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Abidjan, 08 oct 2026 (AIP) — De Man à San Pedro, en passant par Bondoukou, la décentralisation de l’enseignement supérieur ivoirien prend progressivement forme autour d’un même objectif : rapprocher l’université des populations et adapter les formations aux réalités économiques et sociales des différentes régions.

Créées dans le cadre de la politique de décentralisation universitaire, les universités de Man, San Pedro et Bondoukou affirment chacune une identité académique forte. Sciences de l’ingénieur, mines et technologies industrielles à Man, métiers de la mer, agriculture, agro-industrie et logistique à San Pedro; architecture, sciences sociales, santé, langues et développement durable à Bondoukou : ces jeunes universités misent sur la spécialisation, l’innovation et l’insertion professionnelle.

Au-delà des filières, une même ambition se dessine : faire de la performance académique, du mérite et de l’adéquation formation-emploi des leviers de construction d’une nouvelle génération de compétences.

Man : l’ingénierie et l’industrie comme marqueurs d’excellence

Créée par le décret n°2015-776 du 9 décembre 2015, dans le cadre du Programme de décentralisation des universités (PDU), l’Université polytechnique de Man s’est développée autour de filières scientifiques et industrielles en phase avec les besoins des secteurs productifs.

Son offre couvre les sciences de la Terre et de l’atmosphère, les mines et l’énergie, la métallurgie, la mécanique, la maintenance industrielle et les sciences des matériaux.

Une orientation assumée par son président, Pr Coulibaly Lacina: « Née de la volonté de répondre aux besoins croissants d’une population universitaire en forte croissance et de diversifier les filières en tenant compte des métiers d’avenir, l’Université de Man a été créée par le décret n°2015-776 », rappelle-t-il.

Le Professeur Coulibaly Lacina, président de l’université de Man

L’établissement revendique une approche fondée sur l’exigence et la proximité. « Accompagnés par des professeurs extrêmement pointilleux et un personnel administratif bienveillant, à dimension familiale, nos étudiants évoluent dans un cadre stimulant et acquièrent une excellence indiscutable, comme en témoignent nos bilans de réussite », souligne le président.

Une excellence qui se traduirait dans l’insertion : selon les chiffres communiqués par l’université, 80% des ingénieurs diplômés en 2024-2025 auraient trouvé un emploi dans les six mois.

Pour l’année académique 2025-2026, l’université compte 1 390 inscrits, portant à 4 151 le nombre d’étudiants accueillis depuis 2017. L’encadrement est assuré par 199 enseignants, soit un ratio d’un enseignant pour sept étudiants.

Les résultats affichés sont de 52,71% d’admis en Licence 1, 85,67% en Licence 2, 60% en Licence 3, 99% en Master 2 et 100% en classes préparatoires. Vingt-huit étudiants issus des classes préparatoires ont intégré d’autres grandes écoles en Côte d’Ivoire et en France.

Les Journées de l’Excellence, vitrine du mérite

La promotion du mérite est l’autre pilier. Pr Coulibaly a initié les Journées de l’Excellence et du Mérite pour distinguer les meilleurs étudiants et chercheurs. « Notre objectif est de promouvoir la performance en suscitant une compétitivité saine et transparente », explique-t-il.

La 10e édition, tenue du 24 au 26 septembre 2026 autour du thème, « Innovation technologique et ancrage industriel : bâtisseuse des talents de demain », a célébré 287 diplômés, portant le total à 2 121 depuis la création. Sur les 36 ingénieurs diplômés cette année, 23 seraient déjà en entreprise.

Deux parcours ont marqué cette édition : Augou Prince Othniel, Super Prix Téné Birahima Ouattara avec 16,38/20 en Master, et Silué Maïmouna Désirée, meilleure jeune fille scientifique avec 16,19/20.

Haut patron de la cérémonie, le vice-Premier ministre, ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, représenté par le député de Man-commune Mamadou Momo Bamba, a offert ordinateurs et récompenses financières. « Vous êtes la preuve vivante que le mérite paie. Vous êtes les modèles de l’Ivoirien Nouveau : travailleur, discipliné, compétent et patriote », a-t-il transmis aux lauréats.

