Abidjan, lundi 21 sept 2026 (AIP) – Derrière les cartables neufs et l’enthousiasme de la rentrée des classes, les enfants vulnérables et en situation de handicap abordent la nouvelle année scolaire avec une préoccupation cruciale : trouver leur place. Entre l’urgence de structures adaptées et le besoin vital d’un regard bienveillant, retour sur ces établissements d’Abidjan où l’inclusion scolaire se bâtit au quotidien, à force de courage et d’adaptation.
Du préscolaire du CAFOP d’Anyama-Ahouabo aux salles de classe de l’ONG REMAR, les initiatives locales se multiplient pour briser les barrières de la différence. Sensibilisation des élèves, aménagements de rampes d’accès ou recherche autonome de méthodes pédagogiques palliatives : les enseignants redoublent d’efforts malgré le manque de moyens didactiques.
Un combat quotidien résumé par le témoignage poignant de mères et d’éducateurs déterminés à faire en sorte que chaque enfant, quelle que soit sa vulnérabilité, puisse apprendre, jouer et grandir sans honte ni isolement.
Apprendre sans honte : le combat d’une fillette et de sa mère pour l’intégration
Une réalité que connaît bien une fillette de bientôt neuf ans, dont le parcours témoigne des difficultés qui peuvent accompagner un enfant en situation de handicap jusque dans la cour de l’école.
Son handicap est apparu alors qu’elle n’avait que six mois. L’une de ses jambes étant plus courte que l’autre, elle doit porter un appareil ainsi qu’une chaussure adaptée pour faciliter ses déplacements.
Mais si cet équipement l’aide à marcher, il ne suffit pas toujours à lui rendre le quotidien scolaire plus facile.
Le regard des autres enfants peut également devenir une source de souffrance. Lorsqu’elle se sent observée avec insistance par ses camarades, la fillette peut se mettre à pleurer.
Pour sa maman, Mlle Adouko Cha Marie Stéphania, il faut alors l’aider à comprendre sa différence, mais aussi à ne pas en avoir honte.
À chaque changement d’établissement, la maman prend le temps d’expliquer la situation aux enseignants et aux élèves afin de faciliter l’intégration de sa fille et d’éviter que le handicap ne devienne un motif d’isolement.
« On la présente dans toutes les classes pour dire que c’est votre camarade, mais elle a un souci […] donc on joue avec elle, elle fait doucement », témoigne Mlle Adouko Cha Marie Stéphania.
Derrière cette démarche, un souhait simple : que sa fille puisse être considérée comme une élève parmi les autres, avec la possibilité d’apprendre, de jouer et de participer pleinement à la vie de l’école.
Au-delà des murs : Quand l’inclusion repose sur l’engagement des enseignants

« Quand un parent vient, je demande tout ce qu’il faut au niveau de l’enfant […] de telle sorte qu’on sache à quel enfant on a affaire et, si on peut au sein de notre établissement aider, on le fait », explique Mme Bini Viviane Pélagie, directrice du préscolaire et tenante de la grande section à l’École d’application du CAFOP d’Abidjan, à Anyama-Ahouabo,
Dans l’établissement, quelques aménagements permettent également de faciliter les déplacements de certains élèves. Un accès permet notamment à un enfant en fauteuil roulant de rejoindre sa classe.
Mais l’inclusion ne se joue pas uniquement dans l’aménagement des bâtiments. Elle se construit aussi dans la cour, dans les salles de classe et dans le regard porté par les autres enfants.
Mme Bini Viviane Pélagie explique que des discussions, des lectures et des histoires permettent d’aborder avec les enfants la question du handicap et de leur apprendre à considérer leurs camarades au-delà de leur différence.
« Parce que ce n’est pas parce qu’il a quelque chose en moins que c’est un enfant qui n’a pas sa place ici. Il a sa place aussi parce que lui aussi c’est un être humain », insiste-t-elle.
Mais intégrer un enfant ayant des besoins particuliers demande aussi davantage d’attention de la part des enseignants.
Dans une classe où une seule enseignante doit déjà accompagner plusieurs élèves, consacrer du temps supplémentaire à un enfant en situation de handicap peut représenter une difficulté.
« Nous avons plusieurs enfants, mais spécialement il faut s’occuper d’eux », souligne Mme Bini Viviane Pélagie.
L’accompagnement suppose alors de mieux observer l’enfant, de comprendre ses besoins et, lorsque cela est possible, d’adapter les méthodes utilisées en classe.
