Abidjan, 5 sept 2025 (AIP) – Les États d’Afrique de l’Ouest et du Sahel font face à un défi majeur, celui de parvenir à une régulation commune des plateformes numériques, à l’heure où la désinformation, la cybercriminalité et la propagande extrémiste franchissent sans difficulté les frontières.
La question a été au cœur des débats, jeudi 4 septembre 2025, lors de la conférence régionale sur l’intégrité de l’information organisée à Praia, au Cap-Vert, avec l’appui de l’UNESCO et de ses partenaires. Au nom du ministre ivoirien de la Communication, Amadou Coulibaly, la directrice générale de la Communication et des Médias, Gertrude Dammond, a plaidé pour une gouvernance numérique reposant sur trois leviers complémentaires, à savoir un cadre réglementaire clair et harmonisé à l’échelle nationale et régionale, des mécanismes de coopération et de partage d’information entre États, société civile et secteur privé et une culture numérique citoyenne intégrée dès l’école et entretenue tout au long de la vie.
Pour la représentante ivoirienne, seule une approche commune permettra de garantir la transparence et la redevabilité des plateformes, tout en respectant les droits humains. En Côte d’Ivoire, plusieurs réformes ont déjà été adoptées, notamment la responsabilisation des influenceurs en ligne, les sanctions renforcées contre la cybercriminalité, la mise en place de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et le renforcement de la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC).
Ces dispositifs ont permis d’obtenir des résultats concrets, notamment une hausse significative des plaintes traitées et une meilleure sensibilisation du public, a affirmé Mme Dammond, soulignant que plus de 50 000 citoyens ont déjà été formés dans le cadre de la campagne #EnLigneTousResponsables.
Toutefois pour Abidjan, ces efforts trouvent vite leurs limites face à une menace qui dépasse les frontières nationales. « La désinformation ne connaît pas de limites géographiques », a insisté Mme Dammond, appelant à une union des expertises et des ressources régionales, pour transformer l’espace numérique, souvent perçu comme un lieu de risques, en un levier de cohésion sociale et de développement inclusif avec l’appui des partenaires internationaux comme l’UNESCO, la GIZ, le Canada, l’Union européenne.
Une telle harmonisation permettrait également de renforcer la confiance des citoyens dans l’espace numérique, de réduire les failles exploitées par les cybercriminels et de favoriser une cohésion sociale mise à mal par les discours haineux et les manipulations en ligne.
Si l’idée d’une régulation commune des plateformes numériques en Afrique de l’Ouest reste encore à concrétiser, elle apparaît désormais comme une priorité stratégique. Les experts réunis à Praia estiment que cette démarche pourrait s’inspirer de l’expérience ivoirienne, tout en intégrant les réalités spécifiques des différents pays de la région.
(AIP)
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