Pour le président Coulibaly, ces résultats marquent « le premier palier de la maturité ». Le gouvernement a annoncé à cette occasion un projet de doublement des capacités de l’université.

La cérémonie a pris une dimension sous-régionale avec la participation de Nimba University du Liberia, à laquelle deux bourses d’études ont été offertes dans le cadre de la coopération au sein de l’Union du fleuve Mano.

L’ambition reste intacte : « Nous travaillons avec abnégation pour rendre effective la formation continue et atteindre, à terme, notre objectif : former les 20 000 élites de demain pour lesquelles notre université a été dotée », conclut Pr Coulibaly.

À San Pedro, une université tournée vers la mer, l’agriculture et l’entreprise

Ouverte en octobre 2021, l’Université polytechnique de San Pedro a été conçue comme une université thématique et polytechnique, avec des formations directement inspirées des caractéristiques économiques de sa région d’implantation.

Ville portuaire et industrielle, San Pedro se trouve au cœur d’un environnement marqué par les activités agricoles, halieutiques, logistiques, industrielles et touristiques. L’université a ainsi développé une offre de formation en lien étroit avec ces secteurs.

L’établissement propose aujourd’hui des formations au sein de quatre unités de formation et de recherche (UFR) : Sciences de la mer ; Agriculture, ressources halieutiques et agro-industrie ; Logistique, tourisme et hôtellerie-restauration ; et Sciences de la santé.

Il accueille également une classe préparatoire aux grandes écoles dans les filières mathématiques, physique et sciences de l’ingénieur. Celle-ci ouvre notamment l’accès à deux écoles d’ingénieurs spécialisées dans le bâtiment et les travaux publics et dans la construction navale. L’université dispose par ailleurs d’un Centre de recherche océanographique.

Cette orientation vise à favoriser une meilleure adéquation entre les compétences acquises à l’université et les besoins des entreprises et des secteurs productifs de la région.

Les premières promotions consacrent la montée en puissance de l’université

La deuxième édition de la cérémonie de collation des grades, organisée le 3 octobre, a constitué une étape majeure dans la jeune histoire de l’Université polytechnique de San Pedro.

Placée sous la présidence de l’inspecteur général d’État, Ahoua N’Doli Théophile, la cérémonie a permis de célébrer les premières promotions de diplômés de master et d’ingénieurs de l’établissement.

Pr Méké Méité, président de l’Université de San Pedro

Au total, 157 premiers titulaires de master issus des UFR Agriculture, ressources halieutiques et agro-industrie, Sciences de la mer, ainsi que Logistique, tourisme et hôtellerie-restauration ont été distingués. À ceux-ci s’ajoutent les 14 premiers ingénieurs diplômés en bâtiment et travaux publics et en construction navale.

Leurs cadets, au nombre de 598, titulaires d’une licence dans les différentes UFR, ont également été honorés.

La cérémonie a également mis en lumière la progression du corps enseignant. Quatre-vingt-un enseignants-chercheurs promus aux grades supérieurs du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES) entre 2022 et 2026 ont reçu les toges symbolisant leur admission à leurs nouveaux grades. Parmi eux figurent un professeur titulaire, deux maîtres de conférences et 78 maîtres-assistants.

Les majors des différentes promotions de licence, de master et d’ingénieur ont, pour leur part, reçu une attestation, un trophée et un ordinateur.

Ces distinctions traduisent concrètement la volonté de rapprocher la formation universitaire du monde professionnel. Les récipiendaires ont été invités à mettre leurs compétences au service du développement de la Côte d’Ivoire et à devenir des ambassadeurs de leur université.

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Pr Adama Diawara, a salué les progrès accomplis par l’établissement et rappelé l’importance de la création de nouvelles universités à l’intérieur du pays dans le cadre de la politique de décentralisation de l’enseignement supérieur.

Selon lui, l’Université polytechnique de San Pedro doit contribuer à renforcer l’insertion professionnelle grâce à des formations adaptées aux besoins du marché de l’emploi.