À cette difficulté s’ajoute le manque de matériel pédagogique adapté. Pour y faire face, Mme Bini Viviane Pélagie explique rechercher elle-même des informations et ajuster ses méthodes en fonction des enfants accueillis.
Dans cet établissement, l’inclusion repose ainsi en partie sur les capacités d’adaptation de l’équipe éducative et sur le dialogue avec les familles.
Au-delà du handicap : Quand l’ONG REMAR prend le relais de la vulnérabilité sociale
Mais à quelques kilomètres de là, une autre réalité rappelle que la vulnérabilité scolaire ne concerne pas uniquement le handicap.
Au complexe scolaire REMAR, la rentrée a également commencé. Dans cet établissement, qui peut accueillir environ 300 élèves, deux catégories d’enfants se côtoient : ceux qui viennent à l’école dans le cadre habituel de leur scolarité et ceux qui sont directement pris en charge par l’ONG REMAR.
Ici, l’école fait partie d’un dispositif plus large. « Il y a des enfants de REMAR qui sont là. Comme l’école appartient à la structure ONG REMAR, c’est l’ONG qui s’occupe d’eux », explique Kacou Kofi Bertin, directeur des études du complexe scolaire REMAR.
Au moment du reportage, les inscriptions viennent à peine de commencer. Il est donc encore difficile d’établir le nombre exact d’enfants directement pris en charge par l’organisation. « On vient de commencer, on ne peut pas avoir totalement le nombre des enfants qui sont à la charge », précise le directeur des études.
Pour ces enfants, la scolarité s’inscrit ainsi dans une prise en charge qui dépasse le cadre de la salle de classe. L’ONG doit également mobiliser les ressources nécessaires au fonctionnement de l’établissement et à la prise en charge des enfants concernés.
Selon le directeur des études, cette mobilisation permet notamment de couvrir les dépenses liées au fonctionnement de l’école. « Même pour payer nos salaires, ils pourvoient encore. L’ONG trouve les ressources nécessaires pour y faire face », affirme-t-il.
Si la prise en charge existe, les besoins matériels ne disparaissent pas pour autant. Dans les salles de classe, le matériel pédagogique disponible ne permet pas de répondre à tous les besoins de l’établissement.
« Au niveau du matériel, nous n’avons pas totalement tout ce dont nous avons besoin. Mais ce qui est là peut nous permettre de fonctionner », reconnaît Kacou Kofi Bertin.
En cette journée de rentrée, les équipes éducatives reprennent donc leurs activités avec les moyens disponibles, tandis que les élèves prennent progressivement leurs marques.
D’un établissement à l’autre, les situations diffèrent. À Anyama-Ahouabo, l’enjeu est notamment de permettre aux enfants en situation de handicap de prendre part à la vie scolaire sans être mis à l’écart. À REMAR, il s’agit aussi d’assurer la continuité scolaire d’enfants pris en charge par une organisation qui doit mobiliser les ressources nécessaires à leur accompagnement.
Bien plus qu’un cartable : Trouver sa place dans l’école de demain
Pour certains élèves, cette rentrée commence avec un cartable neuf, des cahiers et l’impatience de retrouver les camarades.
Pour d’autres, elle commence par des préoccupations supplémentaires : un équipement médical à prévoir, un accompagnement particulier à organiser, des enseignants à informer ou encore un regard à apprivoiser.
Le défi est alors de faire de l’école un espace où la différence ne devient pas un obstacle à la scolarisation.
Car derrière chaque inscription, il y a un enfant qui doit pouvoir apprendre, jouer, se faire des amis et grandir avec les autres.
À l’École d’application du CAFOP d’Abidjan, à Anyama-Ahouabo, comme au complexe scolaire REMAR, cette rentrée montre ainsi que pour les enfants les plus vulnérables, le chemin de l’école ne commence pas toujours avec la première sonnerie.
Il commence parfois bien avant, avec une famille qui cherche des solutions, un enseignant qui adapte sa manière de faire, une structure qui mobilise des ressources et une communauté scolaire qui apprend à regarder autrement.
Pour ces enfants, avoir une place à l’école, c’est finalement bien plus que pouvoir s’asseoir dans une salle de classe. C’est pouvoir y apprendre, y évoluer avec les autres et envisager, comme tous les élèves, la suite de son parcours.
Reportage réalisé par Andréa Beugré et Soro Élodie
(AIP)
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