou une dépense réorganisée : derrière les listes de fournitures se jouent parfois de petits arbitrages destinés à maintenir les enfants sur le chemin de l’école.
Au-delà de la rentrée, le poids d’une année scolaire
L’école a donc un coût qui dépasse largement le prix affiché sur la liste de fournitures. Le véritable budget scolaire est la somme des dépenses visibles et récurrentes : inscription, scolarité, fournitures, uniformes, chaussures, manuels, transport, cantine et cours de renforcement.
Plus le nombre d’enfants augmente, plus cette addition pèse sur les ressources du ménage. En cette période de la rentrée 2026-2027, les parents continuent ainsi de faire leurs comptes. Dans les librairies comme dans les marchés, la calculatrice reste un outil aussi indispensable que la liste scolaire. Car, pour de nombreuses familles, préparer la rentrée ne consiste plus seulement à acheter ce qui est nécessaire pour le premier jour de classe. Il s’agit désormais d’anticiper le coût de toute une année scolaire.
(AIP)
bsp/cmas