Le président de l’Université polytechnique de San Pedro, Pr Méké Méité, a, de son côté, souligné le chemin parcouru depuis le démarrage des activités académiques, le 19 octobre 2021, avec 384 étudiants.

En 2025-2026, l’établissement comptait 2 484 étudiants. Dans le même temps, le nombre d’enseignants-chercheurs est passé de 58 à 175, illustrant la montée en puissance progressive de cette jeune université.

L’excellence et l’insertion professionnelle au cœur du modèle

Les performances enregistrées par les classes préparatoires illustrent également cette volonté d’excellence. Sur 23 élèves, 20 ont été admis à des concours nationaux ou internationaux, soit un taux de réussite annoncé de 86,96 %. Ces admissions concernent notamment l’INP-HB, l’ESTP de Paris, l’École Centrale de Casablanca et l’ENSEA, ainsi que plusieurs écoles d’ingénieurs.

L’établissement accorde également une place importante à l’accompagnement des étudiants et à la formation continue, à travers un dispositif destiné notamment aux salariés, aux demandeurs d’emploi et aux personnes souhaitant renforcer leurs compétences professionnelles.

L’université entend par ailleurs développer chez les étudiants une culture entrepreneuriale, en les préparant non seulement à rechercher un emploi, mais aussi à créer leur propre activité.

Cette dynamique s’est notamment illustrée à travers la distinction obtenue par un étudiant de l’université lors d’un concours international d’entrepreneuriat étudiant à Luanda.

« Les pépites de l’université » pour préparer les talents de demain

La stratégie de promotion de l’excellence commence, à San Pedro, avant même l’entrée à l’université. En 2025, le président de l’Université polytechnique de San Pedro a présenté le projet des « pépites de l’université », destiné à identifier les meilleurs élèves de la région, à les accompagner jusqu’au baccalauréat et à favoriser ensuite leur orientation vers l’enseignement supérieur. L’objectif est ainsi de construire un parcours de réussite allant du secondaire à l’université.

Cette volonté de rapprocher le monde académique du secteur privé s’est également traduite, en avril 2026, par la signature d’une convention entre l’Université de San Pedro et la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire. Le partenariat vise notamment à renforcer l’insertion professionnelle des étudiants et à développer leur esprit entrepreneurial.

À travers ces initiatives, l’université cherche à faire de sa spécialisation territoriale un outil de développement des compétences et d’accompagnement de l’économie locale.

Les premières promotions de diplômés, la progression des effectifs, la montée en puissance du corps enseignant et les collaborations avec les acteurs économiques montrent désormais que l’Université polytechnique de San Pedro entre dans une nouvelle phase de son développement : celle de la consolidation de son identité académique et de son ancrage professionnel.

À Bondoukou, l’innovation au cœur d’une université encore jeune

Dernière-née des universités publiques ivoiriennes, l’Université de Bondoukou a officiellement ouvert ses portes le 2 octobre 2023.

Implantée sur un site de 305 hectares, elle ambitionne de s’affirmer comme une université d’excellence et d’innovation ouverte sur le monde. Son originalité repose notamment sur la diversité de ses domaines de formation.

Des parcours relativement nouveaux dans l’enseignement supérieur ivoirien, tels que l’architecture d’intérieur et l’orthophonie, font également partie de son offre.

L’université entend par ailleurs développer la formation continue afin de permettre aux fonctionnaires, agents de l’État, salariés et autres professionnels d’acquérir ou de renforcer leurs compétences.

Des résultats en progression

La promotion de l’excellence constitue également un axe de développement de l’Université de Bondoukou. En septembre 2025, l’établissement a organisé sa première Journée de l’Excellence sous le thème « Cultiver l’excellence, inspirer le changement ». Au total, 54 étudiants, dont 17 filles et 37 garçons, avaient été distingués pour leurs performances au titre de l’année académique 2024-2025.

Le Fonds pour la science, la technologie et l’innovation (FONSTI) avait accompagné cette initiative en récompensant les étudiants distingués. La première étudiante avait reçu 200 000 FCFA, tandis que vingt autres lauréats avaient reçu chacun 100 000 FCFA.

Pour l’année académique 2025-2026, l’Université de Bondoukou compte associer la Journée de l’Excellence à la cérémonie de graduation, au cours d’un même événement prévu fin octobre 2026.

Professeur Ouattara Djakalia, président de l’université de Bondoukou

Les performances académiques de l’établissement ont également progressé. L’Université de Bondoukou a enregistré un taux global de réussite de 95,8 % au titre de l’année universitaire 2025-2026, avec 1 837 admis sur un effectif de 1 918 étudiants, contre 94 % en 2024-2025 et 83,6 % en 2023-2024.

Pour l’année universitaire 2026-2027, le président de l’Université de Bondoukou, Pr Ouattara Djakalia, ambitionne de maintenir cette dynamique.

« J’attends qu’en fin d’année, on réalise des taux de réussite aussi brillants que ceux de l’année dernière. Que nous obtenions 90-95 % de taux de réussite. Pour ce faire, il faut travailler et se préparer en amont », a-t-il déclaré lors de la rentrée universitaire.

Pour atteindre cet objectif, le président insiste sur l’organisation des enseignements, le respect des délais et le recours à des enseignants qualifiés.

« Au fur et à mesure que nous évoluons, nous devons améliorer nos indicateurs de performance », a-t-il souligné, invitant les étudiants à prendre une part active dans leur réussite à travers l’assiduité, la ponctualité, le travail personnel et la participation aux activités de l’établissement.

La bibliothèque, un outil au service de la réussite

Le président de l’Université de Bondoukou met également l’accent sur l’importance de la lecture et du travail personnel.

La bibliothèque universitaire compte plus de 10 000 ouvrages physiques, 15 postes d’accès aux ressources en ligne et plus de 47 000 ouvrages numériques, ainsi que plusieurs espaces de lecture et de travail en groupe.

« L’étudiant qui lit beaucoup, c’est l’étudiant qui devient le génie de sa génération », a estimé Pr Ouattara Djakalia, invitant les étudiants à faire de la bibliothèque leur « seconde maison ».

La rentrée universitaire 2026-2027 a également été marquée par une leçon inaugurale consacrée au système Licence-Master-Doctorat (LMD), animée par le directeur de l’Enseignement supérieur au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le professeur Abou Fofana.

Les nouveaux étudiants ont ainsi été sensibilisés aux principes du LMD, à la capitalisation des unités d’enseignement, à la mobilité universitaire et au mécanisme de compensation.

Trois universités, trois identités, une même ambition

À Man, San Pedro et Bondoukou, les modèles universitaires se différencient d’abord par leur environnement et les besoins auxquels ils entendent répondre.

À Man, les sciences de l’ingénieur, les mines, l’énergie, la métallurgie et les technologies industrielles constituent le socle de la formation.

À San Pedro, la proximité du port et le poids de l’agriculture, de la pêche, de l’agro-industrie, de la logistique et du tourisme orientent fortement les filières.

À Bondoukou, la diversité des domaines — architecture, sciences sociales et humaines, santé, langues et développement durable — traduit une volonté de proposer une offre de formation plus diversifiée à une région nouvellement intégrée à la carte universitaire publique.

Mais au-delà de ces spécificités, les trois établissements développent des dispositifs qui répondent à des préoccupations communes : améliorer les performances académiques, favoriser l’insertion professionnelle, rapprocher l’université des entreprises, encourager l’innovation et valoriser les étudiants les plus méritants.

Les Journées de l’Excellence à Man et Bondoukou, les classes préparatoires et les dispositifs d’entrepreneuriat à San Pedro, les partenariats avec les entreprises, la formation continue ou encore l’accompagnement des étudiants témoigne de cette évolution.

La décentralisation universitaire apparaît ainsi comme un instrument permettant non seulement de rapprocher l’enseignement supérieur des populations, mais aussi de construire des formations davantage articulées aux potentialités économiques et sociales des territoires.

De Man à San Pedro et Bondoukou, l’enjeu est désormais de consolider ces acquis, d’améliorer continuellement les performances et de transformer les universités régionales en pôles durables de formation, de recherche, d’innovation et de développement des compétences.

(AIP)

tn/fmo

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